Notre Hôpital fait peau neuve
L'Hôpital de Chaville, Saint-Cloud, Sèvres et Ville d'Avray aura, d'ici quelques semaines, un nouveau nom et un superbe logo ! Choisis avec le concours d'un cabinet spécialisé mais aussi des représentants du personnel et des médecins, ces éléments mettront en évidence une caractéristique de notre hôpital : sa proximité. Mais à travers la proximité, d'autres spécificités se dessinent : les synergies avec un réseau médical (2 CLIC) et des établissements spécialisés comme le Centre René Huguenin (cancer), l'ouverture aux besoins quotidiens de santé (urgences), l'humanité dans l'accueil et la réponse à certaines situations spécifiques (FIV,IVG, alcoologie), la capacité à évoluer rapidement si nécessaire, la qualité des soins réservés, entre autres, aux jeunes mamans et aux personnes âgées grâce à ses deux maternités et à deux sites d'accueil des seniors dépendants ou non (Lelégard à Saint-Cloud et EHPAD de Sèvres).
Mais la volonté enfin affirmée de communiquer révèle aussi un fait capital, la "prise" de la greffe entre les ex-hôpitaux aujourd'hui réunis : le CHI Jean-Rostand à Sèvres et le Centre Hospitalier de Saint-Cloud. Cette réussite est d'abord due à l'attitude positive et dynamique de l'ensemble du personnel et des médecins qui ont su dépasser les incompréhensions du passé, les anxiétés souvent légitimes et les incertitudes auxquelles la politique de santé actuelle expose nécessairement le monde de la santé publique. Elle s'appuie aussi sur une volonté politique affirmée des 4 communes "porteuses" et un soutien pour l'instant effectif des autorités de tutelle qui ont respecté les termes du contrat.
Elle se manifeste déjà dans les chiffres, sur les 2 sites (Sèvres, Saint-Cloud) : l'activité 2006 se compare favorablement par rapport à 2005 dans de nombreux domaines, surtout si l'on prend en compte les tendances générales du secteur, le processus nécessairement lourd et compliqué d'une fusion sur 2 sites et l'absence jusqu'à aujourd'hui d'une politique active de communication - un déficit qui va heureusement être réparé.
1) Sèvres : Médecine -14% ; Gynécologie +30% ; Accouchements +1% ; Soins de Suite et Réadaptation -2% ; Passages aux urgences -6%
2) Saint-Cloud : Médecine +6% ; Chirurgie (hospitalisation complète) +2% ; Hôpital de jour +137% ; Réanimation : stable ; Accouchements +6% ; Hémodialyses totales +7% ; Passages aux urgences -1%.
La situation financière peut être qualifiée de bonne grâce à la qualité de la gestion, dans un contexte d'évolution constante des règles du jeu, de mise en place progressive de la T2A, de complexité et dans de nombreux cas, d'incohérence des règles nationales (entre les règles applicables au "privé" - encore faudrait-il définir ce qu'on entend par là- et au "public", entre l'exigence d'activité et les directives concernant les mêmes activités, entre le principe de l'autonomie de gestion des établissements et les "coups de volant" nationaux, entre les impératifs de sécurité et les capacités d'accueil disponibles etc.). Le retour à l'équilibre est assuré.
Le projet médical, le projet architectural et le projet social ont été votés à l'unanimité dès le mois de juillet 2006. Dans le cadre de la démarche qualité, l'accréditation du site de Sèvres a été réalisée et les réserves concernant du site de Saint-Cloud, levées.
Quelles conclusions en tirer ? D'ores et déjà, il est clair que, donnant tort aux esprits chagrins ou tout simplement anxieux, un nouvel et dynamique acteur de la santé publique est apparu dans notre région. Avec ses 1000 personnels et 150 médecins Il devra maintenant, tirant parti de son dynamisme et de son implantation, développer ses partenariats et ses réseaux pour développer et optimiser l'accueil de nouveaux patients et de nouvelles parturientes. Il devra valoriser la compétence de ses médecins et la qualité du travail de l'ensemble de son personnel. Il devra entreprendre dans un premier temps la remise aux normes puis la restructuration du site de Lelégard afin d'obtenir le même standard de qualité qu'à l'EHPAD Jean-Rostand à Sèvres, un véritable exemple du genre.
Du pain sur la planche, bien sûr mais pour ceux qui, plus nombreux sans doute qu'il n'apparaît, croient en la médecine publique et refusent l'impulsion actuelle vers la médecine à deux vitesses, c'est la voie de l'action qu'il faut prendre et non seulement celle de la protestation. Mais c'est aussi au quotidien qu'il faut encourager la médecine publique. Que vous soyez médecin prescripteur, patient ou future maman, le nouvel hôpital est aussi votre hôpital, qui met toutes les chances de son côté. Lui faire confiance, c'est aussi poser un acte civique et contribuer à ce que, dans quelques années, certains Français ne se retrouvent pas en dehors de la protection que la République doit accorder à tous.
8 février 2007 dans reflexions - Société et vie pratique | Permalink | Commentaires (0)
Le droit au logement opposable, une arme contre la misère sociale ?
L’idée d’un droit au logement opposable est, en soi, relativement simple et cohérente. Soutenue par des parlementaires et experts de tous bords, elle consiste en substance à affirmer qu’un principe déjà reconnu nationalement et internationalement – le droit au logement- n’a vraiment de sens que s’il en existe un garant d’application. Certains pays ou régions politiquement actives comme l’Ecosse ont décidé de tenter l’expérience (à partir de 2012 pour cette dernière) en élargissant progressivement le champ d’application de la mesure, autrement dit le périmètre des publics concernés.
Le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées, présidé par Xavier Emmanuelli, souhaite à ce propos élaborer une charte qui permettrait à des communes volontaires d’avancer dans ce domaine. C’est dans ce cadre que l’A.M.I.F. (Association des Maires d'Ile-de- France) a été consultée et que j'ai commis ce petit exposé.
Bien évidemment et contrairement à un préjugé tenace répandu dans certains milieux, l’immense majorité des authentiques élus de terrain mène quotidiennement une lutte active pour tenter de faire face au problème du défaut de logement. Ils adhèrent donc naturellement et, de plus, pratiquement, au principe de l’application effective d’un principe humain et totalement légitime : tout être humain a droit à un toit et il doit pouvoir s’adresser à qui de droit pour l’obtenir dans des délais raisonnables. On passe de l’obligation de moyen à l’obligation de résultat.
On pourrait donc reformuler ainsi ce principe :
Il s’agit de loger d’abord ceux qui en ont le plus besoin, sans considération de leurs revenus et qui adhèrent au contrat social : « je bénéficie de la solidarité sociale mais je contribue aussi au bien-être et à la paix de la société à la mesure de mes moyens, en attendant de pouvoir, au terme d’un parcours aidé, me loger normalement dans le marché ».
Rappel de la situation de fait en France
Le fonctionnement de l’attribution du logement social est en France une affaire extrêmement complexe qui met en jeu différents partenaires.
Ceux-ci partagent en théorie le principe susdit mais, en pratique, sont guidés par des considérations et des contraintes (financières, sécuritaires, administratives, foncières voire politiques) qui viennent souvent prendre le pas sur un objectif essentiel, tous au moins tel que le conçoivent la plupart des maires et élus locaux de tous bords.
Ces partenaires sont au plan politique bien sûr l’Etat au travers de différents ministères et organismes mais aussi les régions, les départements, les EPCI, les communes. Au plan opérationnel : les ESH, les Offices d’HLM, les sociétés coopératives, certaines SEM. Le secteur privé peut lui aussi être concerné au travers des lois Besson par exemple, ainsi que les Asssociations (très actives en faveur des publics défavorisés) et les PACT/ARIM. Mais il y a aussi au plan financier les CIL, les investisseurs institutionnels etc. Enfin, au plan de l’urbanisme, on assiste à la relance de l’idée d’agences foncières (5 en région parisienne), censées pallier un obstacle fondamental : la rareté et la cherté du foncier.
En entremêlant responsabilités et obligations, la décentralisation, irréversible maintenant, n’a d’ailleurs guère arrangé les choses et l’on voit dans certains cas départements et EPCI se disputer la gestion des aides à la pierre, qui ne sont rien d’autre au fond que la redistribution d’une aide nationale.
Ainsi, l’Union des HLM semble toujours considérer que la « classe moyenne » reste le titulaire essentiel de l’attribution des logements qu’elle construit ou gère au travers de ses membres et qu’il est légitime qu’un locataire, quelle que soit l’évolution de ses revenus, ne quitte plus un logement qui lui a été un jour attribué. Or, cette « classe moyenne » définie par le niveau des plafonds de ressources justifiant l’octroi d’un logement social, est devenue très majoritaire en Région Ile-de-France à l’heure actuelle et il est mathématiquement impossible, au rythme actuel des constructions et en maintenant le principe du maintien indéfini dans les lieux, de seulement s’approcher des besoins ainsi définis.
Dans ces conditions on s’éloigne de plus en plus dans les faits (fonctionnement des commissions d’attribution au détriments des publics jugés non solvables, maintien dans les lieux de publics jouissant de privilèges divers parfois héréditaires !) du principe susdit.
On assiste même au fonctionnement d’une forme de coalition objective du rejet des publics en difficulté, extrêmement efficace dans un pays où le logement social est principalement défini par son financement et où celui-ci est réservé aux organismes HLM.
Cette coalition, source des inquiétudes légitimes du haut Comité, unit quelques élus qui ont réussi à faire, jusqu’à la mise en place de la loi SRU, prévaloir le principe « pas chez moi », certains bailleurs au nom du combat pour la solvabilité de leurs clients-locataires, l’Etat aussi qui, au travers de Bercy et schématiquement bien sûr, cherche à faire des économies en manipulant les robinets des services distributeurs. Ainsi les DDE, gestionnaires de l’aide de l’Etat, s’attachent-elles en effet de plus en plus souvent à des considérations inspirées d’un rapport de force qui les oppose aux bailleurs, telles que le pourcentage de fonds propres investi par ces derniers dans le opérations.
Un certain nombre de « politiques » nationaux qui font du thème du logement social un outil de communication sans entrer véritablement dans le dossier, n’arrangent pas les choses. Ils restent guidés par une approche à la fois craintive et quelque peu clientéliste, peu susceptible d’amener des solutions à un problème gravissime.
Ces comportement aboutissent en effet à superposer d’innombrables textes nouveaux et contraintes qui paralysent l’action en restreignant les ressources, en faisant s’entrechoquer les priorités d’accès à une ressource de plus en plus rare et en générant des conflits d’attribution (Régions, Départements, EPCI).
Or le problème des maires, dans la mesure où ils pourraient faire valoir « leurs » priorités sociales non seulement à l’attribution mais dans la gestion du parc, n’est pas qu’on leur dise quels seraient les publics les plus prioritaires parmi tous ceux qui le sont mais qu’on aille dans le sens d’une amélioration de l’offre, laquelle provient nécessairement des constructions et surtout des congés.
S’il n’y a plus de congés en nombre significatif et que la construction est réservée aux publics solvables, que fait-on ?
Dans ces conditions l’institution prise globalement ne se sent, on le voit, pas spécialement concernée par les publics en urgence et lorsqu’on en vient à parler d’opposabilité il convient d’abord de savoir de qui l’on parle, tant en termes de publics bénéficiaires qu’en tant qu’institution(s) responsable(s).
Les publics bénéficiaires
Il y a bien sûr toutes les personnes handicapées par la situation économique : perte momentanée ou prolongée de l’emploi, emploi intermittent.
Il y a les urgences « politiques » telles que par exemple les personnes en situation administrative irrégulière et leurs familles.
Il y a les publics aux besoins spécifiques (gens du voyage par exemple)
Il y a les urgences familiales ou sociales diverses, que l’évolution sociale en zone dense génère en nombre constamment accru (victimes de divorces impromptus ou non, de violences familiales, incapables juridiques etc.)
Il y a de nombreux couples jeunes, incapables même s’ils sont titulaires de revenus, de payer le coût global de l’entrée en société.
Il y a et il y aura de plus en plus les personnes âgées, prises entre la pénurie de logement social et l’impossibilité de faire face aux coûts résidentiels voire de trouver une place. Ici aussi, l’application irraisonnée du principe de précaution et du principe « le locatif ou la mort » qui régit le logement social en France risquent de provoquer au plus mauvais moment une baisse de l’offre accessible aux faibles revenus et de mettre en situation d’urgence de nouveaux publics !
Il y enfin les « vraies fausses urgences » générées par des publics peu nombreux mais difficiles, qui n’acceptent pas vraiment le contrat social voire l’exploitent au titre par exemple du droit au maintien dans les lieux et génèrent des difficultés dans leur environnement . Dans ce cas l’urgence n’est pas légitime, mais elle peut être factuelle.
Les institutions responsables
Dans le contexte de plus en plus complexe du logement social opérationnel, il apparaît délicat de responsabiliser un opérateur plutôt qu’un autre.
Les communes ? Ce serait particulièrement injuste, dans la mesure où certaines ont beaucoup fait et se voient en pratique demander toujours davantage, d’autres au contraire ont organisé leur insolvabilité au niveau de la contribution au logement social voire s’en glorifient impunément et sans complexes ! Comment demander aux premières d’assumer en plus une responsabilité juridique lourde et potentiellement coûteuse qui ne pourra que les désigner à l’afflux de candidats ou au contraire à la vindicte associative ou publique ? Quant aux autres, il y a peu de chances qu’elles se déclarent volontaires.
Les Régions, départements ou EPCI ? Ils ont l’avantage de la taille, de la « surface » financière. Ils disposent généralement de services professionnels capables de gérer des situations complexes. Mais, suite à des contradictions politiques, ils ne détiennent les uns et les autres qu’un morceau de la clé et refuseront certainement, dans ces conditions, d’être le titulaire unique de la responsabilité. Mais le principe d’une responsabilité in solidum de ces entités publiques à l’intérieur d’un espace donné pourrait, s’il tient juridiquement la route, être étudié et il aurait l’avantage de stimuler leur coopération et non l’opposition parfois puérile entre des intérêts « politiques » à laquelle elles se livrent parfois.
Les bailleurs sociaux ? Pourquoi, pour certains types de publics, ne pas développer une opposabilité nationale « type FNAIM » ? Il nous paraît totalement anormal en effet qu’au nom de conception théoriquement sociales (la fameuse « classe moyenne » ou la très contestable « mixité sociale » réduite aux acquêts HLM) on accepte que les titulaires monopolistiques de l’aide financière publique s’octroient le droit d’exclure des publics faiblement solvables mais honnêtes et en vrai besoin, au bénéfice de titulaires qui n’ont aucune raison de bénéficier indéfiniment d’une rente sociale. La pénurie générale plonge des dizaines de milliers de familles dans une misère ouverte ou rampante, c’est inacceptable et il pourrait par conséquent leur être fait une place.
Un protocole global avec le Mouvement HLM pourrait inclure le retour dans le temps au droit commun en matière de baux qui ne protègeraient plus que les locataires répondant au double critère d’un plafond de ressources actualisé et de la possession paisible des lieux, une garantie effective des loyers par l’Etat ou les collectivités locales en dessous de certains plafonds de ressources.
En échange, il y aurait précisément l’acceptation d’une opposabilité catégorielle valable sur l’ensemble du parc social et contre-garantie par un vecteur financier issu de l’Union des HLM (qui na pas de substance financière opérationnelle) laquelle pourrait ainsi disperser le risque et le répartir.
La voie serait alors ouverte à des expériences d’opposabilité sous la forme de garanties conjointes entre collectivités territoriales (EPCI/départements, Région et organismes HLM) vis-à-vis de publics précis.
L’Etat ? Oui, bien sûr. Mais à condition que cela ne se traduise pas par un retour à une bureaucratisation aveugle du système au travers de « contingents » préfecture, de l’arbitraire entre les communes jugées amies ou non du pouvoir du moment et surtout de critères d’urgence qui ne s’apprécient que localement et qui se contredisent souvent entre eux, finissant par exclure les titulaires légitimes et de longue date d’un droit au logement de toute chance d’en obtenir un…
Nous recommanderions plutôt que l’Etat assume dans ce domaine un rôle subsidiaire mais effectif de deuxième rideau : en fonction du demandeur, l’opposabilité se développerait d’abord vis-à-vis du bailleur in solidum avec la ou les collectivités de rattachement de la demande. Celles-ci pourraient à leur tour faire valoir auprès de l’Etat une priorité de soutien dans un laps de temps donné. Encore faudrait-il que ledit Etat, qui aujourd’hui ne paie pas aux HLM les sommes qu’il leur doit au titre de la garantie locative, change de comportement ; l’opposabilité devrait donc s’appliquer à lui à ce titre.
Tout cela reste à étudier, à approfondir mais une porte s’est ouverte, par laquelle il convient d’entrer dans une pièce nouvelle et d’y travailler. Faisons confiance à la créativité des juristes –car nous en avons d’excellents - pour inventer les vecteurs nécessaires et favoriser dans ce cas une justice simple et rapide. La mise en place sera longue mais les principes sont justes et fermes donc pourquoi reculer ?
Théorie juridique et pratique : vers une institution spécifique ou le retour aux principes
En conclusion, nous voudrions faire valoir que, quels que soient les mérites du Droit, il ne saurait se substituer à la réalité d’une société de fonctionnement libéral, « européen » ou libre suivant qu’on voudra l’appeler.
Après avoir admis le principe d’une opposabilité juste garantissant le droit au logement (et non le droit au maintien indéfini d’avantages sociaux non justifiés), il convient de dire aussi que la meilleure opposabilité c’est celle qui n’a pas ou plus besoin d’être actionnée.
Dès lors, deux voies s’offrent par rapport à un système HLM monopolistique.
- La première serait d’obtenir que ce « système » réintègre ses exclus au travers par exemple des voies ci-dessus esquissées. Il devrait pour cela développer de nouvelles formules de construction d’urgence en coopération avec les collectivités, actualiser progressivement sa clientèle locative, travailler sur la construction en accession, utiliser de nouvelles techniques d’assurance, bref se fixer pour objectif de recaler « vers le bas » (en termes de revenus) son ciblage clientèle en zone tendue (en clair, l'Ile-de-France et les zones de fort développement économique ou frontalières). Soulignons à ce propos à quel point l’innovation, qu’elle soit de nature technique, urbanistique, juridique ou financière, devrait à nouveau être valorisée comme elle l’est grâce à certains élus. La routine, qu’inspire un système de plus en plus administratif ne permettra jamais de résoudre des besoins sociaux de plus en plus criants.
- Ou bien, il refuse de le faire et se conforte dans la situation actuelle et il doit alors accepter de perdre son monopole et prendre pour partenaires principaux les locataires eux-mêmes qui deviendraient en quelque sorte coopérateurs, et les entreprises au travers du 1%.
Sans recréer pour autant une nouvelle SONACOTRA (modèle d’origine), l’Etat et les collectivités devront alors se désengager au moins partiellement d’une construction sociale devenue de moins en moins sociale et envisager ensemble de satisfaire tous les besoins sociaux de logement, pour tous ceux qui vivent dans notre pays sans autre considération que celle du contrat social.
C’est peut-être la problématique que la question du logement social opposable
a le mérite de nous rappeler. Ces quelques lignes ne constituent, faute de temps, qu’une première et schématique réaction face à une idée intéressante et globalement positive mais qui impérativement doit être adaptée au contexte français, original dans le contexte européen et beaucoup plus structuré dans l’ensemble que ceux de nos voisins européens. C’est donc avec détermination mais précaution et hauteur de vues qu’il convient de procéder si l’on veut que le remède ne soit pas pire que le mal qu’il prétend guérir : l’exclusion.
9 janvier 2007 dans reflexions - Société et vie pratique | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack
FOFANA : les faits... et le reste
Lors de la récente affaire d'Outreau comme d'ailleurs lors de celle de Toulouse, on a pu voir certains media se livrer à des campagnes proches de lynchages médiatiques, dans un cas vis-à-vis de citoyens de base que leurs conditions de vie modestes exposaient aux amalgames, dans l'autre vis-à-vis de personnalités politiques. La semaine dernière, un fait divers dans le 92 entre Bagneux et Chaville, l'"affaire" Fofana, a bien failli tourner dans le même sens quoique à une échelle heureusement beaucoup plus modeste. Que s'est-il passé exactement et quelles leçons en tirer ?
Tout d'abord, les faits. Début mars, le maire de Chaville apprend de source tierce qu'un appartement appartenant à un bailleur social important, l' OPIEVOY, est réquisitionné par la Préfecture pour y reloger la famille FOFANA (celle de Youssouf) au motif d'assurer sa sécurité. Elle ferait en effet à Bagneux, où elle est logée chez un autre bailleur, l'objet de menaces mettant sa sécurité en danger. L'appartement "choisi" par le bailleur, dont le parc dépasse 50 000 logements, se situe dans un tour très visible d'un quartier de Chaville encore agité assez régulièrement par des incivilités plus ou moins graves et qui contient une centaine de logements. Dans les seuls Hauts de Seine, l'OPIEVOY est également présent à Sèvres et à Rueil-Malmaison...
Aucun contact préalable de la Préfecture, où de nombreuses personnalités préfectorales sont à ce moment en train de faire leurs valises pour aller occuper de nouveaux postes, ne précède cette réquisition. C'est le silence radio le plus total, alors que lorsqu'il s'agit de reloger, quels que soient leurs mérites, des familles exposées, la moindre des choses est de se concerter préalablement avec le maire. C'est la marque la plus élémentaire du respect auquel lui aussi, après tout, a peut-être droit. Il est en effet responsable de la sécurité de ses administrés et donc d'éventuels troubles à l'ordre public. D'autre part, lui seul peut utilement conseiller sur un éventuel lieu susceptible de garantir à la fois la discrétion qui est une condition de la sécurité et, si l'on n'est pas sûr de l'inocuité des arrivants, la tranquillité et la sécurité d'autres locataires, souvent déjà mises à mal par les conséquences de causes sur lesquelles nous reviendrons. A noter qu'en mai 2005, la ville avait, comme de nombreuses autres de tous bords, signé la reprise des contingents HLM préfectoraux.
Docile à l'injonction préfectorale, l'OPIEVOY se hâte de réunir d'urgence (le vendredi pour le lundi !) mais dans des conditions irrégulières (défaut de quorum, composition non conforme, absence de représentant des locataires) une commission d'attribution qui, malgré le vote négatif du représentant de la mairie, attribue le logement à la famille FOFANA.
Dans ces conditions, devant le caractère étrange de cette manière de travailler, incohérente avec l'objectif même qui est censé être recherché (la sécurité de la famille FOFANA, encore présente à Bagneux plusieurs semaines après les terribles faits reprochés à Youssouf), la mairie dépose un recours contre la décision préfectorale : sur le fond et en référé-suspension. Ce recours est principalement motivé par le risque, bien réel, de troubles à l'ordre public. Il n'échappera, en effet, à personne que dans un contexte local où les malheureux locataires de HLM sont déjà excédés par le comportement inexcusable de quelques familles inexpugnables, l'arrivée non préparée, dans un endroit très visible, de nouveaux locataires précédés d'une "aura" nationale peut conduire à des manifestations susceptibles de mettre à nouveau en jeu la sécurité même des arrivants. Mais, le juge chargé ayant rejeté le référé (sans réference au fond bien sûr), le recours au fond n'est pas suspensif et le logement est bel et bien attribué.
Quelques jours après, le maire apprend, toujours par un canal indirect, que "la famille FOFANA ne vient plus", ce que le sous-préfet de Boulogne lui confirme, toujours de la même manière, le lendemain. L'urgence n' était donc pas, semble-t-il, si urgente...On avouera que, même dans les Hauts-de-Seine où l'on voit bien des choses se passer depuis des années, tout cela peut paraître bien étrange. Philosophe et n'ayant aucun motif de mettre en doute la parole préfectorale, le maire classe par conséquent le dossier. De son côté, l'OPIEVOY remet en jeu le logement.
Un mois et demi après, patatras ! Le maire se voit questionner par des media de tout poil, de plus en plus nombreux : "Comment, vous avez osé "refuser" un logement à la pauvre famille FOFANA, déjà bien assez éprouvée par le sort !Comment, vous contestez la présomption d'innocence ! Comment (dixit un journaliste de LIBERATION ), vous mettez en cause le droit imprescriptible de chacun, quoi qu'il ait fait, à trouver un logement où il veut et quand il veut !". Bref, pour quelques-uns, mon procès est bien vite expédié : faux maire de gauche, arbitraire et électoraliste etc. De son côté, l'avocat des FOFANA, que je n'ai pas l'heur de connaître, en rajoute comme il se doit et contredit ce que le M.le Sous-Préfet (et pas moi) a déclaré, c'est-à-dire que ses clients ont refusé le logement proposé à Chaville.
Tout-à-fait tranquille sur le bien-fondé de notre décision qui n'a d'ailleurs porté nul préjudice aux fameux FOFANA puisqu'ils ont très vite obtenu le nouveau logement qu'ils étaient censés désirer, je recherche cependant la cause de tout ce tapage. Il s'avère qu'un correspondant de l' AFP, qui lui non plus n'avait pas jugé bon de me contacter, a (à son initiative, un mois après les faits ??) déterré au Tribunal Administratif de Versailles notre recours dont il a, outre l'évocation du risques de troubles à l'ordre public, extrait une phrase indiquant que la famille FOFANA n'est pas, là où elle vit, considérée comme un modèle de tranquillité, ce qui est pourtant un fait voire un euphémisme. De tout cela, il est fait une dépêche AFP qui circule au travers des rédactions, y boutant le feu précité.
Beaucoup de bruit pour rien, dira-t-on. Certes. Mais entretemps on a cherché à faire passer un maire qui construit depuis des années des logements sociaux dans une commune plutôt orientée à droite et y loge ou reloge des gens de toutes origines, pour un beauf' électoraliste incapable de comprendre le droit des gens. On a visiblement cherché à le couper de son propre camp politique pour des raisons qui ne sont que trop évidentes vu l'approche d'échéances électorales. Ce n'est pourtant pas là, de mon propre point de vue, le plus grave.
Ce qui est grave, c'est qu'une telle micro-affaire révèle de nombreux manquements. Ici comme dans les affaires nationales, les principes élémentaires du professionnalisme : comprendre un enchaînement juridique avant d'en parler, vérifier ses sources, s'interroger si une manipulation n'est pas en cours, n'ont pas toujours été respectés. Le respect des prérogatives des collectivités territoriales n'était pas non plus au rendez-vous.
Et sur le fond, on peut voir, y compris parmi nos amis, qu'une incompréhension profonde de la nature même du logement social est toujours à l'ordre du jour. Les conséquences désastreuses de l'application irraisonnée ou sélective de certains principes, aussi nobles soient-ils, sur la vie quotidienne de nombreux Français de toutes origines dont le seul tort est d'avoir de faibles revenus, ne sont pas prises en compte. La bonne conscience sert de passeport à certains beaux esprits à qui le quotidien pesant que doivent gérer les maires et les services des bailleurs est plus ou moins étranger voire indifférent. Nyaquà, fautquon, mais que fait la Mairie ?
Ce quotidien est pourtant devenu, pour de nombreux locataires HLM et dans certaines copropriétés modestes, devenu pesant voire insupportable car il met à mal à la fois la tranquillité à laquelle ils ont droit eux aussi et leur sens élémentaire de la justice. Le système actuel du logement social fait en effet que, dans la pratique, seules les personnes ayant des difficultés financières font l'objet d'expulsions dans le patrimoine HLM, ce qui est tout de même un comble. Par contre, on peut pendant des années susciter des troubles, même graves, vis-à-vis de ses voisins ou de sa ville ou disposer de revenus dépassant très largement les plafonds HLM, aucun problème : la loi érige le maintien dans les lieux en protection absolue et le juge refusera donc dans l'immense majorité des cas que des gens qui ont fait preuve d'une incivilité fondamentale et durable laissent leur place à des citoyens sans histoires, souvent dans l'urgence et réclamant simplement leur droit au logement social.
Le critère fondamental est à peu près partout devenu de nature purement financière, alors que la seule construction de HLM neufs n'a mathématiquement aucune chance de pouvoir résoudre le problème, avec ou sans les 20%. Tant pis pour ceux qui attendront pendant des années voire n'obtiendront jamais le F4 espéré pour être heureux, en se saignant aux quatre veines pour "tenir" dans la promiscuité d'un logement privé trop exigu, trop cher et parfois insalubre. Tant pis pour ceux qui devront déménager ou retourner dans le privé pour que les "droits" d'un voisin insupportable ou dangereux soient sauvegardés. Tant pis pour ceux qui n'arrivent plus à payer leurs loyers, alors qu'ils devront de toutes façons être logés quelque part : les bidonvilles réapparaissent insidieusement, la précarité se réinstalle, les femmes battues, mères célibataires ou divorcées avec enfants ne savent où aller. Ce ne sont pas eux les prioritaires...
Aujourd'hui le logement social devrait être réservé à ceux qui en ont vraiment besoin. La sécurité et la tranquillité quotidiennes doivent y redevenir un droit pour tous. Toutes les villes doivent contribuer, de façon égale, à l'effort en matière de logement. Les autorités professionnelles ou politiques gérant le système doivent respecter elles aussi de vraies priorités : celles qui touchent au revenu, à l'effort familial, au respect du contrat social. Il va bientôt falloir, quoi qu'il en coûte, se résoudre à une nouvelle vision, dynamique et non statique, du système global, une vision de justice sociale et de bon sens.
A l'inverse, continuer à "gérer" le parc HLM en appliquant mécaniquement des textes complexes et surannés qui prétendent tout régler, en utilisant un vocabulaire ambivalent voire hypocrite, en donnant toujours tort à une très large majorité de citoyens paisibles de toutes origines, on ne peut qu'aboutir, entre autres, à faire le lit du frontisme et à revivre les incendies en banlieue et, de plus en plus, ailleurs. Alors, il faut bien, de temps en temps, que quelques-uns disent non à la pensée unique et à la langue de bois sans dire pour autant oui au sécuritarisme idiot ou publicitaire, et prennent leurs responsabilités. Peut-être contribueront-ils à faire évoluer les choses dans le bon sens !
16 mai 2006 dans reflexions - Politique, reflexions - Société et vie pratique, reflexions - Territoires | Permalink | Commentaires (5)
Et voici 2006 qui commence !
Tout d'abord tous mes voeux aux fidèles lecteurs de ce blog... et à tous les autres !
Que cette nouvelle année leur soit propice, d'abord au plan personnel car la politique n'est pas tout, loin de là. Mais qu'en tant que citoyennes et citoyens elle leur apporte aussi de nombreuses satisfactions. Qu'elle favorise à la fois l'esprit critique et l'absence de sectarisme, la réflexion comme le souci d'agir positivement, enfin le respect de tous quels que soient leurs origines, leurs cultures, leur sexe, leur âge ou leurs opinions. Qu'elle nous fasse avancer sur les chemins de la culture et de la vraie civilisation et non reculer vers les intégrismes divers, le tout-économique, l'égoïsme fondamentaliste ou la morosité institutionnelle. Qu'elle nous fortifie dans le désir d'appartenir à une communauté, la France de tous les continents, fière de son identité mais ouverte sans réserve ou préjugé d'aucune sorte à tous ceux qui veulent en faire partie en en acceptant librement les règles et les devoirs.
Nous aurons à aborder plein de sujets sur lesquels, je l'espère, les échanges seront nombreux et fructueux. Pour ma part, j'essaierai d'être le plus fidèlement possible à votre écoute et à votre service, à la Région Ile-de-France comme à la Communauté d'agglomération Arc-de-Seine et bien sûr à Chaville.
Et comme disent nos amis corses...paix et salut à toutes et à tous !
1 janvier 2006 dans reflexions - Société et vie pratique | Permalink | Commentaires (4)
Une voix mutualiste
Mon ami Patrick DJELALIAN a laissé sur la note : « Conseil régional consultatif des citoyennes et citoyens handicapés » un long commentaire que j’ai beaucoup apprécié. Je le publie donc sous forme d’une note :
«
En 2005, la croissance des inégalités sociales a accru les écarts entre
ceux qui concentrent les richesses, les pouvoirs et la sécurité et une
France des exclus de plus en plus fragilisés.
Quelques chiffres :
- Trente années consécutives de chômage c'est aujourd'hui en terme de demandeurs d'emploi d'après l'INSEE :
2
500 000 personnes qui cherchent un emploi à durée indéterminée ; mais
lorsque l'on y rajoute ceux de nos concitoyens qui recherchent un temps
partiel ou un CDD
ce sont près de 4 000 000 de français qui sont touchés totalement ou partiellement par ce fléau qui ont le sait:
*mine les horizons de vie des ménages,
* détruit la cohésion sociale du pays
- Autres chiffres car travailler n'empêche pas d'être pauvre :
Depuis 2 décennies s'est constitué un phénomène de "travailleurs pauvres" qui ont un emploi mais dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté.
Ainsi d'après l'INSEE : 1000 000 de personnes ont un revenu mensuel inférieur au seuil de pauvreté et vivent avec moins de 600 euros par mois.
- Toujours d'après l'INSEE on dénombre en France plus de 3 000 000 d'allocataires de minima sociaux mais qui font vivre (enfants et conjoints compris) environ 6 millions de personnes soit 1 français sur 10.
- Données recoupées, par les statistiques européennes qui en matière de pauvreté établissent bien que c'est 11 à 12 % de la population française qui vit avec moins de 700 euros/mois soit près de 7 000 000 personnes.
LES CONSEQUENCES en MATIERE DE SANTE
Sont immédiates :
- plus de 72 % des allocataires du RMI déclaraient au moins un problème de santé contre 36% de l'ensemble de la population.
- Enfin, un autre institut statistiques l'IRDES dans le cadre de travaux récents effectués pour le compte du Haut Comité pour l'avenir de l'Assurance Maladie rappelle que 11% de la population déclare avoir renoncé à des soins au cours des 12 derniers mois.
-o-o-o-o-
Les choix économiques et politiques peuvent donc conduire à l'exclusion d'une partie de la population au profit d'une autre.
Ces choix ont des conséquences individuelles dramatiques aggravées :
*par la fragilisation de piliers essentiels (retraite, assurance maladie)
*par l'absence d'anticipation de la solidarité nationale face à des évolutions majeures de notre société comme le vieillissement de la population.
La
protection solidaire face à la vieillesse ou à la maladie constituait
jusqu'alors le dernier rempart du lien social unissant les citoyens de
notre pays.
Les changements en cours dans ces deux domaines :
*ne sont pas de nature à répondre aux enjeux économiques et sociaux
*ne paraissent plus apporter à chaque français une protection forte face à la vieillesse et à la maladie.
Dans le domaine de la santé
la Loi du 13 août 2004 portant réforme de l'assurance-maladie sans doute nécessaire :
*pour
réduire des déficits abyssaux soit près de 12 milliards d'euros, en
2004, pour la seule branche maladie, soit le déficit le plus important
jamais atteint et nous risquons d'afficher 8 milliards d'euros en 2005
ce qui est tout à fait considérable dont plus de 50% concerne, il faut
le rappeler, concerne les établissements de santé.
*pour lutter contre les inégalités sanitaires,
* pour améliorer la qualité médicale au service des patients,
* pour accroître la responsabilité de tous les acteurs
La Loi du 13 août apparaît au bout de 16 mois d'existence pour ce qu'elle est réellement :
un outil de régulation économique et comptable dont la responsabilité et l'impopularité a été scandaleusement transférés aux mutuelles par la Loi !
Fallait-il être bien naïfs, aveugles voire complices pour ne pas s'être rendu compte, dès le 13 août 2004, que cette Loi était :
- non pas la dernière chance pour réformer l' Assurance Maladie
- mais le premier acte législatif de ceux qui appellent depuis de longues années la mise en place:
*d'une médecine à deux ou trois vitesses,
* d'un marché de la santé
c'est-à-dire la glissade vers le démantèlement des Caisses Primaires, autrement dit leur mise en concurrence!!!
Que cette Loi ne corresponde pas aux exigences du mouvement mutualiste est une évidence,
Les 25 mesures proposées par la Mutualité Française n'ont :
*soit pas été reprises dans la Loi
*soit lorsqu'elles l'ont été c'est la forme et non le fond qui a été retenu.
Quoi qu'il en soit l'exécution de cette loi échappe aux acteurs sociaux :
- C'est le Directeur Général de la CNAM, véritable Consul du Gouvernement, dans les mains duquel la Loi a concentré tous les pouvoirs, qui tranche et qui décide,
- et s'il manque d'inspiration il peut toujours s'adresser au Ministre de la santé auprès duquel il prend ses ordres.
Il faut le redire au lieu de confier aux acteurs sociaux la responsabilité de la gestion de l'Assurance Maladie, cette réforme conduit à une concentration totale des pouvoirs entre les mains des pouvoirs publics ;
Cela ne peut pas fonctionner.
Parce que dans une situation où il faut prendre des décisions difficiles celles-ci doivent :
-faire l'objet d'un débat préalable entres acteurs sociaux
-et dans le cadre d'une réelle démocratie sanitaire.
Il
est d'ores et déjà clair que cette Loi n'atteindra pas ses principaux
objectifs officiellement notamment en terme de qualité et d'égalité
d'accès aux soins
Or,
Le mouvement mutualiste propose depuis des années:
*de mieux coordonner l'activité des professionnels de santé,
*d'organiser la liaison médecine de ville et l'hôpital
Le mouvement mutualiste dénonce depuis des années :
*les gaspillages coûteux pour la collectivité (actes inutiles, prescriptions injustifiées)
* l'absence de qualité avec pour corollaire notamment les maladies générées par le système de santé lui-même:
-maladies iatrogènes,
-maladies nosocomiales,
-évènements graves et indésirables liés aux soins. A ce propos je rappelle que d'après le Ministère de la santé 170 000 à 250 000 hospitalisations ( 4 à 5 % du total ) seraient dues à des effets indésirables de soins et auraient pu être évité si les soins avaient été conformes à la prise en charge considérée comme satisfaisante pour le patient C'EST-A-DIRE avec la bonne stratégie :
- d'actes et de diagnostics
- de traitement
- de prévention et réhabilitation
Le mouvement mutualiste dénonce enfin depuis des années :
* l'absence de parcours de santé clairs et d'excellences pour les assurés sociaux.
* l'absence de continuité (garde de nuit)
*l'absence de permanence des soins (répartition des médecins sur le territoire).
*l'absence d'évaluation des pratiques professionnelles pour les médecins libéraux et formation médicale continue qui soient efficaces et non incantatoires !!!
SOYONS CLAIRS
-
Ni le médecin traitant, simple instrument tarifaire, qui consolide le
paiement à l'acte sans garantir l'opposabilité des tarifs et
l'information des patients sur les tarifs appliqués
- Ni la convention médicale, qui est avant tout la réponse des pouvoirs publics à une demande corporatiste et qui met en place un dispositif complexe:
* n'assurant aucune lisibilité pour les usagers,
*
multipliant la possibilité de dépassements d'honoraires, notamment en
dehors du parcours de soins MAIS AUSSI, GRAVE PARADOXE, au sein même du
parcours de soins.
Ne sont pas les réponses qualitatives attendues.
Responsabiliser.
Oui mais pas au sens du gouvernement
Responsabiliser à condition que :
- Cela ne se soit pas les revenus du travail qui supportent la plus large part de la charge financière
en lieu et place des revenus financiers exorbitants du capitalisme néo-libéral.
- que les assurés sociaux ne pas soient livrés aux dérives corporatistes de certains professionnels de santé, ainsi qu'aux intérêts des grands intervenants économiques de ce secteur et j'entends, par là, les laboratoires pharmaceutiques.
Responsabiliser à condition que :
que pas en seul euro de l'argent public ne soit distribué sans une contrepartie réel et utile au système de soins
Responsabiliser enfin :
C'est le conseil, l'orientation, la prévention, c'est avoir un assuré social et un adhérent qui soit impliqué dans sa démarche de santé.
JE CONSIDERE QUE
*Soit une Loi est bonne alors il faut le dire et participer activement à sa mise en œuvre.
*Soit une Loi est mauvaise il faut aussi le dire
mais surtout travailler à remettre l'ouvrage sur le métier.
Force est de constater que
Pas assez de voix, actuellement, s'élèvent dans ce sens ! »
Patrick DEVADJIAN
23 décembre 2005 dans reflexions - Société et vie pratique | Permalink | Commentaires (1)
"Pour le sport !" dans les Hauts-de-Seine
Les nuits chaudes des dernières semaines ont eu le résultat habituel. Entre partis, on a échangé les mêmes lieux communs et il est à craindre que les problèmes de fond ne soient bien vite enterrés. On a laissé tranquilles les vaches sacrées, comme l' urbanisme, l 'orientation scolaire et professionnelle des jeunes, le mode de gestion des HLM, le racisme ambiant, le côté beaucoup trop abstrait de la vie politique ou les budgets de la Justice. Inévitablement, les boucs émissaires traditionnels comme l'immigration, le soi-disant laxisme social de la Gauche ou la politique réactionnaire de la Droite ont été chargés d'anathèmes et expédiés au désert. Conséquence : le retour prévisible d'évènements qui, au travers d'actes irresponsables commis en très large partie par des mineurs, sont aussi un vrai cri d'angoisse de très jeunes Français devant la vie qui les attend.
Pourtant, que faire concrètement, dans un département qui a des moyens, pour travailler à empêcher ce retour ? Le sport semble bien être, au travers d'une politique rationnelle l'un des vecteurs essentiels du combat pour une bonne "entrée en société" de jeunes qui sont les nôtres et incarnent une force positive considérable qu'il nous appartient de laisser s'exprimer à leur bénéfice comme à celui de la société.
Quelles autres opportunités de socialisation des jeunes, d'"entrée en société" existent, ou existaient en effet, en dehors du sport, répondant à la double exigence d'exercer le corps et de le mettre au service d'un comportement social, en dehors de la violence ?
Le service national, quelles que soient ses imperfections, était une opportunité essentielle de brassage social, de prise de responsabilités et de structuration de la personnalité. Il était aussi, pour les jeunes hommes, une forme de rite initiatique pour l'entrée en société, tout spécialement pour les jeunes Français d'origine étrangère. Il ne s'appliquait pas à la population féminine et a été suspendu. Les mouvements de jeunesse ont vu leur présence se rétrécir et n'ont pas toujours su asseoir leur action, souvent d'inspiration confessionnelle, en milieu urbain et auprès de populations d'origines raciales et/ou aux références religieuses différentes de celles de la majorité autochtone. Ils restent pourtant une opportunité unique pour le jeune de pratiquer une éducation sociale, solidaire et physique tout en échappant provisoirement aux difficultés du quotidien ou à un environnement parfois oppressant. L'Education Nationale s'obstine, par rapport aux activités culturelles et sportives, dans une vision linéaire qui en fait des disciplines d'enseignement, sans intégration réelle avec les activités de même nature, essentiellement confiées aujourd'hui aux collectivités territoriales. Par ailleurs, elle a largement abandonné -sauf dans des établissements "d'élite" réservés en pratique aux couches sociales les plus aisées- le principe, pourtant très valorisant, de l'émulation républicaine. Enfin, elle pratique assez souvent des formes d'orientation très contestables par rapport à des jeunes défavorisés par leur environnement social mais non par leurs capacités, en appliquant des critères de sélection négatifs ou non pertinents nourris par de tenaces préjugés.
Dans ce contexte, le sport reste le principal vecteur éducatif complet, apportant sous réserve de pratiquer les disciplines convenant le mieux aux jeunes, dans un cadre suffisamment large et avec un encadrement professionnel et bénévole de grande qualité humaine, une dimension éducative essentielle à des jeunes privés partiellement ou totalement de repères sociaux efficaces. Il peut apporter, au travers du parcours social des meilleurs, une exemplarité qui reste au travers de l'instinct d'imitation, un facteur essentiel de progrès personnel. Il intègre le travail associatif, lui aussi facteur de brassage et d'intégration raciale. Il utilise des lieux par définition conviviaux et rassemble autour d'événements partagés. Ni les jeunes ni les entreprises ne s'y sont d'ailleurs trompés, puisque les exemples les plus récents de crédibilisation du modèle politique français se sont pratiquement tous produits dans le domaine sportif et que c'est très largement au travers du vecteur sport que les entreprises capturent le marché des jeunes.
Une collectivité territoriale bien identifiée, disposant de moyens importants et de compétences connexes, à caractère scolaire (collèges) ou sociales, dispose donc d'une opportunité exceptionnelle de faire avancer les objectifs sociaux que de nombreux élus, indépendamment de leur sensibilité particulière, partagent et qui sont bien entendu au coeur de l'idéal associatif. Qu'en a-t-il été dans les Hauts-de-Seine, qu'en est-il aujourd'hui et que faudrait-il faire maintenant ?
La présidence précédente dans les Hauts-de-Seine mélangeait souvent le pire et le meilleur et pratiquait plus souvent qu'à son heure une politique de "coups" avec tout ce que cela implique. Dans le domaine de l'action sportive cependant, le bilan était largement positif. Si des moyens importants, souvent en dehors de l'initiative des responsables politiques ou techniques du sport d'ailleurs, avaient pu s'égarer sur des objectifs discutables, des initiatives très intéressantes avaient été prises.
Il n'est pas ici dans notre propos de nous attarder sur les objectifs douteux ou insuffisamment articulés et généralement inconstants. C'est de toutes façons très largement du passé. On se bornera à rappeler quelques sous-titres comme Jardy, le Tour de France ou le Stade de Colombes pour lequel l'alliance entre considérations sportives, politiques et "économiques" ne paraît pas des plus faciles...
Les principes d'une action décidée, s'appuyant sur les Parcs départementaux au travers des opérations Parcs en Sports, bien répartie territorialement me semblait excellent. Non moins utile, le recrutement d'une phalange de jeunes champions méritants et motivés, soit au sein du Service des Sports lui-même soit en vue d'actions ponctuelles et exemplaires dans les zones les plus défavorisées du département, la liaison avec le monde universitaire au travers de Léonard de Vinci. Positif lui aussi le style, qui avait su rester en dehors de considérations politiciennes de bas de gamme et servir prioritairement le Sport, non les intérêts politiques réels ou supposés de la faction dominante. Il s'agissait de servir l'ensemble des villes ayant une vraie politique sportive et non quelques "chouchous" privilégiés.
Plus difficile s'est révélée la gestion quotidienne des parcs départementaux, souvent détournés de leur objectif par les communes d'accueil en fonction d'objectifs campanilistes ne prenant pas suffisamment en compte l'intérêt des autres villes sur un investissement d'intérêt départemental et financé comme tel. Or la politique du département dans ce domaine s'est révélée hésitante et souvent timorée. De fait, les sportifs ne sont pas toujours en mesure de prendre en charge des problèmes techniques complexes en dehors de leur domaine et les élus responsables sont exposés aux pressions politiques diverses venant d'en-haut ou d'en-bas.
Les choix dans le soutien au sport d'élite se sont également révélés délicats. De nombreux élus tendent à confondre le sport professionnel, qu'il n'est clairement pas dans la vocation d'un département de soutenir -c'est à l'argent de financer l'argent- avec l'impérieuse nécessité d'asseoir l'expansion du sport départemental ou régional sur des locomotives qui ne peuvent être que des équipes ou des athlètes d'excellence : l'élite sportive. Or, l'excellence coûte cher en moyens et les villes ne peuvent tout faire, cependant que les EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) n'ont pas aujourd'hui les compétences légales nécessaires. De leur côté, les fédérations sportives voire les ligues jouent parfois un rôle ambigu. Leur politique et parfois aussi leur gestion interne génèrent des exigences financières toujours croissantes en investissement comme en fonctionnement et les collectivités locales, souvent, ne peuvent plus suivre alors qu'en face la gestion sociale du sport n'existe pas toujours. Le Département n'a pas forcément pris en compte cette dimension du problème.
Depuis le changement de Président, la situation a clairement empiré. Dans ce domaine comme dans d'autres, une tendance à mélanger les genres ou si l'on préfère à faire prévaloir l'esprit de clan sur l'intérêt général s'affirme. Les changements de pied brutaux, la non-prise en compte des résultats obtenus démotivent le personnel dans un domaine où l'exemple et l' allant des encadrants sont essentiels. Le principe de maintenir un consensus politique dans un domaine où il peut être créé et maintenu et où il ne gêne personne, semble devoir être abandonné. Ce serait profondément regrettable. D'autre part, l'action est compartimentée et l'on a beaucoup de mal à distinguer les lignes de force instillées par les élus responsables...si elles existent.
Le Sport, compétence facultative certes mais moyen d'action exceptionnel, ne semble plus du tout être une priorité pour le Conseil Général. Dans ce contexte il paraît utile que la Gauche prenne un relais, propose des lignes d'action et un nouveau consensus pour que le sport ne retourne pas aux oubliettes et qu'il contribue à prévenir une crise grave dont nous n'avons vu que les premiers feux et que seul un travail simultané et approfondi dans plusieurs domaines pourra conjurer.
Une action volontariste du Conseil Général en matière de sport devrait, dans les prochaines années, se placer sous le signe du pragmatisme, de la continuité et de l'ouverture. elle pourrait se décliner selon cinq axes principaux.
- Tout d'abord, poursuivre le travail entrepris et l'améliorer. Autrement dit, il s'agit de rendre pérennes les actions positives entamées. Ainsi, dans le domaine de l'exemplarité du sport avec l'intervention de champions dans les zones en difficulté, il s'agit de créer, partout où cette intervention a produit des effets, des clubs ouverts, aux tarifs allégés et continuant à travailler en liaison avec eux. Le critère principal doit rester la qualité technique mais aussi morale de l'encadrement, ce qui implique un effort en direction d'un cycle de formation d'encadrants où le niveau sportif ne soit pas le critère exclusif et qui, dès l'origine, puisse inclure la reconversion des sportifs de haut niveau. Cette idée a déjà été portée dans le cadre de Léonard de Vinci mais en se restreignant à l'"université privée" du département et aux difficultés de celle-ci avec l'Education Nationale, elle s'est automatiquement condamnée à un échec relatif.
Un gros effort doit être également entrepris pour homogénéiser le niveau de formation entre éducateurs sportifs et animateurs. Or, la rigidité des filières de formation fait que certaines d'entre elles sont probablement surdiplômées et surspécialisées, d'autres au contraire sousdiplômées et trop universelles. Sur le terrain, cela ne fonctionne pas bien quand les uns doivent prendre le relais des autres. Qui, sinon le Département, pourra résoudre ce problème essentiel dans de bonnes conditions ?
- C'est pourquoi le principe essentiel de son action devrait donc devenir, ou redevenir, la transversalité. Un service des sports départemental réduit à l'"action sportive" ne peut, à terme, qu'être un moignon secondant peut-être la publicité personnelle de quelques politiques locaux mais incapable de faire jouer au sport le rôle essentiel qu'il mérite dans l'éducation en général. Au contraire, en contribuant à décloisonner le sport scolaire, à amener de nouvelles générations au sport, en assurant une bonne jonction entre animateurs de terrain et éducateurs sportifs, en créant la synergie avec les autres entités titulaires de responsabilités sportivess et en gérant les évènements et les lieux majeurs du sport altoséquanais, le Conseil Général se valoriserait. Cela n'est bien évidemmment possible qu'en rendant au service concerné ses moyens mais surtout son rôle et même en le développant. Cela ne semble pas être le chemin qui a été pris pour l'instant.
- Toujours dans la même logique, le Conseil Général doit, ensuite, devenir le coordonnateur d'actions positives fondées sur le principe de la subsidiarité. Entre les multiples intervenants sur le territoire des Hauts-de-Seine, une conférence sportive devrait permettre de répartir les domaines d'intervention privilégiée par discipline, niveau de pratique sportive, objectifs sportifs ou capacité de soutien financier. Les PPI ( plans d'investissement) doivent être discutés avec les communes, les agglomérations, l'Etat (DDJS, Education Nationale) et la Région en s'appuyant sur les équipements existants mais aussi en en concevant d'autres, répondant à des besoins jusqu'ici négligés comme la natation, victime de la dispersion des myens et de l'incohérence des politiques. Accompagner la création des internats départementaux et régionaux, répondre aux besoins sportifs traversants ( en cyclisme par exemple) avec les départements besoins sont aussi des nécessités.
- Il s'agit aussi de mettre en évidence la subsidiarité et de savoir quelle entité territoriale ou nationale sera chef de file au sein de la Conférence sportive 92 à créer. On peut ainsi imaginer que l'évolution du problème des filières soit confiée à la DDJS, le travail sur les équipements d'intérêts commun par bassin sportif aux agglomérations, les évènements, les formations, le dialogue avec les ligues et fédérations et l'aide au Conseil Général, la création d'équipements de proximité liés à la politique sportive commune, aux villes. Un Fonds commun d'Encouragement pourrait constituer l'indispensable ressource permettant d'aider de façon pérenne mais avec des critères clairement définis les élites sportives, en sport collectif comme en sport individuel et handisport.
- Dernier point, mais il est essentiel dans l'optique qui nous intéresse : la démocratisation et la moralisation du sport. Le sport n'a d'intérêt que s'il contribue, non seulement au bien-être physique et à la santé des gens, mais à l'hygiène de vie et à une vie harmonieuse en société. Or, il est d'essence essentiellement associative et les Fédérations et ligues jouent donc un rôle esentiel dans sa gestion et son développement. Il importe donc qu'elles soient étroitement associées, au travers d'un dialogue serré et mutuellement bénéfique, à l'action publique en matière de sport. Or, les exemples actuels démontrent que les dérives existent et que, dans certains cas, les choses ne vont pas bien. Alors que d'innombrables bénévoles de terrain se dépensent sans compter pour leur sport et le plaisir des jeunes, certains dirigeants fédéraux vivent confortablement du même sport et le font évoluer vers des "valeurs" d'argent et de médiatisation, l'un nourrissant l'autre. Toujours plus d'incidents, de dépenses et d'exigences pour les villes ou les adhérents et à l'arrivée, un contre-exemple voire une anti-éducation pour les jeunes. Dans d'autres cas, sous les prétextes les plus divers, d'autres dirigeants réclament des moyens importants pour des sports qu'ils ne parviennent pas, paraît-il, à démocratiser. Or il n'y a pas de sports de classe, il n'y a que des sports qu'on ne veut pas faire partager.
Il convient, et le Conseil Général peut ici aussi jouer un rôle essentiel, d'amener les Fédérations concernées, s'il y en a, à la table de négociation et de les convaincre de se remettre au service du sport et non d'intérêts particuliers. A contrario, certains Petits Poucets assurent dans l'ombre un travail de forçat dans le cadre de disciplines méconnues ou trop régionales. Il convient de les aider et de les faire "exploser" d'autant plus que les jeunes adorent, en général, la nouveauté. Gérer le sport de façon juste, proactive et dynamique serait le maître-mot.
Tout ceci ne sont que quelques idées. Puissent-elle faire naître un débat constructif et contribuer à ce que, dans notre Département, le Sport reprenne des couleurs et redevienne un pilier d'une éducation de qualité qui devient aujourd'hui, avec un urbanisme de qualité et une vraie mixité sociale, une exigence absolue. Et satisfaire cette triple exigence reste, me semble-t-il, la seule porte de sortie sérieuse aux difficultés qu' éprouve la société française à faire vivre un modèle politique original et moderne, à l'heure où l'on cherche à nous vendre, après l'argent-roi, le communautarisme.
19 novembre 2005 dans reflexions - Politique, reflexions - Société et vie pratique | Permalink | Commentaires (0)
Pas rentable... l'éducation ?
La France est aujourd'hui l'un des pays les plus riches de la planète : riche en argent, riche en culture, riche en traditions et avant tout, riche de ses femmes et de ses hommes. Mais si l'on écoute le discours ambiant, nous sommes pauvres. Pauvres en imagination, pauvres en solutions pour motiver les entreprises et les services publics et de plus en plus, pauvres aussi en démocratie et en égalité. La priorité d'aujourd'hui n'est pas d'éduquer nos jeunes et de répondre aux attentes des citoyens, elle est de fouetter la consommation, de libérer la concurrence, de diminuer les dépenses publiques. Tant mieux pour ceux qui s'en tirent, tant pis pour les autres. Le bel idéal !
Au lendemain de quelques nuits qui sonnent le glas de notre manière d'éduquer et du système de fausses valeurs largement voire totalement matérialiste que certains cherchent à nous imposer à l'échelle du pays ou à celle de l'espace européen, comment reprendre la bonne piste et rebâtir ?
Si les mots on encore un sens en français l'enfant, l'adolescent ou même le jeune ne sont pas des adultes, des citoyens "parfaits". Ils ont besoin, pour le devenir, d'éducation. Ils ne s'auto-éduquent pas, ou tout au moins ils ne peuvent le faire que très partiellement. Il leur faut donc un cadre plus ou moins souple qui leur assure un développement optimum. La société doit leur assurer ce cadre.
Quels en sont les acteurs ? Les parents, d'abord, au travers de leur exemple, de la régulation de la vie en famille et des moyens éducatifs qu'ils organisent. La collectivité, ensuite, au travers des crèches, de la maternelle, des centres de loisirs, des écoles mais aussi et c'est très important, de l'environnement éducatif de ces pôles. Assistantes maternelles, ATSEM, surveillants, équipes éducatives spécialisées oeuvrent au quotidien pour l'éducation des nouvelles générations de Français. Sous bien d'autres formes l'Etat, agent garant du fonctionnement politique de la Nation, peut lui aussi intervenir. L'administration de la Justice par exemple, n'est pas là seulement pour sanctionner mais aussi pour protéger et aider. Mais il y a aussi de nombreux autres agents éducatifs comme les mouvements de jeunesse, les associations sportives et éducatives. L'enseignant enfin, dont la mission principale n'est pas d'éduquer mais d'enseigner, contribue cependant, à travers l'enseignement à éduquer. Quant aux media il peuvent, suivant les cas et l'usage qui en est fait, contribuer à l'éducation ou à la déséducation.
Or que constate-t-on ? Depuis des années, la même philosophie du court terme, de la démagogie politique, de l'argent-roi et de la consommation-reine, sévit en France comme ailleurs. Alléguant les nécessaires économies (!) ou d'autres priorités, on a lentement démoli les cadres éducatifs et l'environnement normatif des enfants, des adolescents, des jeunes et même des adultes.
A force considérer que l'éducation (Instruction Publique rebaptisée Education Nationale) ne se faisait qu'à l'Ecole, on a laissé croire aux familles et en particulier aux moins favorisées que c'étaient les enseignants qui portaient l'essentiel de la responsabilité éducative. C'est dans cette logique que les mêmes parents qui sont prêts à poursuivre en justice un enseignant pour une pichenette donnée à leur enfant laissent aujourd'hui quartier libre à de jeunes mineurs jusqu'à des heures avancées du soir ou les encouragent objectivement à être violents à l'école. Et ce, dans un contexte où les décompositions-recompositions de familles sont devenues quasiment monnaie courante et où les problèmes d'emploi et de logement risquent souvent de faire du jeune un laissé pour compte de la vie quotidienne.
L'Education Nationale elle-même a souvent perdu ses repères. Pendant que les enseignants "rament" dans des conditions souvent difficiles, on "économise" non sur une administration pléthorique mais sur des postes essentiels : assistantes sociales, infirmières et surtout surveillants et accompagnants dans les écoles. Sur des sujets que le même ministère maîtrise mal, par contre, comme l'orientation, il s'obstine à vouloir garder seul la main alors que les collectivités territoriales et les entreprises pourraient y jouer un rôle beaucoup plus positif et efficace que lui en direction de la priorité essentielle : l'insertion des jeunes, dès que possible dans un emploi qui leur convienne, qui existe mais qui permette un parcours professionnel ultérieur. Est-ce un pur hasard si les jeunes pyromanes s'attaquent particulièrement aux écoles ?
L'absence de plus en totale de toute politique d'éducation globale au niveau de l'Etat (et non de pseudo-réformes ne concernant que le seul ministère de l'instruction publique) l'a conduit à se désintéresser de plus en plus du monde associatif, à l'exception qui n'en sera peut-être bientôt plus une, des associations dites d'insertion. Or, les associations éducatives non ciblées sur un public particulier présentent l'immense avantage de pouvoir accompagner l'éducation parentale au choix des parents. Ce n'est pas un hasard si elles avaient fleuri dans l'après-guerre, à une période difficile où chacun reconnaissait la nécessité de partager la charge éducative et non de se défausser de cette tâche pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
De façon plus générale, on a rogné sur tout ce qui pouvait aider à conserver au quotidien le sens de l'effort gratuit, le respect d'un certain nombre de normes et à favoriser la cohésion sociale. Suspension sine die du service national par la Droite avec la complicité passive de la Gauche, disparition des gendarmes en milieu urbain (alors qu'on entend aujourd'hui certains maires, même de gauche, réclamer l'intervention de l'armée en phase d'émeutes !), impasse sur les émissions éducatives à la télévision alors que la même télévision, refuge alternatif à la rue des jeunes en déshérence précoce, déverse par tonnes les messages violents ou matérialistes. Quant à la politique de la ville, jusque très récemment, elle niait le principe de prévention et ne s'intéressait, pour simplifier, qu'aux zones où il était déjà trop tard. L'incohérence s'allie au manque de réflexion. Ainsi, supprimer la gendarmerie et la police de proximité, revient à identifier l'ordre public avec la BAC et les CRS, autrement favoriser la connotation négative de l'ordre public : excellente éducation du public !
Côté urbanisme, c'est le zéro pointé. Alors que les conditions de vie sont l' un des principaux pourvoyeurs de problèmes sociaux, la gestion urbaine est clairement "plantée". La tendance européo-matérialiste actuelle a carrément fait une croix sur toute forme de planification nationale et elle s'en vant aux applaudissement des naïfs. Or, en milieu urbain c'est-à-dire là où les problèmes se posent, le mille-feuille politique de la décentralisation rend l'initiative de la requalification urbaine très difficile. Or, la densité mal répartie génère nécessairement, dans le système actuel de gestion du logement social auquel personne ne veut toucher, la guetthoisation. Il serait peut-être possible d'humaniser tout cela en laissant davantage de pouvoirs et d'initiative aux collectivités territoriales. Mais personne ne veut en entendre parler. Mieux vaut être assuré, semble-t-il, du retour des flambées que de risquer l'hypothétique abus de pouvoir ponctuel d'un hiérarque local !
Alors, que faire ? Tout d'abord, se rendre compte que les outrances verbales, nous venons de le vivre, ne mènent à rien et qu'elles jettent de l'huile sur les feux même s'il serait injuste d'imputer l'origine même des problèmes à leurs auteurs. Tout aussi illusoire et dangereux est l'angélisme qui attribue tous les torts à "la société" et tend à expliquer les violences des uns par l'insatisfaction des autres, immensément plus nombreux. En fait, tout compte au niveau des causes et donc il faut s'attaquer à tous les problèmes. Cela passe nécessairement par un catalogue d'actions à court, moyen et long terme, si possible hiérarchisées, bref par un plan politique large qui accepte la remise en cause des tabous. Difficile entreprise en ces temps de court terme, du matérialisme européen et de pensée unique !
La première chose à faire est sans doute de restaurer, aussi bien à l'école que dans les administrations, une philosophie très simple que les parents et les jeunes puissent comprendre et assimiler : celui ou celle qui pratique la solidarité sociale et l'effort en est récompensé(e), celui ou celle qui n'en fait rien n'est pas particulièrement aidé et celui ou celle qui, de façon consistante et volontaire, ne respecte pas la santé, le bien ou l'intégrité physique des autres, désavantagé. Cela a l'air évident mais dans la pratique le système tend aujourd'hui exactement à l'inverse. Ce sont les voisins des fauteurs de troubles qui doivent déménager, les enseignants risquent davantage les poursuites que les agresseurs en classe, les jeunes travailleurs rament davantage pour vivre que les oisifs et l'argent des trafics est blanchi du moment qu'il sert à payer les loyers, les Nike ou la voiture. La société commerciale est, en quelque sorte, une receleuse. Les forces de l'ordre doivent être vécues par tous comme une protection et non comme une menace. Il est donc urgent de revenir à la proximité, à l'implantation locale et à la mixité culturelle et géographique des corps, qu'il s'agisse de police ou de gendarmerie.
La seconde, c'est d'encourager l'effort gratuit, la vraie mixité sociale, une laïcité qui ne soit pas teintée d'hypocrisie. Les conséquences en sont d'abord, la remise en activité d'un service civique universel, fondamentalement non destiné à un usage militaire mais orienté sur le service solidaire à travers tous les ministères et ouvert sur l'international. C'est l'occasion aussi bien de battre en brèche les préjugés, d'apprendre le respect de l'autre sexe et de l'âge, le respect du travail que de rebâtir l'esprit républicain. Ensuite, il faut réaliser un véritable effort d'urbanisme qui ne soit pas du replâtrage. L'inévitable conséquence en est la remise en cause non du système d'attribution des logements sociaux mais de leurs principes de gestion. En particulier, il faut travailler dans trois directions : la construction de logements neufs en accession sociale et pour les jeunes, l'introduction du principe de baux sociaux 3-6-9 renouvelables automatiquement si les conditions de ressources et de bon voisinage sont respectées, le travail déjà largement entamé non seulement sur la qualité des logements mais sur celle de leur environnement : on ne respecte qu'un environnement digne.
Enfin, il faut stopper la dangereuse tendance à faire aujourd'hui de l'Islam pratiqué normalement le principal ennemi de la laïcité : la vraie laïcité ne repousse pas les religions ni même leur enseignement mais elle refuse de leur déléguer l'enseignement. Or, sous couvert parfois de chrétienté ce sont, finalement, les "valeurs" matérialistes imprégnant la politique des gouvernements et la vie en société d'aujourd'hui que les "jeunes" cherchent aujourd'hui à repousser et la religion peut leur servir de prétexte ou d'appui sans être pour autant à l'origine de leur "combat". On ne combat pas une réaction fondamentalement saine même si elle est exploitée ou donne lieu à des excès, par les menaces, les replâtrages ni par la distribution de sucres mais en répondant aux aspirations exprimées.
Le ministère de l'Education Nationale -qu'on ne doit sous aucun prétexte confondre avec le corps enseignant- doit se réformer en profondeur et accepter l'intégration de ses efforts à ceux de la société et des collectivités. De lourdes erreurs y sont commises quotidiennement en matière d'"orientation" des jeunes, de priorités budgétaires, de longueur des cursus éducatifs, du rôle de l'enseignement technique et sur bien d'autres sujets comme la stabilisation et la valorisation des postes d'enseignants ou de directeurs et l'encadrement des élèves dans les lycées et collèges. Les associations de parents d'élèves ne posent pas forcément toujours les bonnes priorités et elles doivent, elles aussi, accepter de voir leur politique, non leur rôle, remis en question. Un Grenelle intellectuel du monde éducatif permettant à l'ensemble des acteurs de l' Education (et non des usagers du ministère qu'il faudrait d'ailleurs rebaptiser Instruction Publique) de s'interroger puis de proposer à l'Etat de nouvelles lignes de force éducatives serait probablement une bonne, voire indispensable démarche.
Quant à l'emploi, c'est d'abord par les entreprises qu'il est à créer. Mais c'est se faire des illusions, dans le monde que nous vivons aujourd'hui et que nous acceptons globalement, que de penser que les entreprises embauchent sur la base de primes gouvernementales, quelles qu'elles soient. Par contre en stimulant vigoureusement la recherche, les grands chantiers nationaux et internationaux qui présupposent une forme de planification, la requalification urbaine et de façon générale les investissements durables, on rentabilise l'argent public parce qu'on initie l'emploi. De traces de tout cela dans la politique gouvernementale, on ne voit rien, au contraire ! L'obsession de baisser les impôts de quelques-uns et de réduire la "dépense publique" au petit bonheur et aux dépens des ministères les plus faibles et les plus utiles gomme tout.
Un dernier point, et il est essentiel : en cassant systématiquement toutes les occasions de vivre ensemble, en refusant de remettre en cause des systèmes ossifiés qui ne fonctionnent plus ou très mal, en s'attaquant aux bons côtés de l'Etat sans en éliminer les défauts, en s'obstinant à valoriser un système économique qui par définition est une chose et non une idée ou a fortiori une valeur, on accroît progressivement le fossé entre les nouveaux ou les futurs Français et les anciens et l'on crée, lentement mais sûrement, un profond sentiment d'injustice qu'il est tentant et parfois justifié d'assimiler à du racisme. Dès lors, la boîte de Pandore est ouverte et tout peut en sortir.
La France, comme souvent, est en avance dans les difficultés sur ses partenaires européens, peut-être parce qu'elle assimile de façon plus rapide mais plus heurtée la richesse humaine qu'apporte son ancien Empire. Elle dispose cependant d'atouts maîtres qu'il nous appartient de faire valoir : l'idée laïque et républicaine, la culture de notre langue, la place dans le monde de notre pays. En nous appuyons sur eux, sachons faire vivre un vrai changement, qui n'a rien à voir avec le libéralisme en peau de lapin européen prôné par d'anciens hauts fonctionnaires. Si nous voulons prendre au sérieux les avertissements qui nous sont donnés, c'est la condition d'une évolution positive, qui bénéficiera à tous.
Pour aller plus loin, je vous invite à lire en ligne le chapitre sur l'éducation de mon livre !
7 novembre 2005 dans reflexions - Société et vie pratique | Permalink | Commentaires (5)
Entreprise privée, entreprise publique : vers de nouveaux horizons ? (I)
Même parmi ceux qui ont longtemps cru au discours libéral sur l'entreprise et en particulier chez les cadres, le doute s'est installé, puis la colère. Dans le temps, l'entreprise licenciait quand elle ne pouvait plus faire autrement. Puis, elle a licencié quand elle pouvait faire autrement. Aujourd'hui, elle licencie quand elle n'en a pas besoin. Les media bruissent des indemnités pharamineuses versées à des patrons inefficaces pour qu'ils partent ou à des chevaliers d'entreprise attrapés par plus malins qu'eux. En même temps, on commence à remettre les seniors au travail. Devant tout cela, les plus impénitents lecteurs du Point ou du Nouvel Obs voient vaciller leurs convictions.
Ils ne sont pas les seuls cependant. Du côté aussi de ceux qui croyaient à l'entreprise nationale, outil de l'Etat qui incarnait le Service Public, la nécessité de la solidarité économique et sociale ou la continuité du territoire national, on doute aujourd'hui. Ils entendent ceux qui sont censés partager leurs valeurs leur servir un discours qui justifie le démantèlement progressif de leur univers par le caractère majoritaire de la philosophie adverse ou l'inéluctabilité de la mondialisation. Bruxelles sert à la fois de référence pour justifier la privatisation et de bouc émissaire pour ses conséquences. De hauts fonctionnaires -qui ne démissionnent jamais - se montrent, une fois ancrés en politique, les plus acharnés zélateurs de la destruction de la maison publique.
Pourquoi tout cela ? J'aimerais réfléchir avec vous aux raisons de cette double évolution et me demander si elles n'augurent pas de la nécessité, loin des poncifs de la pensée unique, de voir les choses différemment. Et surtout de réagir pour aider à reconstruire, peut-être avec d'autres Européens dignes de ce nom, une idée de l'entreprise qui ne soit pas un simple clone de conceptions importées et sans véritable avenir ou un credo conformiste qui ne peut que mener à la dévalorisation définitive du Politique.
Le discours était bien rodé. Le bonheur social, la réalisation de soi passaient par une société dynamique, portée par l' Economie. Foin de l'Etat, des administrations tâtillonnes et inefficaces nourries par la gloutonnerie fiscale de fonctionnaires trop nombreux et fondamentalement paresseux. Trop d'impôts, de toutes façons. La Consommation, moteur essentiel, doit être portée et nourrie par une entreprise rigoureusement menée où chacun bénéficie d'un management efficace mais attentif et retire les bénéfices de son engagement.
En fait, le monde de l'entreprise a bien évolué. Le cadre n'est pas forcément devenu jetable partout mais il sait que la fidélité qu'il pourra témoigner à son employeur ne sera, à de rares exceptions près, pas payée de retour. Clairement, il croit de moins en moins aux idéologies maison développées par des DRH ingénieux ou des directions générales pratiquant l'autosuggestion voire la tromperie caractérisée. Pourquoi ?
Parce que les exemples de gaspillage social idiot ou de combines inadmissibles du management ou des actionnaires se multiplient, parce que le contrôle politique du système tend à s'évanouir, parce que le système économique lui-même ne sait plus toujours où il en est ni qui dirige la manoeuvre.
Il n'y a pas si longtemps, des dizaines de milliers de gens ont été renvoyés chez eux autour de la cinquantaine. On a brisé des vies professionnelles bien remplies, porté atteinte à la mémoire vivante de nombreuses entreprises et tari une source importante de contributions sociales. Aujourd'hui, à l'exemple de certains pays scandinaves, on redécouvre à la fois les mérites de l'expérience dans l'entreprise, la nécessité économique d'une durée du travail suffisante car les coûts sociaux doivent être équilibrés, l'importance du critère humain dans la décision sociale, en attendant de se rendre compte que la vie n'est pas "finie" avec la retraite ou que le jeunisme n'est pas une bonne idéologie.
Les exemples de combines patronales ne manquent pas non plus : les idéologies imposées de l' équipe qui gagne, de l'entreprise cocoon, du patron omniscient voire le recours à la manipulation intellectuelle pure et simple se sont répandues, générant une impression de tricherie morale quand les faits viennent démentir les discours. Quant à la tricherie financière elle concerne aujourd'hui aussi bien le management qui est sous pression que les actionnaires vendeurs soucieux de déguiser un cheval fourbu en fringant coursier ou encore les raiders qui pratiquent la fuite en avant en bluffant sur leurs moyens réels.
Mais surtout, et c'est sans doute le phénomène essentiel, la définition même de l'entreprise n'est plus respectée. Une entreprise, c'est l'association, en vue d'un but économique mais qui peut être également social, d'un certain nombre de gens qui, rassemblés par l' affectio societatis unissent leurs talents. Ce but est en principe le profit, à réinvestir ou à redistribuer aux porteurs de parts. Ceci implique un minimum de continuité dans la conduite générale de l'entreprise et une implication de l'actionnaire (au sens générique du terme) dans celle-ci. Or on assiste de plus en plus souvent à un divorce complet entre la fonction financière et la fonction sociale de cet actionnaire, phénomène que l'on retrouve d'ailleurs chez l'actionnaire public aussi bien que chez le privé. Il n'y a plus seulement des patrons, mais aussi des actionnaires de rencontre. Tout le monde voit bien qu'une entreprise est, à la limite, d'autant mieux valorisée qu'elle crée davantage de chômage. C'est la perte des repères.
Bien sûr, il existe un très grand nombre d'entreprises qui marchent et où des dirigeants émérites essayent de limiter les dégâts quand il y en a et d'être fair play avec le personnel, quand tout va bien. Il existe même encore, surtout dans le cadre familial, des actionnaires capables de prendre leurs responsabilités et de comprendre que la "philosophie" de l'argent pour lui-même ne mène nulle part sinon à la catastrophe, même pour ses détenteurs. Au total, cependant, le principe que l'entreprise est devenue un actif global que l'on peut échanger, dépecer voire faire disparaître sans tenir compte de sa valeur ajoutée sociale et en se fondant exclusivement sur des considérations de profit privé à court terme pour les non-entrepreneurs actionnaires tend à se généraliser.
Cette idée est inacceptable et elle n'est même pas cohérente avec le libéralisme classique. En effet, il n'est plus question ici de mesurer grâce au profit réalisé la performance de l'entreprise mais en quelque sorte de brûler, de consommer cette performance. C'est un nouvel exemple d'un phénomène de transformation inverse qu'on rencontre de plus en plus aujourd'hui en matière financère : au lieu de transformer des fonds à court terme en vue d'utilisations à moyen terme ce qui est risqué mais peut être géré, on dilapide des moyens financiers ou économiques accumulés pour en tirer un profit à court terme qui disparaît dans la consommation immédiate.
Un fonds de pension, par exemple, est en effet censé apporter à ses membres des perspectives de valorisation de leur retraite. Indépendamment de toute considération nationale (encore que..), à quoi bon prioriser la prise de bénéfices à court terme au travers de l'achat et de la revente d'actifs sociaux si c'est pour nourrir indirectement le chômage et donc la perte d'avantages à la retraite d'autres actifs ? C'est là véritablement, avec en prime un coût social dramatique, vouloir remplir le tonneau des Danaïdes. La pression excessive des actionnaires, stables ou non, n'a guère de sens non plus. C' est en effet en revenir au gouvernement par la terreur qui ne donne pas de meilleurs résultats en économie qu'en politique. Mal contrôlée par le pouvoir politique local et pas du tout par l'échelon européen, une généralisation de la "foire aux entreprises" ne peut que générer l'anxiété, les remous sociaux, l'inquiétude des dirigeants et in fine une baisse de la croissance économique. Et où est l'intérêt de favoriser une situation qui va clairement à l'encontre du fonctionnement du système ? Serait-ce alors parce qu'une fois de plus, certains discourent sur une base libérale mais agissent sur une base nationale, en particulier les grandes entreprises et fonds anglo-saxons ? Là non plus, ça ne tient guère car des entreprises qui fonctionnent sur un marché mondial n'ont guère d'intérêt à casser leur image mondiale.
Evidemment, on peut toujours théoriser sur la base du coût du travail qui serait à ajuster par rapport aux pays émergents européens voire extra-européens, l'ajustement se faisant, précisément, au travers de l'achat ou de la vente plus ou moins "performantes". Là non plus on ne voit pas bien où cette pseudo-logique nous mènerait. Elle est irréaliste car inacceptable socialement et humainement. Elle est contraire à l'évolution des choses si l'on se rappelle par exemple l'exemple du Japon, des petits dragons et de plusieurs pays Européens car c'est évidemment vers l'élévation du niveau de vie des pays émergents qu'il faut, bien entendu, aller et non vers la baisse des nôtres. Elle n'a pour but, en fait, que de maximiser la réalisation de profits dans des mains peu nombreuses et généralement anonymes.
Pourtant, l'entreprise privée reste le porteur essentiel de l'emploi et de la réalisation personnelle de l'homme et, de plus en plus, de la femme. Alors, comment lui redonner davantage de sens et quelle peut être la valeur ajoutée de la gouvernance politique ? Comment continuer à travailler à une économie moderne qui, à la différence du libéralisme qui n'est que la théorisation d'un état de fait, fasse avancer l' Humain au lieu de le faire reculer ?
Probablement faut-il se rapprocher, comme le font de nombreux jeunes entrepreneurs, du concept d'origine. Entreprendre, c'est apporter au travers d' un service ou d'un produit, une idée nouvelle à la vie sociale ou une nouvelle manière de travailler. Mais c'est dans la continuité que le problème se pose. Comment obtenir la base nécessaire au développement durable de l'entreprise et surtout la sécuriser : sécuriser la motivation des partenaires et du personnel, sécuriser leur association à la propriété de l'entreprise, pérenniser la qualité et la créativité du groupe ? Ce sont là les problèmes classiques du management, me direz-vous. Certes, mais sans doute est-ce là que le rôle du politique intervient car c'est un rôle complémentaire que chacun attend, un rôle davantage fait d'appui que de contrôle.
Le chef d'entreprise privée n'attend pas de la puissance publique d'intervenir dans sa création d'emploi. S'il salarie, c'est par rapport à son entreprise et non dans un but social collectif. Par contre il se heurte à un certain nombre de difficultés que l'Etat ou les collectivités territoriales, surtout s'ils ne gaspillaient pas beaucoup d'argent et de créativité dans des politiques parfois illusoires, pourraient l' aider à vaincre.
Il y a la mobilisation du capital nécessaire à la création mais aussi au développement de l'entreprise, à la sécurisation de son "tour de table". Il y a l' effort de recherche et de formation qui représente un investissement considérable. Il y a la protection des ressources intellectuelles et du savoir-faire de l'entreprise. Il y a, surtout, l' organisation du marché des entreprises. Il est souhaitable de laisser la possibilité d'un arbitrage dans les tours de table ou d'un développement des ressources en capital. Il est légitime que tout entrepreneur puisse, le moment venu, être libre de réaliser le résultat de son travail. Mais l'acquisition d'entreprises ne doit pas pour autant devenir un jeu de roulette où le court terme se substitue au moyen terme et la prise de bénéfices à la construction d'une valeur ajoutée. Il est surtout inadmissible que personnel qui, à la différence de l'actionnaire indifférencié, fait partie intégrante de l'entreprise, paye les pots cassés d'une situation qui n'est nullement une simple conséquence de l'économie de marché mais provient d'une regrettable lacune de la législation.
Il est difficilement envisageable et surtout peu réaliste -à l'heure où certains progressistes acceptent l'idée que le principe de la concurrence non faussée peut fonder une Constitution- de porter atteinte à la liberté d'action du dirigeant d'entreprise. On peut par contre rechercher les causes d'un comportement aberrant de sa part et les encadrer. Or ces causes résident principalement, me semble-t-il, dans l'invasion d'un virus intellectuel étranger à l'activité d'un entrepreneur, d'un spam de l'économie en quelque sorte !
Aujourd'hui, pour beaucoup de hauts dirigeants d'entreprise, il ne s'agit plus effet de répondre au marché, ce qui serait légitime, mais aux marchés financiers. La différence, c'est que les marchés financiers, contrairement au marché des produits et services, raisonnent en général à court terme et sur des critères très souvent subjectifs quoique masqués par des indicateurs économiques qui font sérieux mais qui, tout comme les pronostics des chroniqueurs hippiques les plus compétents, influent plutôt sur la réalité des prévisions qu'ils ne la traduisent. En d'autres termes, on ne se concentre plus sur la création de la valeur ajoutée mais sur les conditions de sa valorisation éventuelle en actifs financiers.
Cette nouvelle exigence déshumanise à peu près totalement l'évolution des entreprises privées en solidarisant les dirigeants, non avec ceux qui construisent avec eux, au sein de l'entreprise, la valeur ajoutée sociale et économique mais avec des gens qui ne font qu'en retirer un profit ponctuel, one-shot, et lui sont, à la limite, totalement indifférents. C'est donc aujourd'hui non seulement l'intérêt du citoyen et du salarié mais aussi celui des milieux patronaux voire boursiers que de limiter cette évolution. Comment ? Seule une réflexion large et concertée, pilotée par le politique, pourrait y parvenir.
L'axe de cette réflexion devrait logiquement être, cependant, la stabilisation dans le temps des "tours de table" importants et surtout un travail de fond sur les pactes d'actionnaires et l'accès des nouveaux actionnaires aux majorités. Par ailleurs et simultanément, plutôt que d'encourager objectivement le secteur bancaire et les institutionnels à gagner de l'argent à court terme sur les marchés, à généraliser des produits de clientèle lourdement chargés et à se retirer de leur rôle d'assistance à l'économie, il serait souhaitable de les responsabiliser comme porteurs de la finance d'entreprise.
Cette fonction d'accompagnement, si elle a une utilité fondamentale, a aussi pour les entreprises un coût et exige une discipline qu'il faut savoir accepter. Mais à tout prendre, ne vaut-il pas mieux répondre aux exigences légitimes d'un actionnariat stable et durablement impliqué dans l'entreprise plutôt que de "dégraisser" préventivement une société qui va bien pour la rendre, sous prétexte de mondialisation, appétissante à tel ou tel repreneur indifférencié ? Et pour l'économie, comme pour la politique d'ailleurs, ne vaut-il pas mieux encourager la prise de décisions à moyen terme plutôt qu'une fuite en avant générée par l'appât du gain mais qui ne peut, à terme, qu' engendrer des catastrophes ? En cas de crash boursier important, par exemple, que se passerait-il pour les les ayants-droits des fameux fonds de pension comme pour les salariés des entreprises dans lesquelles ils auront investi et qu'
