« août 2007 | Accueil | octobre 2007 »

Le coeur de ville de Chaville, à l'enseigne du développement durable

L'existence de Chaville est attestée depuis de Xème siècle et sa fondation à partir d'une villa (au sens gallo-romain du terme) par l'évêque Inchadus*. Au fil des temps, Chaville est devenue une ville, relativement modeste à l'échelle de l'Ile-de-France mais qui serait une sous-préfecture, voire une préfecture en province. Depuis une quinzaine d'années sa population est remarquablement stable, autour de 19.000 habitants et c'est une vraie ville que les Chavillois ressentent comme telle et qui retrouve un certain dynamisme. Mais il lui manque encore quelque chose.

Parmi les caractéristiques d'une ville il y a bien sûr l'existence d'un Centre, exerçant diverses fonctionnalités : concentration d'un certain nombre d'équipements publics, lieu de convivialité et de rassemblement occasionnel de la population, poumon commercial et culturel de la ville, noeud de communications, lieu cultuel principal pour les croyants, implantation économique principale et marché aux comestibles permettant également l'installation de "volants" (textiles, objets divers etc.). Un centre ville est donc à la fois un coeur et une vitrine pour la communauté. A l'inverse, une ville dépourvue de Centre Ville est susceptible, à terme, de perdre toute attractivité, de démotiver ses habitants et même de voir disparaître son identité. C'est donc bien ce qui manque encore à notre Chaville.

Or, Chaville n'a jusqu'à présent jamais eu de centre et l'implantation au début des années 90 de l'Atrium, l'équipement  de loin le plus important de la ville ( dix mille mètre carrés, avec une médiathèque, un conservatoire, l'une des plus importantes salles de spectacle des Hauts-de-Seine et divers équipements annexes), de l'hôtel Campanile et du centre d'entreprises "10ème avenue" s'est faite au milieu de la montée de l'avenue R.Salengro, essentiellement pour des raisons d'opportunité financière. D'un point de vue urbanistique, la logique de division dont souffrait la ville depuis longtemps s'en est donc trouvée plutôt aggravée, d'autant plus qu'elle s'accompagnait de l'absence d'un P.O.S. approuvé.

Il était donc logique, et c'était d'ailleurs une réflexion commune à toutes les formations politiques responsables, de proposer la création du Centre Ville, devenu en quelque sorte l'Arlésienne chavilloise. Après la mise en place du POS en 1998, nous avons donc entamé la réflexion et la concertation qui ont conduit, après de très nombreuses réunions de travail et de concertation, l'intervention de professionnels de toutes disciplines et une série de décisions des élus, à l'élaboration du Centre Ville tel qu'il va maintenant se réaliser sur le terrain à partir de mi-2008 pour l'essentiel. Encore fallait-il que cette réflexion et cette réalisation se fassent en suivant un fil directeur cohérent et susceptible d'être suivi par l'ensemble des acteurs. Ce fil directeur, c'est le développement durable et même s'il existe d'autres conditions au succès final (attractivité économique, cohérence du projet, solidité du financement, qualité de la réalisation) elles sont assez largement contenues dans le concept même de développement durable.

Aussi un document résumant l'ensemble des exigences du développement durable était-il nécessaire et ce document, c'est la Charte que nous nous proposons d'exposer ci-après, avant d'évoquer brièvement les autres facteurs de la réussite.

*Le propos étant ici d'ordre urbanistique, j'invite celles et ceux qui s'intéressent à l'histoire chavilloise -et ils sont nombreux- à se tourner vers le service de Documentation et d'Archives de la Ville et les travaux de l'association A.R.C.H.E.

Nous souhaitions mettre en place un document qui soit à la fois une réelle garantie que les travaux, les équipements, les espaces verts et les constructions du Centre Ville respectent réellement les principes du développement durable mais en même temps ne pas, comme c'est parfois le cas dans ce domaine, peser de façon excessive sur les coûts en tombant dans l'application aveugle de règles technocratiques et pas forcément essentielles. Elaborée avec le concours d'un bureau d'études spécialisé, la Charte se présente donc, non comme la copie conforme des documents dits HQE*, mais comme un ensemble de prescriptions dont le caractère impératif est hiérarchisé permettant à la fois une certaine souplesse sur des points jugés moins essentiels mais une contrainte forte sur les points majeurs.

Pour les équipements publics de la responsabilité de la ville et situés en ZAC Centre Ville (Groupe scolaire, MJC/Pégase, marché de Chaville) l'agent d'application de la charte sera, très logiquement, le service urbanisme de la Ville. Pour les réalisations de la ZAC proprement dites, ce sera l'aménageur (groupement SEMEAC/SEMADS). Rappelons à ce propos l'intérêt de disposer dans ce domaine d'un aménageur d'économie mixte : l'indispensable priorité donnée au développement durable et à la qualité en général est bien plus facile à réaliser si des considérations de rentabilité à court terme, sous prétexte de prise en compte du marché ou de soumission technocratique à des "traditions" françaises qui en fait ne sont que le reflet d'un regrettable conformisme intellectuel ("tout béton", absence de baux et préférence pour l'aliénation du foncier, absence d'éléments décoratifs dans la construction ou de travail sur la lumière, réseaux unitaires d'assainissement, recours systématique à des ensembliers commerciaux, préjugés anti-vélos, taxation non différenciée des véhicules propres etc. ) ne viennent pas troubler le jeu.

La Charte comprend 5 grands chapitres, eux-mêmes déclinés en une série de points contraignants

- La gestion et la valorisation de l'eau, essentielle dans une ville à relief comme Chaville où les bassins versants sont importants, la structuration de la vallée très prégnante et qui a été victime pendant des lustres d'une urbanisation anarchique dont il s'agit maintenant de corriger des tristes résultats. Faisons de l'eau notre alliée et non un ennemi à combattre.

  1. L'eau sera mise en valeur dans les aménagements publics extérieurs, aussi bien de façon statique (bassins de dimensions diverses) que dynamique (fontaines et cascades)
  2. Sur l'ensemble de la ZAC, les eaux pluviales et les eaux usées seront gérées séparément
  3. Les eaux pluviales seront, chaque fois que possible, récupérées pour les usages ne présentant pas de risque sanitaire ; sinon, elles seront infiltrées dans le sol
  4. En cas de rejet, les eaux pluviales issues du site et renvoyées au réseau d'assainissement ne dépasseront pas le débit de 2 litres/seconde/hectare
  5. La rétention ou l'infiltration seront gérées ilôt par ilôt, tout en gardant le souci d'une approche d'ensemble
  6. Des mesures techniques et tarifaires limiteront les surconsommations d'eau
  7. La qualité sanitaire des eaux stockées pour recyclage sera contrôlée  par un organisme agréé.

- Les énergies maîtrisées, ce qui va de soi à l'heure actuelle mais sans oublier que la France est encore très en retard dnas le domaine des immeubles "passifs" peu ou pas consommateurs d'énergie. Nous devons, et ce sera l'objet non seulement de cette charte mais du PLU (Plan Local d'Urbanisme) qui s'en déduira sur l'ensemble de la ville, nous réorganiser avec l' Arc-de-Seine pour inciter et aider chacun à construire ou à améliorer son habitat dans le sens d'une maîtrise de l'énergie.

  1. Pour chaque projet, on évalue l'impact environnemental et économique, en coût global, des solutions de raccordement au réseau de chaleur existant à proximité et de solutions alternatives basées (notamment) sur le solaire
  2. On s'inscrira résolument dans une perspective de réduction des consommations énergétiques en obtenant la classification A, B ou C du diagnostic de performance énergétique, que ce soit du point de vue des consommations ou des émissions de gaz à effet de serre
  3. L'objectif est de viser des consommations de référence inférieures de plus de 20% aux consommations de référence de la RT 2005 (réglementation thermique en vigueur)
  4. Les besoins de rafraîchissement seront limités par la conception des bâtiments
  5. Les énergies du site (par exemple la cogénération) seront privilégiées
  6. On travaillera en priorité sur les sources d'économie pérennes (constitution du bâti, architecture passive, isolation)
  7. La récupération des chaleurs gratuites (air extrait, groupes froids) sera privilégiée
  8. L'optimisation de la lumière naturelle dans les locaux est prévue
  9. Les locaux multi-orientations seront favorisés
  10. La qualité de l'air dans le bâti sera assurée par la ventilation naturelle ou mécanique et le choix des matériaux

- Les circulations apaisées. Dans ce domaine et malgré le handicap que présentent les déclivités chavilloises, il doit être possible de progresser considérablement et non seulement de faciliter véritablement la vie des handicapés et des PMR*** mais de réduire les circulations automobiles parasites et de favoriser un bon voisinage entre toutes les formes de déplacement. Au programme :

  1. Dissuader la circulation de transit motorisée sur la ZAC
  2. Favoriser au contraire le transit en circulations douces à la fois dans le sens du vallon et dans le sens transversal (perspective entre les forêts)
  3. Assurer malgré la pente les continuités d e cheminement accessibles à tous jusqu'à un point de dépose par des véhicules adaptés (petits transports collectifs, transport à la demande)
  4. Favoriser la mixité de l'espace public par la mise en place d'une voirie partagée où la priorité soit toujours donnée aux plus vulnérables ou aux plus lents
  5. Favoriser l'usage du vélo par la continuité des liaisons cyclables et l'aménagement d'aires de stationnement adaptées à proximité des équipements
  6. Eviter au maximum le stationnement prolongé en surface en procurant des surfaces de parking hors de la voie publique mais favoriser les aires de dépose, de desserte, de livraison : veiller particulièrement à la cohabitation des sorties de parking avec la circulation piétonnière sur les trottoirs
  7. Rendre l'accès aux parkings aussi direct que possible à partir des voies de circulation externes afin d'éviter de générer un trafic trop important à l'intérieur de la ZAC
  8. Travailler l'accessibilité, la luminosité, la sécurité des parkings pour qu'ils soient utilisés (N.B. ce qui n'est actuellement pas le cas de nombreux parkings privatifs dans le centre de Chaville à l'heure actuelle et génère la prolifération du stationnement en surface !)
  9. Offrir dans les locaux (en particulier à sommeil) un niveau acoustique résiduel le plus bas possible, inférieur de 3 décibels au moins aux exigences réglementaires

- Les chantiers propres car si la nécessité de construire du neuf et du beau à la place du laid de mauvaise qualité commence à être communément admise, les chantiers - même relativement courts- sont toujours ressentis comme une agression et une source de nuisances divers. Les objectifs poursuivis seront donc :  zéro plainte du voisinage, zéro accident de chantier. Il convient dès lors de gérer avec le maximum de sécurité et d'efficience pour réduire et contrôler les nuisances, en

  1. faisant signer par chaque entreprise une charte "Chantier à Faibles Nuisances". Celle-ci comporte des engagements tant pour la réduction des nuisances (limitation du niveau sonore, absence d'infiltration d'aux polluées dans le sol, protection des éventuels mitoyens, végétaux à conserver, propreté du chantier et des engins, nettoyage de la voirie, émission des poussières) que pour la traçabilité des déchets (bordereaux de suivi)
  2. assurant la permanence de l'accès à toutes les zones habitées de la ZAC et de son voisinage (accès piétons, PMR**, véhicules, livraisons, évacuation des déchets)
  3. organisant le phasage des opérations de façon à assurer la continuité du service des équipements publics
  4. mettant en place une information interactive du public sur les perturbations liées aux chantiers
  5. imposant des horaires et des circuits précis pour les travaux
  6. délimitant clairement les emprises de chaque chantier et traitant les clôtures et accès de façon à assurer la sécurité mais aussi à les rendre acceptables voire esthétiques
  7. contrôlant régulièrement l'application de la démarche sur chaque chantier par une personne agréée dépendant directement de l'aménageur

- La trame paysagère renforcée. Le centre ville, avec ses deux perspectives -la grande, qui rejoint le pavé des gardes au parc de la mairtie et la petite qui valorisera visuellement l'ancienne école Gérard, un poumon vert près du coeur de ville et aussi une voie de passage entre les deux forêts qui constituent notre berceau urbain. Il convient donc d'en soigner la trame avec des thématiques organisées.

  1. D'abord, libérer d'importantes surfaces en pleine terre et réaliser une couverture de végétation arborée ; augmenter le nombre d'arbres de haute tige et la diversité des essences
  2. Proposer ensuite des ambiances externes variées (ensoleillement, ombrage, odeurs, textures, couleurs) et susceptibles de garder ces caractéristiques moyennant un entretien minime. Dans ce contexte, on pourrait par exemple proposer la création d'un ensemble de "jardins" liés entre eux mais se succédant du Pavé des Gardes à l'église Notre-Dame, par exemple : jardin d'Arménie, jardin breton, jardin méditerranéen.
  3. Eviter les vis-à-vis proches
  4. Donner enfin une unité de lecture au paysage, facilitant le repérage et le sentiment de sécurité

Bien évidemment, la Charte du développement durable ne suffira pas à elle seule à assurer le succès du centre ville, elle en est cependant un élément essentiel car elle rassemble les différents opérateurs autour d'un objectifs commun, la qualité pour durer. Le même esprit, le même soin seront apportés à d'autres éléments .

Ainsi proposons-nous aux architectes de travailler, dans des proportions variables suivant la vocation des constructions, autour des trois éléments que sont le bois, le verre et la meulière. Il s'agit de donner à l'architecture de notre centre ville une certaine unité qui ne soit pas pour autant uniformité et se relie bien aux éléments environnants (Eglise, école familiale etc.). La mise en lumière des bâtiments nouveaux ou déjà existants constituera un atout supplémentaire.

Dans le domaine financier, nous sommes parvenus, toujours de façon amiable et sans recours à des procédures d'expropriation, à maîtriser la plus grande partie du foncier nécessaire. La revente ou la cession à bail emphytéotique des emprises déjà acquises - autrement dit celles pour lesquelles l'effort financier est déjà fait ou qui appartenaient antérieurement à la ville - doit maintenant permettre sans difficulté d'équilibrer le bilan de la ZAC compte tenu du niveau des prix dans notre zone des Hauts-de-Seine.

Grâce à la maîtrise -directe ou indirecte- du foncier par la ville (et non, par exemple, par un aménageur privé) une optimisation du couple rentabilité-qualité sera rendue possible. Elle permettra d'éviter que la ZAC Centre Ville de Chaville ne devienne, comme beaucoup d'autres, un lieu banal où l'on trouve toujours les mêmes enseignes franchisées et de pousser à l'installation d'une restauration de qualité et d'espaces de convivialité (sportifs, culturels, récréatifs) de bon niveau, qu'ils soient en gestion privée, déléguée ou publique. Il en ira de même du marché : l'effort des professionnels devra durablement accompagner celui de la collectivité locale qui investit et améliore l'environnement.

Enfin, les jeunes ne seront pas oubliés ; il est indispensable qu'ils participent à la conception des éléments de vie locale afin d'éviter qu'ils ne soient obligés de "s'expatrier" dès qu'ils souhaitent passer une soirée récréative ou manger un morceau entre amis. De façon plus générale, un atelier d'urbanisme permettra à tous les Chavillois désireux d'être associés à une gestion positive du centre ville d'échanger avec les responsables élus ou techniciens de la réalisation.

Avec le Centre Ville durable qui va sortir de sa gangue à proximité du carrefour principal de notre ville, Chaville pourra offrir à ses citoyens une qualité de vie accrue dans tous les domaines avec un coeur de ville qui bat vraiment. Elle va aussi et progressivement renforcer son statut de ville autonome, capable de préserver son identité dans le cadre d'une communauté d'agglomération déjà dynamique et active mais qui devrait logiquement s'élargir de façon décisive dans quelques mois.

*Haute Qualité Environnementale

**Personnes à mobilité réduite

26 septembre 2007 dansreflexions - Territoires | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

Hortefeux, boute-feu !

Il fallait s’y attendre…La fin de l’état de grâce se profile à l’horizon et déjà les Français commencent à  comprendre qu'il ne faut pas confondre deux choses : le one-man show et les succès tactiques en politique nationale d’une part, et de l'autre, l’exercice nécessairement collectif, stratégique et patient que suppose l'objectif de ramener les véritables intérêts français dans le Grand Jeu international, d’autre part.

Si la prise de pouvoir de Jacques Chirac avait ressemblé à un jeu de bonneteau, celle du nouveau président ressemble à la prise, au Texel en 1795, de la flotte hollandaise immobilisée dans les glaces par les hussards du Premier Consul. Succès spectaculaire mais sans lendemain, Napoléon devenu empereur s’étant révélé incapable de bien utiliser sa marine ou celles prises aux autres, faute de comprendre comment les gérer et surtout les faire commander. Il ne suffit pas d’eng… les amiraux pour se faire des alliés du vent et de la mer, de même qu'il ne suffit pas d'eng..les ministres ou les responsables internationaux pour que la France soit respectée, bien au contraire. En d'autres termes, la conjoncture internationale n'est pas à la botte de politiciens français qui, curieusement, ont sans cesse le mot de "mondialisation" à la bouche.

Sur la scène internationale, les victoires à la Pyrrhus du président s’achètent au prix du sacrifice hâtif de certains pions qui auraient pu servir plus tard et s'accompagnent d’imprudences ou d’engagements inconsidérés. Ainsi, notre implication progressive en Afghanistan, les déclarations irresponsables de Bernard Kouchner sur l'Irak ou l'Iran au moment même où nos amis britanniques, discrètement, sortent de la fondrière. Faire plus Bush que Bush sans même en avoir les moyens, où cela mènera-t-il ? Les rodomontades, défaut traditionnel de la politique française, qui méprise trop souvent les avis d’excellents professionnels pour laisser la part belle à la suffisance, à la superficialité, aux préjugés personnels et surtout à l'inextinguible soif de com' de quelques politiques, se font à nouveau entendre.

En France même les résistances naturelles commencent à jouer, l’effet de certaines forces qui ne sont pas toujours celles que l’on accuse et l’approche de nouvelles élections se liguent pour affaiblir le taureau qui s’était élancé avec fougue dans l’arène : le picador donne les premières lances. Ainsi l’on sait déjà que ce ne sont pas les confédérations syndicales qui bloquent vraiment la réforme de l’Etat- en cours depuis longtemps d’ailleurs - mais la citadelle de Bercy et celle-là, ce ne sont pas quelques batteurs d’estrade qui la prendront. Comme chez le chef d’entreprise qui s’aperçoit qu’il a déjà commencé à trop dépenser pour de vastes projets qu’il a déjà "vendus" à ses actionnaires ou clients, la tentation de faire de la cavalerie, financière et politique celle-là, commence à dominer : Il lui faut absolument conserver son crédit pour que le château de cartes reste debout. Ce qui compte, c'est que les promesses de l'ex-candidat reste crédible, pas de savoir si ses "engagements' tiennent la route.

Pour commencer, on va tenter d’honorer des promesses certes gratuites mais qui ont, par leur caractère démagogique, conquis bien des gens. Au premier rang bien sûr l'immigration, vieille antienne de la doite. Elle permet de pratiquer l'amalgame, exercice politique traditionnel consistant à mélanger tous les sujets pour mieux surfer ensuite sur les peurs et les préjugés, un fonds de commerce assurément inépuisable. On confond donc allègrement les questions de l'assimilation des générations, de la gestion du logement social ou de la non-discrimination et celle, essentiellement européenne, du rythme acceptable de l'immigration. Dans ce contexte le problème des non-papiers est au fond parfaitement mineur mais il est spectaculaire, et c'est la seule chose qui semble-t-il intéresse le président.

Soixante millions de Français sont urgemment menacés et il faut faire quelque chose ! Par quoi, par qui, Chef, où ça ? Mais par quelque 300 000 sans papiers, qu’il s’agit d’urgence de traquer et d’expédier ailleurs : les chiffres des reconduites baissent ! Mais, Chef, on ne peut plus décompter les Bulgares et les Roumains, devenus gentils puisque Européens ! Pas le savoir, prenez-vous-en aux Africains du Nord ou d’ailleurs ! Chef, ils n’ont pas d’argent pour prendre le billet d'avion de retour et il va falloir un nouveau Vel' d'Hiv et des crédits ! M’en f…, faites des exemples ! Chef, on va avoir des problèmes dans la presse, vous avez vu pour le petit Tchétchène ! Z’allez pas faire dans l’humanitaire, en plus ! Convoquez-moi les préfets et ça va danser !

Nous, on a compris et on ne va pas danser sur cet air-là. Les lois sont les lois bien sûr, comme l’étaient aussi celles de l’Etat Français de Pétain soutenu -ne l'oublions jamais- par la grande majorité des parlementaires d'alors. Mais les valeurs de la justice, de l’humanité et aussi, en l’occurrence, l’exercice du bon sens restent nos références premières. Pourchasser des femmes, des hommes, des enfants même, qui ont pour la plupart trouvé chez nous une nouvelle vie dans une entreprise ou une école et ne demandent qu’à être Français, quelle entreprise contre-productive, méprisable et vaine de surcroît, qui se retournera contre vous et vos amis, monsieur le ministre de l’Immigration ! Et vous, Mesdames et Messieurs les Républicains de droite, réveillez-vous, où vous emmène-t-on au nom de la discipline de parti ?

Soyons constructifs. Si le gouvernement craint que Mesdames et messieurs les Préfets ne chôment et ne risquent la décimation anti-fonctionnaires, nous pouvons lui proposer pour eux des occupations intéressantes. Dans les Hauts-de-Seine par exemple, faire respecter la loi, une loi sérieuse celle-là, à ceux qui la défient depuis des années en obligeant des villes notoirement liées à des figures politiques de droite de premier plan à respecter les 20% de logements sociaux. Vérifier que certaine société d’HLM proche du ministère de l'Intérieur ne laisse pas vides pendant des années des logements - comme à Chaville- et que les commissions d’attribution travaillent partout normalement, en respectant les élus locaux. Vérifier l’utilisation des aides aux entreprises en zones aidées, l'environnement des tribunaux de Commerce et bien d’autres choses encore. Il y a aussi le respect des élus locaux et de la démocratie comme à Puteaux ou, à l'occasion, à Levallois ou ailleurs. Entre trouver des logements aux gens qui en ont légitimement besoin et pourchasser des familles animées d'un fort désir -et souvent d'un début de pratique- d'intégration, où est la priorité ? De toutes façons, prétendre régler ce genre de sujets en-dehors de l'Union Européenne qui gère aujourd'hui les frontières extérieures et impulse les droits de l'Homme (et heureusement, semble-t-il) est une entreprise condamnée, sur tous les plans, à l'échec.

Le travail utile, et l’administration préfectorale comme la police et la Justice le savent bien, ne manque pas et tous souhaiteraient que leur qualité soit utilisée à autre chose qu’à des poursuites dégradantes et inutiles car les sans-papiers ne volent pas d'emploi aux Français et sont pour la très grande majorité d’entre eux, gens paisibles et travailleurs. Il suffit d’appliquer tranquillement, de façon humaine et juste, les lois existantes.

Libre à Brice Hortefeux de jouer les boute-feux et de laisser bientôt, peut-être, un triste nom dans l’histoire ministérielle, celui d’un ministre qui, au nom d’un maître qui met la lettre de Guy Môquet* au service de sa communication mais se garde d'en méditer le contexte, aura été un ministre de ratonnades. Un ministre qui en tous cas incarne bien un gouvernement qui, faute de pouvoir montrer un faible jeu au bout de son bluff, cherche déjà de faciles victoires en s'attaquant aux faibles...et qui suit un cap opposé à la vocation de la France et des nations qui partagent sa culture : être dans un monde dominé par l'argent une force en devenir, au service de l'échange, de la paix et de l'humanité.

* Français de 16 ans, communiste, arrêté par des policiers français et choisi sur une liste d'otages par un ministre français. 

14 septembre 2007 dansreflexions - Politique | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack