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UMP : c'est assez !
Nous voici maintenant propulsés en pleine campagne présidentielle. Les candidats à la future assemblée s'échauffent. L'horizon des municipales se dessine un peu partout. Le gouvernement, quelque part, existe et paraît-il, fait des choses. Les champions de différents partis rompent des lances, se rangeant parfois sous des oriflammes qui ne semblaient pas être les leurs. Les extrémistes font patte de velours. Les candidats se présentent tour à tour et parfois en même temps comme tenants du changement ou défenseurs de la continuité. On racole en s'aidant de la menace ou en faisant humer l'odeur alléchante du brouet post-présidentiel qui mijote déjà. Les sondages tour à tour surprennent, rassurent ou inquiètent.
Et voici le président de la République - UMP et ancien chef d'icelle - qui passe la main...et soutiendra peut-être objectivement Bayrou tout en délivrant un sauf-conduit formel au candidat de l'UMP.
Vu du point de vue du citoyen, on n'y comprend souvent plus grand'chose et la Nation émet des borborygmes au milieu desquels on croit reconnaître parfois, en prêtant l'oreille, quelques thèmes familiers : immigration, travail, solidarité, justice, éducation, écologie, ordre et quelques autres. Peut-être faut-il se demander à cet instant pourquoi notre politique nationale ressemble de plus en plus à un marché économique, qu'à grands coups d'opérations de marketing, les principaux opérateurs se disputent. Mais ces opérateurs, à quoi servent-ils et qu'apportent-ils à ceux qu'ils sont censés servir au premier chef : les citoyens ?
Au premier rang d'entre eux, l'UMP, qui s'identifie au héraut principal de la Droite, son propre président et qui gouverne de facto la France et notre département depuis des années au travers de ses différents avatars, qu'ils se nomment Chirac, Raffarin, Galouzeau de Villepin ou Sarkozy. Y recherche-t-on la clarté ou la confusion ? Y pratique-t-on un message idéologique clair ? Est-elle porteuse de "rupture" ou de conservatisme ? Y veut-on l' "Europe" ou la Nation d'abord ? Au gouvernement - qu'elle contrôle entièrement - donne-t-elle l'exemple de la responsabilité et de la conformité à son propre discours ? Et là où elle domine territorialement - par exemple dans les Hauts-de-Seine - y est-elle exemplaire en matière de démocratie locale, d'efficacité, de saine gestion de l'argent du contribuable ? Quel est, en un mot, son bilan ? Puisqu'on en est, en fait, revenu au régime des partis, mérite-t-elle de conserver le pouvoir dans ce pays ?
Je m'honore d'avoir de bonnes, voire d'excellentes relations personnelles avec beaucoup d'élus UMP ou devenus, volontairement ou non, proches de ce parti. Pour autant, ils savent qu'en matière idéologique, il y a aussi de vraies lignes de fracture et qu'elles peuvent nous distinguer, même si l'intérêt public peut et doit nous rapprocher. Qu'ils ne m'en veuillent pas de leur dire ici leur fait ou plutôt celui de leur parti d'origine ou d'adoption. Après tout, la campagne électorale est là pour permettre aux citoyens de s'y reconnaître et de décider qui conduira la politique nationale. Nous sommes dans un débat politique.
La tradition gaulliste a joué un grand rôle dans la création de l'UMP, bien sûr et elle lui conserve encore la fidélité de nombreux militants et électeurs, tout interloqués qu'ils soient d'une route qui, clairement, mène leur parti encore préféré de plus en plus loin de l'inspiration qui lui a donné son élan.
Il y a bien longtemps en effet que les thèmes chers aux vrais Gaullistes ont disparu du vocabulaire u.m.pien : grandeur nationale et construction d'une troisième voie internationale, capitalisme populaire, justice sociale, planification, indépendance énergétique, service public, sens de l'Etat. Foin de tout cela : le service public et la Poste en particulier sont à l'encan, la politique nucléaire se pratique mais ne s'affirme pas. La langue n'est plus un thème. La politique européenne - on y reviendra - est brumeuse et inaudible. La défense nationale, même si elle bénéficie semble-t-il d'un assez bon ministre (cela vaut la peine de le signaler dans l'actuel gouvernement), ne fait guère parler d'elle si ce n'est pour l' anecdote. La France ne sait plus fédérer au plan international, elle se distingue au contraire par une navigation pour laquelle la politique américaine reste l' élément de référence, ce qui constitue à mon humble avis une grossière erreur tactique et stratégique. L'Etat se ridiculise, malheureusement, sur nombre de sujets et surtout il est idéologiquement battu en brèche en permanence par une partie de ses propres hauts fonctionnaires reconvertis provisoirement dans la politique. Rassurés sur leur propre avenir, infidèles à leur propre credo d'origine, ils vendent aux jeunes et aux malheureux sinistrés de l'économie libérale un discours digne des Chicago Boys.
A l'inverse, de nouveaux thèmes font leur apparition et ils ont parfois, aux oreilles des militants les plus anciens, d'étranges résonances : ainsi en va-t-il du Travail, auquel la Famille se voit même associée. Heureusement, pourrait-on dire, la Patrie ne risque plus guère de compléter ce trio au nom duquel on condamna le Général par contumace. Elle est remplacée semble-t-il par le Marché. Belle Valeur à inscrire dans le marbre d'une constitution ! Ce ne sont plus l'impérialisme anglo-saxon, le capital apatride ou le régime des partis qui menacent la France. Ce sont l'immigration, les 35 heures, le service public même quelque part, car il empêcherait le secteur privé de s'exprimer, le travail d'être récompensé, l'énergie créatrice de l'entrepreneur de se libérer etc. Ce lent mouvement tectonique de substitution de valeurs à d'autres qui leur sont souvent opposées culmine maintenant avec la candidature Sarkozy. Le nouveau papillon est sorti de la chrysalide, prétendant tour à tour représenter la rupture et la continuité. Il n'a pas forcément tort de soutenir ce paradoxe car tout son comportement prouve qu'il est bien en rupture. En rupture avec le gaullisme, fait de rassemblement national et tentative de construction d'une politique typiquement française, mais en continuité avec la droite française la plus classique.
Un bon repère en est le thème de l'immigration, cher aux droites dérivantes européennes depuis des décennies. Qu'il faille gérer l'afflux de gens sur un territoire donné et surtout donner aux arrivants les moyens de s'intégrer le plus vite possible au sein d'une culture en lui apportant un plus, c'est évident. Sous-entendre que des problèmes très largement dus à la malgestion politique et technique du sujet tout en passant sous silence ses aspects positifs, sont congénitaux à une race ou à une culture donnée au travers même des générations et qu'ils constituent une menace essentielle pour le pays, c' est, au minimum, du populisme. Imagine-t-on le général De Gaulle, à une époque où la France recrutait pourtant à tour de bras en Afrique des miiliers de gens qui,après leur sang, lui ont apporté leur travail, s'abaisser à faire de la "lutte" contre "l'immigration" un thème majeur de campagne ? Que Ségolène ROYAL évoque en campagne présidentielle la carte scolaire peut paraître incongru. Mais que Nicolas SARKOZY de NAGY-BOCSA soi-même et en personne, propose de créer un Ministère de l'Immigration et de l'Identité française (!), c'est à la fois grandguignolesque et dégradant, en tous cas significatif. "Ici Londres, euh..non, Vichy !".
Le plus fort, c'est que la fraction dure et (économiquement) libérale qui impose de plus en plus ses tropismes au ci-devant parti gaulliste est pour une fois d'accord de créer des postes supplémentaires de fonctionnaires qui passeront sans doute la journée à s'interroger sur l'identité nationale. Sera-t-il permis d'avoir plus d'un quart de sang étranger ? Le foot, la boxe ou l'athlétisme seront-t-ils exclus des dispositions "nationales" ? Vaut-il mieux être fier d'être Français ou "Européen" ? Et si les Turcs entrent en "Europe", qu'est-ce qu'on fait ? Le christianisme est-il nécessaire à la bonne identité ? L'identité s'acquiert-t-elle avec les générations ? Est-il cohérent d'être contre les cultures régionales en France et en même temps prêt à se fondre dans une "nation" européenne (rappelons que les promoteurs de genre d'idées n'ont pas laissée dans l' Histoire d'excellentes réputations )...dotée d'une Charte qui les prescrit ? Ah !, ces étrangers..Le colonialisme n'at-il pas contribué à compromettre notre identité nationale ? Il va falloir recruter des cerveaux en même temps que des agents de guichet !
Plus sérieusement, rappelons que c'est une grave erreur pour quiconque de croire qu'on peut impunément flirter avec l''extrême-droite. Admettre pour des raisons soi-disant tactiques et électorales qu'on pourrait communier avec elle dans des comportements voire une politique de diabolisation d'une partie de la population et que par conséquent ces comportements sont quelque part compréhensibles, admissibles, tolérables et pour finir licites, est faire preuve d'aveuglement - l'Histoire l'a abondamment démontré - et d'irresponsabilité. Sur ce point, Jacques Chirac, quel que soit son bilan, a bien réagi et ceux qui ne réagissent pas seront, quelque part, complices de cette attitude et de ses conséquences.
Mais il n'y a pas qu'en idéologie que l'UMP incarne aujourd'hui un retour au classicisme, voire au conformisme international vis-à-vis des Etats-Unis. Il y a la pratique gouvernementale fortement influencée d'ailleurs par le comportement du ministre d'État - ministre de l'intérieur - candidat. La politique nationale devient de plus en irréfléchie, superficielle, fondée prioritairement sur la communication et l'esbroufe et non sur une action de fond construite et continue. Les lois, souvent parées de titres clinquants ou paradoxaux, les textes divers continuent de façon accélérée à pleuvoir, à s'entrechoquer et, il faut bien le dire, à générer plus de problèmes qu'ils n'en résolvent. Certains sont franchement dangereux, menaçant les valeurs fondamentales d'accueil, de démocratie et de service public de la France. Les récents textes sur la sécurité, la justice, le droit au logement opposable n'en sont que quelques illustrations. Leur inspiration générale, très pauvre et largement influencée à la fois par les préjugés traditionnels des hauts fonctionnaires de l'État vis-à-vis du pouvoir local et par la vision électoraliste d'un état-major en campagne, est toujours la même : sous couvert de donner plus de pouvoir à l'échelon local, on lui donne en fait moins de pouvoir et plus de visibilité, de façon à attirer sur lui les exigences et éventuellement la vindicte du public (voir l'analyse de la loi dans notre note "Le droit au logement opposable, une arme contre la misère sociale"). Un petit coup de presse - merci aux spin doctors -, et le tour est joué !
La récente loi sur le logement opposable est un exemple spectaculaire : sur la base d'une idée juste, on construit un texte sans rapport avec les réalités. Sans ajouter un seul logement ni modifier en quoi que ce soit le fonctionnement interne du système d'attribution ni a fortiori l'économie du logement social, il induit des milliers de braves gens à penser qu'en faisant du scandale voire en menaçant les responsables du "guichet local", ils obtiendront enfin grâce (!!!) au gouvernement le logement tant attendu qu'"on" (l'autorité locale, bien sûr !) leur refuse depuis des années. Résultat : des agressions de plus en plus nombreuses (y compris aux dépens d'élus UMP), des tensions accrues, et un arbitraire aggravé (ceux qui attendent depuis des années se voient passer devant par les plus démonstratifs ou les plus violents au travers du relais des dossiers d'urgence des préfectures). Amener le citoyen à penser que seule l'action de force vis-à-vis de l'autorité paie, c'est génial et civique, pour un gouvernement ! Après les promesses chiraquiennes, voici un nouveau moyen, plus délétère encore, de tromper le public. Félicitations, UMP ! Les rares idées intéressantes et positives proviennent en général de la fraction borlooiste du gouvernement..pas étonnant que ledit Borloo souhaite aujourd'hui monnayer son soutien.
Tous les élus sérieux - y compris ceux de l'UMP lorsqu'ils s'expriment en privé- savent bien que ce n'est pas comme cela qu'on fera avancer les choses. Or, pourquoi cela changerait-il en confiant au principal artisan de cette dérive et à ses barons les rênes d'un pouvoir accru ? La pratique gouvernementale de l'UMP n'est pas seulement incohérente par rapport aux besoins de la nation, elle l'est aussi par rapport à son propre discours. Ainsi en va-t-il, par exemple, de la réforme hospitalière ou de la conduite financière du pays. Le discours est fait de rigueur et de confiance vis-à-vis du marché comme régulateur automatique de la satisfaction des besoins sociaux. Ni mes amis ni moi-même n'acceptons tel quel ce discours. Il existe cependant et il est largement répandu dans les cercles "européens"et bien relayé dans le projet de traité constitutionnel que de bons esprits, défiant le suffrage populaire, prétendent à nouveau nous imposer. Il pourrait s'appuyer sur certains textes de valeur comme la loi LOLF.
Dans la pratique, que voit-on ? La tricherie organisée en matière budgétaire, un endettement qui reste grosso modo ce qu'il est, tout simplement par ce que, contrairement à ce que permettrait l'outil méthodologique de la LOLF, au lieu de raisonner valeur ajoutée sociale et démocratique en matière de service public, on laisse passivement la dépense non contrôlée se concentrer -sorte d'application interne des lois du marché à la dépense publique- sur les trois chefs de dépense les plus significatifs : l'éducation nationale et ses activités périphériques, les finances et l'économie, la défense et ses périphériques. A discours gaillard, pratique molle et irraisonnée.
Peu de gens, et certainement pas un radical de gauche ancré dans une laïcité ouverte, remettent aujourd'hui en cause le principe de l'école publique, gratuite et obligatoire. Au fil des lustres cependant, plus personne ne s'avère capable de cornaquer le mammouth qui s'"autogère" dans le cadre d'un "closed-shop" syndical dont le principe même est aberrant et les effets, à terme, dévastateurs, y compris pour les enseignants eux-mêmes. Surtout, ce qui est beaucoup plus grave, on ne comprend plus qu'il y a en matière d'éducation bien d'autres chats à fouetter que le fameux pachyderme et que c'est l'ensemble du système d'éducation qu'il faut patiemment reconstruire avec l'Etat sous toutes ses formes, en partenariat avec les familles, les media, les collectivités territoriales et le monde associatif et non se contenter d'exécuter une danse rituelle autour du fameux pachyderme (voir chapitre éducation).
Aux finances et à l'économie, rien ne change vraiment. On continue à employer des milliers de gens à des tâches devenues superfétatoires telles que les règlements financiers pour le compte des collectivités territoriales ou les concours Lépine en matière de commande publique, alors que des besoins criants en fonctionnaires de qualité ne sont pas couverts, favorisant ainsi la fracture sociale (vous vous souvenez, Chirac, la fracture sociale...). L'aide publique est très largement gaspillée voire détournée de ses objectifs théoriques alors que des efforts sérieux manquent dans des domaines clés. On n'apporte pas aux entreprises ce dont elles ont besoin, on leur jette à la tête de l'argent qu'elles ne demandent pas.
Quant à la Défense, même si les forces armées ont fait des efforts considérables pour améliorer leur performance rapportée aux moyens disponibles, le système - c'est-à-dire l'ensemble forces+industrie+capacités économiques et politiques liées à la Défense- galope à faux. Il n'y aucune réflexion vraiment globale sur les fins de notre système global de défense, son intégration à notre stratégie nationale globale (si elle existe), sa rationalité économique et politique car si une chose est politique, c'est bien la Défense Nationale. Dans ce domaine comme dans d'autres hélas, le court terme et la communication sont devenus les maîtres mots et la cavalerie intellectuelle règne (voir pour discussion chapitre Défense)
Aucune créativité, aucune cohérence, aucune stratégie nationale. Or qui est au pouvoir, solidement accroché au gouvernement à quelques semaines des élections avec rang de ministre d'Etat et un premier ministre subitement devenu invisible et inaudible ? Qui gouverne dans les commissions parlementaires et dans les deux assemblées ? L'UMP et ses courroies de transmission. Qui est écouté dans le cadre d'un vrai débat de majorité ? Certainement pas l'UDF, qui a laissé un otage à la tête du ministère le plus sensible peut-être et qui a pratiquement tout voté, à une motion de censure près. La responsabilité de tout ce qui se passe est clairement établie : UMP, UMP, UMP. Alors, rupture, ou pas rupture ? Si rupture il y a, ce serait pour le président de l'UMP et ses barons une rupture avec leur propre pratique de dizaines d'années. S'il n'y en a pas, c'est bien évidemment perpétuer une politique et aussi une pratique de gouvernance dont plus personne ne veut.
Redescendons quelques instants des hauteurs de la politique nationale et atterrissons dans les Hauts-de-Seine afin d'y constater comment, dans ce laboratoire hérité de Pasqua, le candidat UMP et son entourage démontrent - éventuellement - une qualité de gestion, une qualité de démocratie, une vision de l'avenir qui trancheraient avec la gestion du passé et inciteraient à l'optimisme en cas d'accession du Président actuel du Conseil Général aux responsabilités suprêmes.
Côté gestion, le "92" emploie quelque 5000 personnes, soit nettement plus que la Région Ile-de-France. Ses principales responsabilités concernent le social (dont la gestion du dispositif RMI), la voirie départementale et l'enseignement (niveau des collèges). Le président Pasqua avait cherché et a dans une certaine mesure réussi à donner au 92, issu de la fracture de la Seine-et-Oise, une identité et un dynamisme. Sa personnalité, le lancement de grand projets souvent avortés comme la trop fameuse "fac Pasqua" ou le réseau Muse, la richesse du département en gisements d'entreprises, en sont largement responsables. Tant bien que mal cependant le système fonctionnait, la bonhomie extérieure, la "générosité" du patron par rapport à ses amis politiques et son absence de sectarisme par rapport aux autres entretenant une entente politique minimum.
Avec l' arrivée de son successeur et de sa suite, les choses se sont fortement gâtées et l'on a eu l'impression d'un festival d'erreurs. Gardant les anciens hiérarques mais taillant à la serpe dans les services, imposant sous prétexte de bonne gestion un style à la fois tâtillon et menaçant, faisant preuve à l'occasion vis-à-vis des élus d'un esprit de clan désastreux ( du style : "si tu n'es pas sage, tu n'auras pas mes (!) sous" ) et mettant de facto sous tutelle l'administration préfectorale qui dépend d'elle sous une autre casquette, la nouvelle équipe dont le chef brille en général par son absence, a réussi à démotiver très largement le personnel.
Les grands projets comme le futur stade Yves Dumanoir ou la base "nautique" de l'Ile de Monsieur accusent des dépassements budgétaires impressionnants qui se chiffrent par dizaines de millions d'euros. Les finances du département, mal remises des projets Pasqua, commencent d'ailleurs à s'en ressentir très sérieusement. La gestion quotidienne, pour ne prendre que des sujets comme les sports ou l'administration du RMI, ne vaut guère mieux tant les considérations politiques, au mauvais sens du terme, ont pris le dessus, chez bien des hauts responsables politiques locaux affiliés ou affidés de l'UMP, sur des considérations de saine gestion.
Côté social, il serait injuste de dire que le département ne fait rien : les volumes budgétaires sont importants et une certaine créativité existe même si l'efficacité n'est pas toujours au rendez-vous. Mais quand on commence à parler des choses qui fâchent comme le logement social, alors cela ne va plus du tout. Certains maires ou anciens maires, à commencer par Nicolas SARKOZY lui-même, ont une attitude proprement scandaleuse. Comment qualifier autrement, en effet, le fait pour le numéro 1ou 2 d'un gouvernement qui fait croire sans scrupules au travers d'une loi démagogique à d'innombrables braves gens qu'ils peuvent exiger des logements sociaux et les obtenir, d'expliquer avec un cynisme de plomb que Neuilly ou Boulogne-Billancourt ayant déjà donné (en argent), les quêteurs de toit n'ont qu'à aller se faire pendre ailleurs que dans leurs belles communes ? Pire encore, d'essayer de les orienter sur les villes qui font, elles, leur devoir pour essayer de construire. Elle est loin, la solidarité nationale chère aux Gaullistes...
Quant aux pratiques démocratiques qui seraient paraît-il une préoccupation pour le ministre-candidat, il n'est que de voir ce qui se passe chez ses amis comme les Balkany à Levallois ex-Perret ou les Ceccaldi-Raynaud à Puteaux (dont la maire est sa suppléante à l'Assemblée). Dans ces communes, les majorités UMP n'hésitent pas à faire voter les remboursement (aux frais du contribuable local bien sûr) aux maires des frais de justice ( par exemple des procès de la fille contre son propre père !) ou des intérêts d'emprunt nécessités par le paiement des amendes infligées par la justice..Tout ceci sous le sourire indulgent du candidat et de ses amis. On ne peut qu'en inférer que s'il était élu, on assisterait à un beau festival : qui vole un oeuf, vole un boeuf ! Il est vrai que le candidat, en restant ministre "jusqu'au bout" (il est vrai qu'avec Chirac, on ne sait jamais..) leur donne un solide exemple d'éthique. Passons sur les recasages du célèbre Bled, ancien secrétaire général de la mairie de Paris à l'époque Chirac ou plus récemment du juge Courroye ainsi sur d'innombrables histoires qui font bruisser les Hauts-de-Seine.
Un dernier plan, celui-ci sur l'articulation politique du département. Au Conseil Général, grâce à une pression constante sur l'UDF réduite aujourd'hui aux acquêts, l'UMP a réussi à obtenir la majorité absolue des 45 conseillers généraux et truste donc tous les postes de vice-présidents sauf 3 : main-basse sur le 92 ! Elle a récupéré aussi bien les anciens lieutenants de Pasqua dont par exemple Jean-Jacques GUILLET, ancien secrétaire général du RPF, que la plupart des ténors altoséquanais de l'UDF. Et c'est là que l'on commence à voir la vraie nature de l'UMP, elle-même typique de l'évolution actuelle de la politique française : peu importe pour elle qu'on soit fédéraliste ou souverainiste, social ou non, dirigiste ou ultra-libéral. Ce qui compte, c'est la machine, le marketing, le show, la com, les places. La politique se transforme en marketing organisé d'un clan, ce qui est cohérent avec le fait que le citoyen se transforme de plus en plus en consommateur et qu'on l'y encourage.
L'UMP est un facteur essentiel dans cette évolution. Elle dispose dans notre département comme au plan national et depuis des années, d'un pouvoir sans réel partage et ne saurait donc à aucun degré prétendre incarner un quelconque changement ni se justifier par un quelconque héritage désastreux qu'elle aurait dû assumer. La logique de son fonctionnement et beaucoup de ses sincères militants ne le savent que trop, est devenue "purement" droitière et elle incarne un retour au régime des partis, sauf que les partis ne s'équilibrent plus. Si Nicolas SARKOZY était élu, les promesses sarkoziennes succèderont aux promesses chiraquiennes, les mauvaises habitudes s'aggraveront et les lois hasardeuses voire dangereuses pleuvront davantage encore qu'aujourd'hui. La mainmise sur les media sera sans scrupules et la France s'indexera sur la ligne Bush avec un nouvel Aznar à sa tête. Et les militants UMP diront sans doute "nous n'avions pas voulu ça !".
Les électeurs sont clairvoyants et ils sentent bien tout cela. Dès lors, il ne faut pas chercher ailleurs la montée en puissance de François BAYROU... dans les sondages. Dans un pays où le corps électoral est d'une stabilité remarquable, ce n'est pas de voter à droite qui choque les citoyens conservateurs. C'est de voter pour une droite sans contrôle, irraisonnée, perdant progressivement ses repères démocratiques mais conduite par un appareil puissant. C'est aussi de devoir voter par discipline conservatrice ou rejet du "socialisme" pour un candidat dont la personnalité, quelque part, les inquiète. La première ligne de défense du citoyen, qui n'a pas d'intérêts personnels en jeu, est donc de faire mine de voter pour le concurrent de droite le plus crédible et le mieux placé. La seconde, ce sera, éventuellement, la cohabitation.
Pour moi, je dirai tout simplement : "Ils" ont eu leur chance : pouvoir sans partage, conjoncture économique favorable, héritage acceptable -car le problème de la dette, qui n'est pas encore vital ou celui des retraites, traversent les lustres gouvernementaux- et disponibilité des Français. Aux résultats, il y a l'échec global et la tricherie. Quel que soit le talent technique et communicant des conseillers du candidat réactionnaire (au sens étymologique du terme), à quoi cela sert-il de faire croire que les mêmes, encore mieux installés, tourneraient le dos à leur pratique d'aujourd'hui ?
A gauche, l'expérience de la gestion en économie de marché "européenne" a généralement été plutôt bonne. Avec un regard neuf, critique de quelques errements du passé dus à la rigidité intellectuelle de certains pachydermes, Ségolène ROYAL pourrait, je pense, en tant que chef d'État, insuffler un esprit de gouvernance économiquement réaliste certes et cohérent avec la vision européaniste de certains mais social et fraternel, d'abord. Justice, Solidarité, Humanité : des mots étrangers au vocabulaire sarkozien où l'on préfère parler de travail, d'immigration, d'excellence, de rupture.
L'homme sujet, l'homme objet : entre deux conceptions, mon choix est fait. J'espère que tous les Français feront bientôt le même.
30 avril 2007 dans reflexions - Politique | Permalink
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Voici les sites qui parlent de UMP : c'est assez !:






