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En avoir... ou pas ?

De candidat, bien sûr ! Cette question, le PRG se la pose une fois encore. Ballottés entre le désir d’exister et de s’identifier à quelqu’un, faute peut-être de pouvoir s’identifier à quelque chose et le complexe de mai 2001, bien des radicaux sincères s’interrogent encore. Moi pas et je voudrais, très simplement, vous expliquer pourquoi.

Le radicalisme étant une philosophie avant d’être une doctrine, il a la vie dure et s’adapte aussi beaucoup plus facilement que d’autres aux changements de la société. Remis en avant, débarrassé de ses complexes et de quelques mauvaises habitudes, il aurait probablement de bonnes clés pour une nouvelle politique en France.

Notre parti dispose, grâce à un travail de fond mené depuis des années par ses permanents et sa direction, d’une structure solide et bien répartie sur l’ensemble de la France, outremer compris. Il dispose donc de solides atouts. En termes économiques on pourrait le qualifier comme une PME opéable de qualité, et cela n’a, évidemment, pas échappé à certains. Cependant, avec ou sans candidat aux présidentielles, le PRG peine maintenant à se maintenir à l’étiage des 3% et pour beaucoup d’élus locaux qui doivent un jour passer la barre des 50 %, ceci constitue inévitablement un gros handicap plutôt qu’une aide.

Pour ma part, comme bien des élus « notables », je me suis débrouillé autrement grâce à la formule associative, à de fidèles militants déçus du socialisme de section et surtout aux électeurs qui ont quelque part perçu que nous étions sans doute moins mauvais que d’autres. Pour autant, je n’ai jamais renié mon appartenance. Et quand, sur telle ou telle affaire superficiellement traitée par la presse nationale, le journaliste de France 2 ou d’Europe en vient à me poser la question de l’étiquette et que je lui réponds, il s’étonne : « Ah ! bon, le PRG existe encore en Ile-de-France ? ». Oui, il existe, mais pas sur la base de sa performance nationale…

C’est que, j’en reste persuadé, l’indépendance d’esprit et de comportement, bien éloignée du réflexe de l’assiette au beurre qu’on nous reproche souvent, doit être caractéristique du vrai Radical. Je crois aussi que le discernement, le dévouement à un véritable esprit laïc et non à un laïcisme purement verbal, l’attachement à un modèle proprement français du Progrès humain nous sont essentiels. Par-dessus tout cela, je crois qu’un corpus doctrinal indépendant et constant, la solidarité entre vrais Radicaux, le sens de l’opportunité politique, sont les moyens de restaurer l’audience de notre parti.

Celui-ci ne doit, selon moi, pas se définir comme une force supplétive qui ne survit que grâce à sa capacité de nuisance occasionnelle mais, en régime de croisière, se positionne plutôt en variante « européenne ( !?) » du PS, absente de tous les autres combats et même, ainsi qu’en témoigne notre assourdissant silence lors du vote de l’« amendement Charrasse » au Sénat ou des débats sur la carte scolaire, de celui de la laïcité.

Or, pas plus que par le Canada Dry politique, aucun électorat n’a jamais été séduit par un discours de positionnement du type « Je suis le plus à droite de la Gauche ou le plus à gauche de la Droite ». L’UDF en sait, elle aussi, quelque chose. Comme d’autres partis, nous avons dès lors cédé à la dérive personnaliste de la Cinquième en estimant qu’il fallait présenter des candidats aux élections présidentielles pour survivre. J’ai moi-même adhéré à ce raisonnement, même si j’ai toujours pensé que si la condition était peut-être nécessaire, elle n’était en aucun cas suffisante.

Le seul problème, c’est que nous avons produit un kaléidoscope de candidats successifs dont le seul point commun est de n’être pas d’origine radicale et qui, pour beaucoup d’entre eux, instrumentalisent ouvertement le PRG afin d’asseoir leur carrière politique, qu’elle soit métropolitaine ou ultramarine.

Comment dès lors demander à l’électeur de faire, au travers d’une sorte de portrait chinois, la découverte de véritable identité radicale, découverte pourtant nécessaire au développement durable de notre formation ? Comment assumer le reproche injuste sans doute mais persistant de compromettre les chances du succès final de la Gauche s’il n’apparaît pas, à l’actif du bilan, de valeur ajoutée et si nous nous désintéressons du choix du candidat final au motif que ce serait « l’affaire du PS » alors que tout le monde sait que c’est bien l’affaire des Français ?

Autant dès lors assumer l’approche purement tactique qui est la nôtre depuis des décennies et qui consiste à échanger une bonne négociation, imparfaite certes mais qui pérennise notre présence régionale et nationale, contre le soutien à un candidat « socialiste » de premier tour dont, finalement, rien de sérieux ne nous sépare idéologiquement.

On peut, pour cela, faire confiance à notre direction actuelle. Cette position a au moins le mérite du réalisme et elle évite de prendre des risques disproportionnés par rapport à l’enjeu et qui pourraient bien, cette fois-ci, se concrétiser. Parmi les plus jeunes d’entre nous, il est bien compréhensible voire réjouissant qu’une certaine irritation se manifeste devant cette attitude. Lorsqu’on a jamais ou peu connu les responsabilités locales, l’idée d’une martingale politique est en effet séduisante : le ou la leader charismatique permettrait, par son seul discours et sa personnalité, de « remonter » la cote du PRG et de la stabiliser, créant une nouvelle base à l’action locale.

Cependant tout le monde n’est pas Tapie, à supposer qu’il faille se mettre à la remorque de tels personnages. Pour d’autres, généreux ou emportés, le comportement de desperado est en lui-même séduisant et suffisant. Mais outre qu’il risque de compromettre le travail patient de centaines voire de milliers d’élus, il n’est guère dans la tradition récente du radicalisme, même s’il serait sans doute souhaitable de refaire connaissance avec Gambetta ou d’autres grands agitateurs de notre histoire.

En résumé, je pense qu’il est bon, cette fois-ci, de n’avoir point de candidat : tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ! Une pause sera la bienvenue, qui nous permettrait peut-être de nous poser les bonnes questions ou de revenir aux bonnes options : nous concentrer sur le radicalisme et valoriser d’abord les radicaux, être combatif quand nos principes propres sont en cause, nous montrer force de proposition, éviter d’être velléitaires, écouter les Français nous parler de leurs priorités, recréer un rapport politique avec eux et non avec d’autres partis même si des plates-formes communes sont possibles avec tous.

C’est dans cet effort, associé et non opposé à la valorisation du travail de terrain, qu’il nous faut trouver l’espoir indispensable à l’adhésion et au renouveau du militantisme.

 

P.S.
Ce texte a initialement été publié sur le groupe de discussions du PRG.

19 octobre 2006 dans reflexions - Politique | Permalink

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