« Participez à notre luso-projet 2007 ! | Accueil | C'est fait ! »
En avoir... ou pas ?
De
candidat, bien sûr ! Cette question, le PRG se la pose une fois encore.
Ballottés entre le désir d’exister et de s’identifier à quelqu’un, faute
peut-être de pouvoir s’identifier à quelque chose et le complexe de mai 2001,
bien des radicaux sincères s’interrogent encore. Moi pas et je voudrais, très
simplement, vous expliquer pourquoi.
Le
radicalisme étant une philosophie avant d’être une doctrine, il a la vie dure
et s’adapte aussi beaucoup plus facilement que d’autres aux changements de la
société. Remis en avant, débarrassé de ses complexes et de quelques mauvaises
habitudes, il aurait probablement de bonnes clés pour une nouvelle politique en
France.
Notre
parti dispose, grâce à un travail de fond mené depuis des années par ses permanents
et sa direction, d’une structure solide et bien répartie sur l’ensemble de la
France, outremer compris. Il dispose donc de solides atouts. En termes
économiques on pourrait le qualifier comme une PME opéable de qualité, et cela
n’a, évidemment, pas échappé à certains. Cependant, avec ou sans candidat aux
présidentielles, le PRG peine maintenant à se maintenir à l’étiage des 3% et
pour beaucoup d’élus locaux qui doivent un jour passer la barre des 50 %, ceci
constitue inévitablement un gros handicap plutôt qu’une aide.
Pour
ma part, comme bien des élus « notables », je me suis débrouillé autrement
grâce à la formule associative, à de fidèles militants déçus du socialisme de
section et surtout aux électeurs qui ont quelque part perçu que nous étions sans
doute moins mauvais que d’autres. Pour autant, je n’ai jamais renié mon
appartenance. Et quand, sur telle ou telle affaire superficiellement traitée
par la presse nationale, le journaliste de France 2 ou d’Europe en vient à me
poser la question de l’étiquette et que je lui réponds, il s’étonne : « Ah !
bon, le PRG existe encore en Ile-de-France ? ». Oui, il existe, mais pas sur la
base de sa performance nationale…
C’est
que, j’en reste persuadé, l’indépendance d’esprit et de comportement, bien
éloignée du réflexe de l’assiette au beurre qu’on nous reproche souvent, doit
être caractéristique du vrai Radical. Je crois aussi que le discernement, le
dévouement à un véritable esprit laïc et non à un laïcisme purement verbal,
l’attachement à un modèle proprement français du Progrès humain nous sont
essentiels. Par-dessus tout cela, je crois qu’un corpus doctrinal indépendant
et constant, la solidarité entre vrais Radicaux, le sens de l’opportunité
politique, sont les moyens de restaurer l’audience de notre parti.
Celui-ci
ne doit, selon moi, pas se définir comme une force supplétive qui ne survit que
grâce à sa capacité de nuisance occasionnelle mais, en régime de croisière, se
positionne plutôt en variante « européenne ( !?) » du PS, absente de tous les
autres combats et même, ainsi qu’en témoigne notre assourdissant silence lors
du vote de l’« amendement Charrasse » au Sénat ou des débats sur la carte
scolaire, de celui de la laïcité.
Or,
pas plus que par le Canada Dry politique, aucun électorat n’a jamais été séduit
par un discours de positionnement du type « Je suis le plus à droite de la
Gauche ou le plus à gauche de la Droite ». L’UDF en sait, elle aussi, quelque
chose. Comme d’autres partis, nous avons dès lors cédé à la dérive
personnaliste de la Cinquième en estimant qu’il fallait présenter des candidats
aux élections présidentielles pour survivre. J’ai moi-même adhéré à ce
raisonnement, même si j’ai toujours pensé que si la condition était peut-être
nécessaire, elle n’était en aucun cas suffisante.
Le
seul problème, c’est que nous avons produit un kaléidoscope de candidats
successifs dont le seul point commun est de n’être pas d’origine radicale et
qui, pour beaucoup d’entre eux, instrumentalisent ouvertement le PRG afin
d’asseoir leur carrière politique, qu’elle soit métropolitaine ou ultramarine.
Comment
dès lors demander à l’électeur de faire, au travers d’une sorte de portrait
chinois, la découverte de véritable identité radicale, découverte pourtant
nécessaire au développement durable de notre formation ? Comment assumer le
reproche injuste sans doute mais persistant de compromettre les chances du
succès final de la Gauche s’il n’apparaît pas, à l’actif du bilan, de valeur
ajoutée et si nous nous désintéressons du choix du candidat final au motif que ce
serait « l’affaire du PS » alors que tout le monde sait que c’est bien
l’affaire des Français ?
Autant
dès lors assumer l’approche purement tactique qui est la nôtre depuis des
décennies et qui consiste à échanger une bonne négociation, imparfaite certes
mais qui pérennise notre présence régionale et nationale, contre le soutien à
un candidat « socialiste » de premier tour dont, finalement, rien de sérieux ne
nous sépare idéologiquement.
On
peut, pour cela, faire confiance à notre direction actuelle. Cette position a
au moins le mérite du réalisme et elle évite de prendre des risques
disproportionnés par rapport à l’enjeu et qui pourraient bien, cette fois-ci,
se concrétiser. Parmi les plus jeunes d’entre nous, il est bien compréhensible
voire réjouissant qu’une certaine irritation se manifeste devant cette
attitude. Lorsqu’on a jamais ou peu connu les responsabilités locales, l’idée
d’une martingale politique est en effet séduisante : le ou la leader
charismatique permettrait, par son seul discours et sa personnalité, de «
remonter » la cote du PRG et de la stabiliser, créant une nouvelle base à
l’action locale.
Cependant
tout le monde n’est pas Tapie, à supposer qu’il faille se mettre à la remorque
de tels personnages. Pour d’autres, généreux ou emportés, le comportement de
desperado est en lui-même séduisant et suffisant. Mais outre qu’il risque de
compromettre le travail patient de centaines voire de milliers d’élus, il n’est
guère dans la tradition récente du radicalisme, même s’il serait sans doute souhaitable
de refaire connaissance avec Gambetta ou d’autres grands agitateurs de notre
histoire.
En
résumé, je pense qu’il est bon, cette fois-ci, de n’avoir point de candidat :
tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ! Une pause sera la bienvenue,
qui nous permettrait peut-être de nous poser les bonnes questions ou de revenir
aux bonnes options : nous concentrer sur le radicalisme et valoriser d’abord
les radicaux, être combatif quand nos principes propres sont en cause, nous
montrer force de proposition, éviter d’être velléitaires, écouter les Français
nous parler de leurs priorités, recréer un rapport politique avec eux et non
avec d’autres partis même si des plates-formes communes sont possibles avec
tous.
C’est
dans cet effort, associé et non opposé à la valorisation du travail de terrain,
qu’il nous faut trouver l’espoir indispensable à l’adhésion et au renouveau du
militantisme.
P.S.
Ce
texte a initialement été publié sur le groupe de discussions du PRG.
19 octobre 2006 dans reflexions - Politique | Permalink






