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Le droit au logement opposable, une arme contre la misère sociale ?
L’idée d’un droit au logement opposable est, en soi, relativement simple et cohérente. Soutenue par des parlementaires et experts de tous bords, elle consiste en substance à affirmer qu’un principe déjà reconnu nationalement et internationalement – le droit au logement- n’a vraiment de sens que s’il en existe un garant d’application. Certains pays ou régions politiquement actives comme l’Ecosse ont décidé de tenter l’expérience (à partir de 2012 pour cette dernière) en élargissant progressivement le champ d’application de la mesure, autrement dit le périmètre des publics concernés.
Le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées, présidé par Xavier Emmanuelli, souhaite à ce propos élaborer une charte qui permettrait à des communes volontaires d’avancer dans ce domaine. C’est dans ce cadre que l’A.M.I.F. (Association des Maires d'Ile-de- France) a été consultée et que j'ai commis ce petit exposé.
Bien évidemment et contrairement à un préjugé tenace répandu dans certains milieux, l’immense majorité des authentiques élus de terrain mène quotidiennement une lutte active pour tenter de faire face au problème du défaut de logement. Ils adhèrent donc naturellement et, de plus, pratiquement, au principe de l’application effective d’un principe humain et totalement légitime : tout être humain a droit à un toit et il doit pouvoir s’adresser à qui de droit pour l’obtenir dans des délais raisonnables. On passe de l’obligation de moyen à l’obligation de résultat.
On pourrait donc reformuler ainsi ce principe :
Il s’agit de loger d’abord ceux qui en ont le plus besoin, sans considération de leurs revenus et qui adhèrent au contrat social : « je bénéficie de la solidarité sociale mais je contribue aussi au bien-être et à la paix de la société à la mesure de mes moyens, en attendant de pouvoir, au terme d’un parcours aidé, me loger normalement dans le marché ».
Rappel de la situation de fait en France
Le fonctionnement de l’attribution du logement social est en France une affaire extrêmement complexe qui met en jeu différents partenaires.
Ceux-ci partagent en théorie le principe susdit mais, en pratique, sont guidés par des considérations et des contraintes (financières, sécuritaires, administratives, foncières voire politiques) qui viennent souvent prendre le pas sur un objectif essentiel, tous au moins tel que le conçoivent la plupart des maires et élus locaux de tous bords.
Ces partenaires sont au plan politique bien sûr l’Etat au travers de différents ministères et organismes mais aussi les régions, les départements, les EPCI, les communes. Au plan opérationnel : les ESH, les Offices d’HLM, les sociétés coopératives, certaines SEM. Le secteur privé peut lui aussi être concerné au travers des lois Besson par exemple, ainsi que les Asssociations (très actives en faveur des publics défavorisés) et les PACT/ARIM. Mais il y a aussi au plan financier les CIL, les investisseurs institutionnels etc. Enfin, au plan de l’urbanisme, on assiste à la relance de l’idée d’agences foncières (5 en région parisienne), censées pallier un obstacle fondamental : la rareté et la cherté du foncier.
En entremêlant responsabilités et obligations, la décentralisation, irréversible maintenant, n’a d’ailleurs guère arrangé les choses et l’on voit dans certains cas départements et EPCI se disputer la gestion des aides à la pierre, qui ne sont rien d’autre au fond que la redistribution d’une aide nationale.
Ainsi, l’Union des HLM semble toujours considérer que la « classe moyenne » reste le titulaire essentiel de l’attribution des logements qu’elle construit ou gère au travers de ses membres et qu’il est légitime qu’un locataire, quelle que soit l’évolution de ses revenus, ne quitte plus un logement qui lui a été un jour attribué. Or, cette « classe moyenne » définie par le niveau des plafonds de ressources justifiant l’octroi d’un logement social, est devenue très majoritaire en Région Ile-de-France à l’heure actuelle et il est mathématiquement impossible, au rythme actuel des constructions et en maintenant le principe du maintien indéfini dans les lieux, de seulement s’approcher des besoins ainsi définis.
Dans ces conditions on s’éloigne de plus en plus dans les faits (fonctionnement des commissions d’attribution au détriments des publics jugés non solvables, maintien dans les lieux de publics jouissant de privilèges divers parfois héréditaires !) du principe susdit.
On assiste même au fonctionnement d’une forme de coalition objective du rejet des publics en difficulté, extrêmement efficace dans un pays où le logement social est principalement défini par son financement et où celui-ci est réservé aux organismes HLM.
Cette coalition, source des inquiétudes légitimes du haut Comité, unit quelques élus qui ont réussi à faire, jusqu’à la mise en place de la loi SRU, prévaloir le principe « pas chez moi », certains bailleurs au nom du combat pour la solvabilité de leurs clients-locataires, l’Etat aussi qui, au travers de Bercy et schématiquement bien sûr, cherche à faire des économies en manipulant les robinets des services distributeurs. Ainsi les DDE, gestionnaires de l’aide de l’Etat, s’attachent-elles en effet de plus en plus souvent à des considérations inspirées d’un rapport de force qui les oppose aux bailleurs, telles que le pourcentage de fonds propres investi par ces derniers dans le opérations.
Un certain nombre de « politiques » nationaux qui font du thème du logement social un outil de communication sans entrer véritablement dans le dossier, n’arrangent pas les choses. Ils restent guidés par une approche à la fois craintive et quelque peu clientéliste, peu susceptible d’amener des solutions à un problème gravissime.
Ces comportement aboutissent en effet à superposer d’innombrables textes nouveaux et contraintes qui paralysent l’action en restreignant les ressources, en faisant s’entrechoquer les priorités d’accès à une ressource de plus en plus rare et en générant des conflits d’attribution (Régions, Départements, EPCI).
Or le problème des maires, dans la mesure où ils pourraient faire valoir « leurs » priorités sociales non seulement à l’attribution mais dans la gestion du parc, n’est pas qu’on leur dise quels seraient les publics les plus prioritaires parmi tous ceux qui le sont mais qu’on aille dans le sens d’une amélioration de l’offre, laquelle provient nécessairement des constructions et surtout des congés.
S’il n’y a plus de congés en nombre significatif et que la construction est réservée aux publics solvables, que fait-on ?
Dans ces conditions l’institution prise globalement ne se sent, on le voit, pas spécialement concernée par les publics en urgence et lorsqu’on en vient à parler d’opposabilité il convient d’abord de savoir de qui l’on parle, tant en termes de publics bénéficiaires qu’en tant qu’institution(s) responsable(s).
Les publics bénéficiaires
Il y a bien sûr toutes les personnes handicapées par la situation économique : perte momentanée ou prolongée de l’emploi, emploi intermittent.
Il y a les urgences « politiques » telles que par exemple les personnes en situation administrative irrégulière et leurs familles.
Il y a les publics aux besoins spécifiques (gens du voyage par exemple)
Il y a les urgences familiales ou sociales diverses, que l’évolution sociale en zone dense génère en nombre constamment accru (victimes de divorces impromptus ou non, de violences familiales, incapables juridiques etc.)
Il y a de nombreux couples jeunes, incapables même s’ils sont titulaires de revenus, de payer le coût global de l’entrée en société.
Il y a et il y aura de plus en plus les personnes âgées, prises entre la pénurie de logement social et l’impossibilité de faire face aux coûts résidentiels voire de trouver une place. Ici aussi, l’application irraisonnée du principe de précaution et du principe « le locatif ou la mort » qui régit le logement social en France risquent de provoquer au plus mauvais moment une baisse de l’offre accessible aux faibles revenus et de mettre en situation d’urgence de nouveaux publics !
Il y enfin les « vraies fausses urgences » générées par des publics peu nombreux mais difficiles, qui n’acceptent pas vraiment le contrat social voire l’exploitent au titre par exemple du droit au maintien dans les lieux et génèrent des difficultés dans leur environnement . Dans ce cas l’urgence n’est pas légitime, mais elle peut être factuelle.
Les institutions responsables
Dans le contexte de plus en plus complexe du logement social opérationnel, il apparaît délicat de responsabiliser un opérateur plutôt qu’un autre.
Les communes ? Ce serait particulièrement injuste, dans la mesure où certaines ont beaucoup fait et se voient en pratique demander toujours davantage, d’autres au contraire ont organisé leur insolvabilité au niveau de la contribution au logement social voire s’en glorifient impunément et sans complexes ! Comment demander aux premières d’assumer en plus une responsabilité juridique lourde et potentiellement coûteuse qui ne pourra que les désigner à l’afflux de candidats ou au contraire à la vindicte associative ou publique ? Quant aux autres, il y a peu de chances qu’elles se déclarent volontaires.
Les Régions, départements ou EPCI ? Ils ont l’avantage de la taille, de la « surface » financière. Ils disposent généralement de services professionnels capables de gérer des situations complexes. Mais, suite à des contradictions politiques, ils ne détiennent les uns et les autres qu’un morceau de la clé et refuseront certainement, dans ces conditions, d’être le titulaire unique de la responsabilité. Mais le principe d’une responsabilité in solidum de ces entités publiques à l’intérieur d’un espace donné pourrait, s’il tient juridiquement la route, être étudié et il aurait l’avantage de stimuler leur coopération et non l’opposition parfois puérile entre des intérêts « politiques » à laquelle elles se livrent parfois.
Les bailleurs sociaux ? Pourquoi, pour certains types de publics, ne pas développer une opposabilité nationale « type FNAIM » ? Il nous paraît totalement anormal en effet qu’au nom de conception théoriquement sociales (la fameuse « classe moyenne » ou la très contestable « mixité sociale » réduite aux acquêts HLM) on accepte que les titulaires monopolistiques de l’aide financière publique s’octroient le droit d’exclure des publics faiblement solvables mais honnêtes et en vrai besoin, au bénéfice de titulaires qui n’ont aucune raison de bénéficier indéfiniment d’une rente sociale. La pénurie générale plonge des dizaines de milliers de familles dans une misère ouverte ou rampante, c’est inacceptable et il pourrait par conséquent leur être fait une place.
Un protocole global avec le Mouvement HLM pourrait inclure le retour dans le temps au droit commun en matière de baux qui ne protègeraient plus que les locataires répondant au double critère d’un plafond de ressources actualisé et de la possession paisible des lieux, une garantie effective des loyers par l’Etat ou les collectivités locales en dessous de certains plafonds de ressources.
En échange, il y aurait précisément l’acceptation d’une opposabilité catégorielle valable sur l’ensemble du parc social et contre-garantie par un vecteur financier issu de l’Union des HLM (qui na pas de substance financière opérationnelle) laquelle pourrait ainsi disperser le risque et le répartir.
La voie serait alors ouverte à des expériences d’opposabilité sous la forme de garanties conjointes entre collectivités territoriales (EPCI/départements, Région et organismes HLM) vis-à-vis de publics précis.
L’Etat ? Oui, bien sûr. Mais à condition que cela ne se traduise pas par un retour à une bureaucratisation aveugle du système au travers de « contingents » préfecture, de l’arbitraire entre les communes jugées amies ou non du pouvoir du moment et surtout de critères d’urgence qui ne s’apprécient que localement et qui se contredisent souvent entre eux, finissant par exclure les titulaires légitimes et de longue date d’un droit au logement de toute chance d’en obtenir un…
Nous recommanderions plutôt que l’Etat assume dans ce domaine un rôle subsidiaire mais effectif de deuxième rideau : en fonction du demandeur, l’opposabilité se développerait d’abord vis-à-vis du bailleur in solidum avec la ou les collectivités de rattachement de la demande. Celles-ci pourraient à leur tour faire valoir auprès de l’Etat une priorité de soutien dans un laps de temps donné. Encore faudrait-il que ledit Etat, qui aujourd’hui ne paie pas aux HLM les sommes qu’il leur doit au titre de la garantie locative, change de comportement ; l’opposabilité devrait donc s’appliquer à lui à ce titre.
Tout cela reste à étudier, à approfondir mais une porte s’est ouverte, par laquelle il convient d’entrer dans une pièce nouvelle et d’y travailler. Faisons confiance à la créativité des juristes –car nous en avons d’excellents - pour inventer les vecteurs nécessaires et favoriser dans ce cas une justice simple et rapide. La mise en place sera longue mais les principes sont justes et fermes donc pourquoi reculer ?
Théorie juridique et pratique : vers une institution spécifique ou le retour aux principes
En conclusion, nous voudrions faire valoir que, quels que soient les mérites du Droit, il ne saurait se substituer à la réalité d’une société de fonctionnement libéral, « européen » ou libre suivant qu’on voudra l’appeler.
Après avoir admis le principe d’une opposabilité juste garantissant le droit au logement (et non le droit au maintien indéfini d’avantages sociaux non justifiés), il convient de dire aussi que la meilleure opposabilité c’est celle qui n’a pas ou plus besoin d’être actionnée.
Dès lors, deux voies s’offrent par rapport à un système HLM monopolistique.
- La première serait d’obtenir que ce « système » réintègre ses exclus au travers par exemple des voies ci-dessus esquissées. Il devrait pour cela développer de nouvelles formules de construction d’urgence en coopération avec les collectivités, actualiser progressivement sa clientèle locative, travailler sur la construction en accession, utiliser de nouvelles techniques d’assurance, bref se fixer pour objectif de recaler « vers le bas » (en termes de revenus) son ciblage clientèle en zone tendue (en clair, l'Ile-de-France et les zones de fort développement économique ou frontalières). Soulignons à ce propos à quel point l’innovation, qu’elle soit de nature technique, urbanistique, juridique ou financière, devrait à nouveau être valorisée comme elle l’est grâce à certains élus. La routine, qu’inspire un système de plus en plus administratif ne permettra jamais de résoudre des besoins sociaux de plus en plus criants.
- Ou bien, il refuse de le faire et se conforte dans la situation actuelle et il doit alors accepter de perdre son monopole et prendre pour partenaires principaux les locataires eux-mêmes qui deviendraient en quelque sorte coopérateurs, et les entreprises au travers du 1%.
Sans recréer pour autant une nouvelle SONACOTRA (modèle d’origine), l’Etat et les collectivités devront alors se désengager au moins partiellement d’une construction sociale devenue de moins en moins sociale et envisager ensemble de satisfaire tous les besoins sociaux de logement, pour tous ceux qui vivent dans notre pays sans autre considération que celle du contrat social.
C’est peut-être la problématique que la question du logement social opposable
a le mérite de nous rappeler. Ces quelques lignes ne constituent, faute de temps, qu’une première et schématique réaction face à une idée intéressante et globalement positive mais qui impérativement doit être adaptée au contexte français, original dans le contexte européen et beaucoup plus structuré dans l’ensemble que ceux de nos voisins européens. C’est donc avec détermination mais précaution et hauteur de vues qu’il convient de procéder si l’on veut que le remède ne soit pas pire que le mal qu’il prétend guérir : l’exclusion.
23 septembre 2006 dansreflexions - Politique | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack
ALERTE A SEVRES ou quand l'EN doit bouger
Une menace pèse sur les collèges et lycées à sections internationales, en particulier ceux de Sèvres et Chaville. Un projet de décret a en effet été élaboré par les services de l'Education Nationale, qui contraindrait dès la rentrée 2007 les associations gestionnaires du corps enseignant -presque entièrement d'origine étrangère- propre aux sections internationales à rétrocéder leur gestion à l'Education Nationale. Cette mesure inopinée pose de graves problèmes qui pourraient obérer voire interrompre le fonctionnement de ces sections.
Il nous paraît indispensable qu'elle soit très largement amendée et fasse l'objet d'une concertation sérieuse avec des gens réellement concernés par le sujet et que l'Education Nationale, avant de compromettre un système fonctionnant à la satisfaction quasi-générale, se donne les moyens et le temps d'apporter une véritable solution à une demande que, pour l'instant, seules les sections gérées par les associations ont réussi à satisfaire.
Un petit rappel sur le fonctionnement des collèges et lycées publics à sections internationales paraît tout d'abord nécessaire pour bien comprendre les dangers qui menacent les sections internationales de Sèvres, Chaville, Saint-Germain, Buc ou d' ailleurs.
Depuis de nombreuses années, ces établissements permettent aux élèves qui y étudient de suivre , dans le cadre des programmes officiels, une scolarité dispensée partiellement en français, partiellement en langues étrangères. C 'est ainsi que l'histoire, la géographie, la littérature peuvent, suivant les cas, y être enseignées en anglais, allemand, italien, espagnol, etc. L' enseignement débouche sur l'obtention d'un bac international, reconnu aussi bien par les établissements français d'enseignement supérieur que par les facultés étrangères où le jeune est susceptible d'étudier ultérieurement. De plus en plus, cette formule évolue vers un bi-bac c' est-à-dire qu'un double examen permet au jeune d'arriver au même résultat en passant deux examens nationaux.
A noter que dans la majorité des lycées à sections internationales, il est pris soin d'assurer la mixité des cursus suivis par élèves : dans les classes coexistent des élèves qui suivent un enseignement classique (STT par exemple) et d'autres qui participent au programme international. C 'est pourquoi l'on parle de sections, et non de classes. Le reproche de sélection sociale est donc infondé. A noter également qu'un examen de langues est nécessaire pour intégrer une section internationale, compte tenu du déphasage entre le "rendement" de l'enseignement de langues de type traditionnel et le niveau nécessaire pour recevoir un enseignement en langues. Ceci n'est pas choquant, dans la mesure où l'obtention par tous les lycéens d'un bac accepté par une faculté étrangère n'est pas un objectif réaliste dans le contexte actuel.
Pourquoi enseigner en langues étrangères une partie du cursus ? Tout simplement parce qu'une population importante de cadres internationaux d'origine française ou étrangère est par nature contrainte à la mobilité. Celle-ci implique non seulement le bi- ou multilinguisme de leurs enfants mais leur capacité à s'adapter sans perdre des années dans des établissements scolaires étrangers que les déplacements de leurs familles les amèneront à fréquenter. Il n' y a par ailleurs aucune raison pour que des couples étrangers ou mixtes établis en France soient contraints de renoncer à offrir à leurs enfants l'avantage d'une double culture. A quoi bon, si l'on n'accepte pas ce principe, se gargariser d'"Europe" ou de mondialisation ?
La formule des sections internationales n'a évidemment pas grand'chose à voir avec l'enseignement traditionnel des langues tel qu'il est depuis toujours pratiqué par le ministère de l'Education Nationale.
Au terme de centaines d'heures passées sur les bancs d'école, la majorité de nos jeunes n'ont en effet qu'une connaissance des langues médiocre qui les rend très souvent incapables de s'exprimer naturellement dans la langue qu'ils sont censés avoir étudié, davantage encore d' intégrer une faculté étrangère. Dans ces conditions, s'ils veulent ensuite étudier à l'étranger comme l'internationalisation générale les y invite, il ne leur reste plus qu'à perdre un an ou deux de plus à fortifier leurs connaissances. C'est ainsi que de nombreuses places des programmes européens disponibles pour de jeunes Français, restent vides, faute de candidats répondant aux critères.
Au contraire, la formule des sections internationales est extrêmement efficace, trés valorisante pour l'avenir des jeunes qu'elle accueille et elle a donc, inévitablement, déclenché une forte demande, y compris chez les parents d'enfants non préparés à ce cursus. Elle génère aussi, hélas, la cabale traditionnelle de gens impatients d'appliquer leur principe favori : "mieux vaut rien pour tout le monde que quelque chose pour quelques-uns", au lieu d'aider à rechercher les moyens, précisément, d'apporter à tout le monde le service dont certains bénéficient déjà grâce à leur propre initiative.
Qu'en est-il des "sections européennes" et peuvent-elles se substituer aux sections internationales ? Il s'agit ici, tout simplement, de classes où l'apprentissage classique des langues est renforcé, principalement au travers des horaires et peut-être aussi d'une attention particulière apporté au choix des enseignants. C'est évidemment mieux que le système classique. Pour autant , elles ne sauraient se substituer aux sections internationales, qui présupposent une maîtrise linguistique reconnue par le milieu international.
Venons-on au principal procès qui est fait aux sections internationales : celui d'être payantes pour les parents qui y inscrivent leurs enfants et de contrevenir ainsi au principe de la gratuité de l'enseignement public. Ce qu'il faut simplement comprendre, c'est que c'est la carence du ministère qui a conduit à cette situation car les parents, quelle que soit leur origine et leur niveau de vie, préféreraient bien évidemment un enseignement gratuit. Or, pour obtenir un enseignement de qualité et gratuit en langues (et non, rappelons-le, de langues) trois solutions s'offrent et l'on n'en voit guère d'autres :
1) Des professeurs français existeraient en nombre suffisant pour enseigner, par exemple, l'histoire ou la géographie en anglais, allemand, etc. Il est clair que les services du ministère ne disposent absolument pas aujourd' hui de tels personnels sous statut, dans un contexte où ledit ministère a presque réussi à faire de l'allemand ou de l'italien des langues rares (!) et qu'il est à craindre que cette situation ne perdure, faute de formation et d'incitations adéquates à une telle mission, sans parler de l'esprit des programmes et de la répartition des horaires.
2) Les états étrangers mettraient à disposition gratuitement des enseignants agréés par l' Education Nationale dans le cadre d'accords internationaux. Cette solution est envisageable dans le cas de pays souhaitant promouvoir leur langue propre et en ayant les moyens. C'est ainsi qu'un projet est actuellement en cours à Chaville et à Sèvres pour le portugais. Mais il est évidemment illusoire de s'imaginer que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni s'amuseraient à financer en France des dizaines de postes au profit de nationaux de tous pays pour l'unique raison qu'ils sont anglophones. Même la République Fédérale d'Allemagne a souhaité se retirer du financement direct du Lycée de Buc, qui était au départ un authentique lycée binational financé par les deux états.
3) L'Education Nationale recruterait directement et rémunèrerait à des conditions correspondant au marché, des enseignants anglophones ou germanophones originaires de pays où ces langues sont communément utilisées, l'enseignement présente des critères proches de la France et où le niveau de rémunération est compatible avec les possibilités du ministère. Pourquoi pas ? Mais il va falloir que les services du ministère se mettent sérieusement au travail pour atteindre un tel résultat !
C'est bien devant l'impuissance dudit ministère à mettre en oeuvre l'une quelconque de ces solutions à un vrai besoin, que se sont créées des associations. Celles-ci recrutent et gèrent un corps enseignant formé, en général, de professeurs étrangers résidents en France. Il y a un inconvénient et il est de taille : elles ne trouvent pas d' autre financement que celui des familles, ce qui rend le système vulnérable au plan juridique, quels que soient les véritables motivations d'une éventuelle action en justice. Même si la grande majorité des familles ne se plaint pas et que des solutions sociales existent, il ne manquera jamais de gens préférant l'application rigide des principes (sauf par rapport au secteur privé auquel ils confient parfois leurs enfants..) à un système imparfait mais très utile et qui fait ses preuves, ainsi que la demande en témoigne.
Le cas actuel et comment faut-il réagir ?
L' entreprise du ministère consiste en substance à inclure dans un texte de décret globalement anodin même s'il est largement irréaliste au vu de la situation actuelle, un paragraphe interdisant aux Associations qui, en règle générale, gèrent les enseignants professant en langues étrangères de ces lycées, de continuer à le faire. C'est le cas de l'association S.I.S., qui gère les enseignants des sections internationales des lycée et collège de Sèvres et du collège de Chaville.
Or, la plupart des enseignants Européens ou Américains des sections internationales (US et Canada) ne sont absolument pas prêts, pour de nombreuses raisons (niveau des salaires, contraintes administratives, compatibilité avec leurs cadres d'origine, style d'enseignement etc.) à se placer dès la rentrée 2007 sous le joug du système national. Dès lors Ils risquent de vouloir faire autre chose ou de partir, provoquant l'effondrement des sections.
Il n'est pas certain que ce soit là le véritable but recherché par les promoteurs du projet de décret, même si des cabales contre les lycées à sections internationales, nourries par des points de vues biaisés ou le manque d'information, se forment régulièrement. La conséquence de l'éventuelle prise d'un tel décret en l'état serait par contre quasi certaine et nuirait considérablement à une institution des plus utiles et bonne pour l' Education Nationale qui, placée dans une situation effective de concurrence, doit faire valoir sa qualité et non pratiquer un regrettable mélange d'inertie et de précipitation.
Il convient donc de donner au système le temps d'évoluer, logiquement vers une combinaison des solutions 2) et 3) et d'éviter toute mesure intempestive dans le traitement d'une situation depuis longtemps prévisible. Respectons le travail des proviseurs, des personnels enseignants ou non et l'effort des familles des établissements à sections, sans oublier le dévouement des opérateurs associatifs. Agissons auprès du Ministre pour qu'il ne signe pas le texte dans sa forme actuelle mais demande à ses services d'oeuvrer rapidement aux solutions concrètes telles qu'évoquées ci-dessus ainsi qu'à une solution transitoire permettant aux enseignants actuels de continuer leur travail et aux jeunes d'étudier en toute quiétude.
20 septembre 2006 dansreflexions - Education et enseignement | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack
L' Enfer, c'est les autres..
Regensburg : 1OO kilomètres de Munich ou de Dachau et 90 de Nuremberg. Souvenirs d'étudiant, dirndl et culottes de peau, l'ambiance y est et le Saint-Père, se lance dans l'exégèse d'un texte ancien : la violence et l'Islam font bon ménage, paraît-il. La pique ne rate pas son effet et l'Islam bruisse immédiatement en retour. Tant pis pour les Chrétiens d'Orient et pour les autres, qui risquent bien de faire les frais de ces "leçons" théologiques distillées par le Siège de Saint-Pierre.
On se prend à rêver : quel dommage que le nouveau pontife n'ait pas siégé à la place de Pie XII ! On aurait pu éviter des millions de morts, de tortures et de blessures dans le doux et pacifique Occident et à l'ombre des sites alpestres, Mgr Ratzinger aurait su sur les bords de l'Inn exorciser la peste brune et convaincre des millions de bons chrétiens d'Allemagne de se désolidariser de la violence nazie. L'Histoire ne l'a pas voulu, hélas ! Des myriades de corps ont fini en fumée, dans les terres catholiques ou protestantes ou encore les neiges de l'Orthodoxie. Les Musulmans n'avaient, me semble-t-il, pas grand'chose à voir dans tout cela, à part ceux que les empires français ou britanniques étaient allés chercher comme chair à canon...tant pis pour eux, ils étaient de toutes façons violents (??) : ils ont dû aimer ça.
Mais réjouissons-nous, mes frères, il reste du travail à notre nouveau pontife. Il en reste en Colombie, l'un des pays les plus violents qui soient ; il en reste aux Philippines, en Afrique où, au Rwanda, la religion (laquelle ?) s'est retrouvée des deux côtés mais aussi du côté des bourreaux, bénéficiaires comme d'habitude d'un grand Silence censé profiter aux victimes..Elle sévit aussi par ci, par là en Europe où l'Irlande, le Pays Basque, la Croatie n'ont, hier et aujourd'hui, pas toujours passé pour des lieux d'exercice de la charité chrétienne. Quant aux Etats - Unis...
Il en reste aussi sur le plan philosophique et en particulier sur la définition de la violence (intéressant sujet philosophique), qui est devenue étroite et à géométrie variable. Beaucoup d'entre nous et même le Pape semble-t-il ont fini par croire que n'est violent que ce qui est terroriste, que n'est terroriste que ce qui est Arabe, que tout Arabe est terrroriste et qu'est Arabe, tout ce qui est musulman...CQFD ! Quinze jours suffisent aujourd'hui pour refermer les portes de l'Histoire et effacer tous les comptes (les siens bien sûr, pas ceux des autres). O amalgames, ignorance, sophismes et mémoire courte, maux dévastateurs de l'humanité et de sa paix !
Bombarder pêle-mêle les civils et les autres, asphyxier économiquement des peuples entiers, les enfermer, se livrer à la guerre préventive avec ou sans prétexte cyniquement avoué, infester territoires et villages de bombes à fragmentation ("sous-munitions", un joli cadeau pour les petits), appliquer la loi du Talion, tout cela ce n'est pas être violent sans doute. Justifier peu ou prou la violence faite aux femmes, aux homosexuels et parfois même aux enfants, faire jouer l'omertà sur des scandales locaux ou mondiaux, ce n'est pas être complice des violents, bien sûr..
Bien sûr qu'on ne peut éliminer toute la misère du monde, bien sûr que l'Islam recèle lui aussi de redoutables fanatiques qui ne le cèdent en rien aux Torquemada, aux ducs d'Albe, aux Croisés, aux Montluc, aux Charles IX, aux conquistadors, aux missionnaires-soldats du Pacifique (!) ou de l'Afrique et plus récemment aux Léopold II, aux oustachis et à d'innombrables autres oppresseurs, terroristes et violents se réclamant du Dieu des Chrétiens...Bien sûr que sous les étendards verts ou noirs on a fait (presque mais à mon avis beaucoup moins, faute de moyens) autant de mal que sous les bannières croisées ou diversement étoilées. Bien sûr que le Vatican est aussi un Etat et qu'il a des intérêts à défendre. Bien sûr que le Catholicisme, comme l'Islam ( ou plutôt les Islams, car s'il n'y a qu' Un Qoran, bien des lectures, officielles ou non, en existent ), fait du prosélytisme et à ce titre entre logiquement en concurrence avec lui.
Mais la Chrétienté a semble-t-il, mieux à faire qu'à battre sa coulpe sur la seule poitrine des autres et à attiser le feu de la violence, ce feu qui consuma et consume tant de bonnes gens sans que des dizaines de millions d'honnêtes Musulmans n'aient rien à y voir : s'en prendrait-on aux Philippins de ce qui se passe en Argentine ou en Pologne, sous prétexte qu' on y relève du Pape dans tous les cas ?
Et il semble logique que l'un de ses chefs, oubliant ses fonctions précédentes et peut-être aussi sa culture personnelle, donne le bon exemple. Etonnez-nous, Benoît !
18 septembre 2006 dansreflexions - Europe et International | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack






