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Cultures Régionales : avançons !
Dans de nombreux pays européens, les cultures régionales reviennent en force. Elles sont de plus en plus considérées comme un élément positif d'équilibre humain, de richesse culturelle, de lien avec le passé, d'harmonie avec les terroirs. C'est en particulier le cas de l' Union Européenne au travers, par exemple, du projet de TCE. Mais en France, dans bien des milieux qui se disent pourtant progressistes et défenseurs de la laïcité, on en est souvent resté à la vision d'une jeune Bécassine docile aux injonctions du recteur de sa paroisse et à qui il serait encore légitime de suspendre les sabots au cou dans la classe pour lui faire honte de parler breton.
Une telle attitude est-elle encore aujourd'hui cohérente voire légitime ? Où sont les mérites d'un encouragement mesuré et sélectif des cultures régionales, en particulier au travers des langues régionales (breton, occitan, flamand, alsacien, corse, créoles, kanak ou autres) voire des patois et quelles sont les limites de l'exercice ? Quelle politique proposer pour la France sur ce point et faut-il faire confiance aux seuls fonctionnaires de l'Education Nationale pour donner le La, alors qu'il s'agit très largement d'une question de nature politique ?
Il est frappant de constater que si l'on regarde l'ensemble européen, le degré de connaissance des langues qu'on y pratique est souvent proportionnel au nombre des langues pratiquées et que, d'autre part, la qualité de la vie démocratique est souvent proportionnelle, elle aussi, à la capacité des locuteurs à utiliser plusieurs vecteurs d'expression. Inversement, la qualité et la force du sentiment national ne sont pas du tout antinomiques avec une culture linguistique riche et l'ouverture au monde des citoyens. C'est ainsi par exemple que dans le Nord de l'Europe, personne ne trouve ridicule de hisser le pavillon national dans son jardin tout en parlant, le cas échéant, plusieurs langues scandinaves et/ou le finnois ainsi que généralement, un anglais excellent. Certains pays sont sur ce plan en recul, d'autres en progrès. Quant aux pays de l'Est ou du Centre de l'Europe, quoiqu'étant traditionnellement une zone d'excellente connaissance des langues, ils se trouvent encore souvent mais pas toujours dans une ambiance négative, consécutive au reflux russe des espaces précédemment occupés au titre de l' Union soviétique.
Il est intéressant aussi de constater, au plan politique, que les processus de dévolution sont en marche et ont même, dans certains cas, atteint leurs limites. Au Royaume-Uni, par exemple, l'avancée politique continue à se faire en Ecosse et au Pays de Galles même si, assez curieusement, la pratique linguistique n'est pas forcément parallèle à la reprise d'autonomie politique par les régions à identité culturelle propre. En Espagne, on semble bien avoir atteint les limites de l'exercice quand on voit le catalan commencer à évincer le castillan sur certains points, pour ne pas parler du problème basque. La Suisse semble reculer alors qu'elle avait atteint un excellent niveau. En Belgique, la connaissance conjointe des deux langues principales du royaume semble progresser, ce qui reste quelque part un ciment dans un pays qui semble plutôt se déliter politiquement en ce moment. Les Québecois se sont brillamment battus et continuent à le faire mais ils ne considèrent pas pour autant la connaissance de l'anglais comme un moins dans leur culture.
Au total, la connaissance d'autres langues régionales ou nationales - ces concepts étant d'ailleurs logiquement d'autant plus flous que l'on croit à une "souveraineté" européenne ( par exemple si l'on s'affirme fédéraliste)- nous paraît aller plutôt de pair avec une vie démocratique de qualité et une ambiance pacifique. Au contraire, l'enfermement dans le monolinguisme est synonyme de difficulté à commmuniquer avec non seulement avec l'extérieur au travers par exemple des media internationaux mais aussi avec l'intérieur, lorsqu'il s'agit de mieux comprendre le sentiment de pays voire de peuples entiers auxquels l'histoire a finalement refusé l'autonomie politique sans pour autant leur ravir le droit à une identité propre. Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, la France peut s'interroger, non pour remettre en cause sa propre destinée mais au contraire sur les moyens de mieux motiver l'ensemble des Français, métropolitains comme ultramarins, en leur donnant librement et sans barguigner accès aux cultures qu'ils sentent - et où ils se sentent- le mieux.
A quoi bon parler d'Europe des Régions, de gouvernance, de politique citoyenne et caetera voire pour certains d'accepter le coeur léger que l' "Europe" se fasse en anglais, si l'on en reste à proscrire de facto les langues des régions et territoires français tout en encourageant indirectement celles des autres régions européennes au travers du soutien au TCE ? Pourquoi la Région Ile-de-France, dont le Président est un fervent "européen", s'apparierait-elle avec la Généralité de Catalogne où le catalan (parlé également en France) est langue officielle à l'égal voire aux dépens de la langue nationale sans soutenir ceux qui, à Paris, souhaiteraient promouvoir la culture bretonne, corse, créole, occitane ou autre au travers d'un enseignement bilingue pour quelques dizaines d'élèves ? Et quel sens cela a-t-il de vouloir continuer à faire des jeunes Français des handicapés linguistiques qui ne savent que le français et généralement assez mal voire pas du tout, le seul anglais au terme de centaines d'heures passées à ânonner cette langue sur les bancs de l'école ? Tout cela n'est guère cohérent.
La seconde contradiction qui guette les défenseurs de l'attitude actuelle n'est pas européenne, elle est nationale. Elle consiste à soupçonner les promoteurs de l'enseignement bilingue ou non, des langues régionales de menées anti-laïques. Dans l'ensemble, cette idée est erronée. Le mouvement DIWAN, par exemple, qui se heurte depuis des années à des tracasseries administratives visant en fait à l' asphyxier financièrement, n'a rien de confessionnel. Bien au contraire, c'est l'attitude passéiste de l'administration qui pousse les parents d'élèves souhaitent envers et contre tout donner une double culture à leurs jeunes vers l'enseignement privé. Or, il est temps qu'un certain nombre de défenseurs bien intentionnés de la laïcité réalisent une chose très simple : l'Instruction Publique -que l'on appelle, à mon avis erronément, Education Nationale- est aujourd'hui bel et bien en concurrence avec d'autres systèmes éducatifs. Ces systèmes privés, et il faut bien le dire, de plus en plus d'inspiration confessionnelle, ont vu leur développement sanctionné positivement par l'ensemble des gouvernements successifs de la République et le contrôle que le ministère est censé exercer sur eux (pour la seule partie sous contrat) est d'ordre exclusivement "pédagogique", et encore.
Cette tolérance, ou ce laxisme, il est trop tard pour les justifier ou les regretter et il est clair que sous l'influence "européenne", les choses ne vont pas s'arranger. Mais la conséquence en est redoutable : c'est que l' hypocrisie culturelle gagne de plus en plus de terrain sur la véritable laïcité. Ainsi, pendant que l'on ferme les yeux et que l'on subventionne même parfois des écoles non seulement confessionnelles mais carrément intégristes (sauf si elles sont musulmanes, bien sûr), on continue à mener un combat d'arrière garde contre les cultures régionales. On a pu voir aussi le sénateur socialiste Charrasse déposer un amendement obligeant les maires à subventionner aussi les écoles privées sous contrat hors de leur propre ville et quant à la fameuse loi sur le voile, elle ne s'applique pas aux établissements sous contrat quoique les professeurs desdits établissements soient payés par le contribuable en général. Mais le système prend l'eau de plus en plus et faut d'avoir su réagir à temps, on en cache de plus en plus difficilement l'incohérence. Refuser dans les faits, largement sur la base de procès d'intention, aux Musulmans -qui sont des millions en France et ne sont dans leur immense majorité ni plus ni moins fanatiques ou même pratiquants que les tenants d'autres religions- ou aux Sikhs ce que l'on accorde aux Catholiques et aux Juifs ne serait pas vraiment un bon moyen de mettre en oeuvre une authentique laïcité ! La récente décision du recteur de Lyon va être à cet égard un test intéressant : même si le dossier est imparfait ou critiquable, encore faudrait-il que la même rigueur s'applique à tous et tout le monde sait que ce n'est pas le cas...
Dans ce contexte, le frein vis-à-vis des cultures régionales apparaît surtout comme un comportement magique. Faute de parer efficacement des menaces réelles contre la laïcité en s'opposant par exemple à l'amendement Charrasse, on continue à s'agiter contre des atteintes totalement imaginaires à un "monopole éducatif" déjà largement battu en brèche par des forces autrement plus puissantes et parfois dangereuses.
J'en viens enfin à l'argument "technique", souvent utilisé en dernier recours quant le débat devient chaud et qui sert aussi, le cas échéant, quand il s'agit de refuser des créneaux aux activités culturelles, au sport, à l'enseignement de l'histoire des philosophies et religions ou encore à celui des langues dites mortes (ou moribondes) : "Vous comprenez, on n' a déjà pas pas assez de temps pour les enseignements essentiels, alors ils (les élèves) n'ont pas de temps à perdre avec ça !". Cette vision de choses n'est probablement pas la bonne et elle aboutit progressivement à gommer la motivation et l'effet d'entraînement que représentent l'acquisition de l'excellence dans un domaine donné chez les jeunes. D'autre part elle perpétue avec une remarquable continuité intellectuelle l'idée suivant lequel tout devrait s'apprendre de la même manière, avec le même genre de créneaux horaires : sports, musique, langues étrangères ou de culture etc. C'est à notre avis une erreur, que les faits se chargent de démontrer : l'expérience prouve que l'acquisition linguistique et particulièrement le bilinguisme à l'école, n'ont que des effets positifs sur les autres résultats.
Au total, il est clair que l'enseignement et particulièrement l'enseignement bilingue des langues et cultures régionales ne constitue, ni un danger politique pour la France dans le contexte politique d'aujourd'hui, ni un problème pédagogique, ni un risque sérieux pour la laïcité. Il convient donc non seulement de le laisser subsister mais de l'encourager largement, créant ainsi une richesse culturelle supplémentaire et la possibilité pour de nombreux jeunes de se motiver, de se décomplexer par rapport à une multiculturalité qui est, en ce moment de rupture des générations, l'un des plus sûrs garants contre les dérives nationales. La Région Ile-de-France, qui rassemble des Français de nombreuses cultures régionales, devrait être sur ce point exemplaire.
Encore faut-il naturellement lui fixer, dans un esprit positif et si possible plus efficace que le contrôle actuel des établissements confessionnels, des règles du jeu : respect de la laïcité bien entendu, qualité du contenu pédagogique, éducatif ou docimologique, mutualisation d' équipements avec le service public, échanges constants entre les enseignants, qualité de la gestion des associations. Au plan politique, il faut aussi éviter la confusion des genres dans certaines régions. mais j'ai toujours pensé pour ma part qu'il valait mieux être dur politiquement et souple culturellement, que l'inverse. C'est souvent l'avis, d'ailleurs, des citoyens concernés qui ne demandent rien d'autre que l'application sans concession des lois de la République. Mais cette application n'a rien à voir avec un certain dédain, voire plus, qu'ils ressentent douleureusement de la part des cercles décisionnaires parisiens. Certains d'entre ces derniers braderaient volontiers au nom d'un pseudo-modernisme hexagonal des parts de France qui font très largement partie de notre histoire et avec qui ils ont le malheur de ne pas être en sympathie, que ce soit par manque d'information, par traditionnalisme républicain ou centraliste ou tout simplement par tropisme intellectuel.
N'ayons donc plus peur et avançons, que ce soit par conviction européenne, par désir de mieux-être culturel pour tous les Français de toute la France, par souci d'efficacité pédagogique ou par simple désir de cohérence avec l'ensemble des idéaux que nous défendons. Les risques sont faibles ou nuls, les enjeux sont intéressants et positifs, alors pourquoi traîner les pieds et hésiter encore ? Il s'agit d'un problème politique, pour lequel des consignes précises devraient être données par le gouvernement au ministre concerné et aussi d'un débat national qui permettrait aux collectivités territoriales de mieux s'orienter. La France a besoin de propositions positives, de se rassembler et de se structurer autrement face à l'environnement mondial où elle doit faire valoir sa différence qui est aussi un apport. L'encouragement à se ressourcer, à se diversifier au sein du creuset national en une.
31 août 2006 dansreflexions - Politique | Permalink | Commentaires (14) | TrackBack
Débats de rentrée
Débats de rentrée
Vidéo envoyée par jeanlevain
23 août 2006 dansreflexions - Europe et International, reflexions - Politique | Permalink | Commentaires (4) | TrackBack
Arc-de-Seine : point d'étape
Lors d'une récente causerie, j'ai évoqué notre Intercommunalité Arc-de-Seine (Ville d'Avray, Chaville, Meudon, Issy les Moulineaux et Vanves), son évolution dans un cadre global, ses forces et faiblesses et tenté de répondre le mieux possible aux questions pertinentes posées.
Voici un petit résumé des idées de la soirée.
Tout d'abord, l'évolution générale. Je crois qu'il n'appartient pas nécessairement aux acteurs de l'intercommunalité d'aujourd'hui de se faire les chantres de l'intercommunalité telle qu'elle a été organisée par les lois successives et en particulier la loi Chevènement. Cependant, cette intercommunalité ou plus exactement cette intercommunalisation du pays réel est, à mon avis, remarquablement conçue sur le plan technique et elle a fait avancer les affaires. Elle a atteint une partie au moins des objectifs retenus : aujourd'hui, en effet, l'essentiel du territoire est maillé et une large partie de l'injustice fiscale entre communes et que l'absence de réforme fiscale pérennisait, gommée ou tout au moins palliée. Rappelons ici que certaines communes bénéficiaient, grâce à leur développement économique de ressources considérables et que d'autres n'en avaient quasiment aucune. Cette injustice pouvait trouver sa cause dans la politique de leurs municipalités à une certaine époque mais parfois aussi dûe à leur rôle dispendieux de capitale locale chargée en équipements collectifs ou à une situation géographique ou sociale difficilement réversible. Il est donc paradoxal de voir un ministre responsable des collectivités territoriales, Patrick Devedjian, s'ériger aujourd'hui en censeur d'un système qu'il a mis à profit en faveur de sa propre ville, Antony, dans les Hauts-de-Bièvre (92), en y faisant adhérer une riche commune ( Wissous) d'un département voisin. Mais la cohérence est, en politique, une vertu bien difficile à appliquer...
Pour autant, il y a aussi des défauts au système et mes auditeurs n'ont pas manqué de les débusquer. Les questions gênantes pourraient être ainsi résumées : Où se situe la place de la démocratie dans l'intercommunalité "Chevènement" ? Est-on en train d'affaiblir encore la proximité dans l'action urbaine quotidienne dont le citoyen a tant besoin et le sentiment d'identité qui en est le corollaire ? N' y -t-il pas un danger de dérive fiscale en accumulant les couches d'administration ? Et dans le même esprit mais cette fois-ci au plan politique, où se situe l'"échelon de trop" (Commune, Intercommunalité, Département, Région, Etat ?).
Sans, une fois de plus, être inconditionnel de la loi, on peut essayer d'en défendre certains aspects et surtout souligner, en transition, qu'il ne faut pas, comme trop souvent en France, tout attendre des textes. Il vaut bien mieux, c'est tout au moins mon avis, être pragmatique et il vaut mieux, dans l'intérêt du citoyen, bien appliquer des textes imparfaits que vouloir appliquer à la lettre des textes soi-disant parfaits mais qui peuvent avoir de redoutables conséquences.
L'intercommunalité ou plus exactement la mise en place d'un maillage d'EPCI (Etablissements Publics de Coopération Intercommunale, dont il existe trois principaux types plus ou moins "intégrés"), répond à des préoccupations principalement économiques, elle ne cherche pas à faire avancer la démocratie mais seulement à la respecter. Ainsi, le choix au deuxième degré des élus permet malheureusement dans certains cas de se passer d'opposition (ce n'est pas le cas en Arc-de-Seine, grâce à la diversité politique de l'agglomération et à un consensus préalable) et ne règle pas le problème des élus communaux non membres du Conseil Communautaire, en particulier celui des maire-adjoints. Le fonctionnement est nécessairement lourd, sujet le cas échéant aux frictions politiques et peu sensible aux "remontées" de la base, élue ou non. Mais il est possible de le faire vivre et dans l'ensemble, cela peut marcher si l'on en a vraiment envie, d'autant plus que le caractère technique des compétences communautaires limite par définition les débordements de la "politique" politicienne (Tout ce que font mon adversaire X et ses amis est nécessairement mauvais car il est lui-même intrinsèquement mauvais etc..)
Le problème de la proximité est lui aussi bien réel mais il n'est pas non plus irrémédiable. Qui imagine aujourd'hui que chaque arrondissement parisien devrait, au nom de l'autonomie, gérer individuellment l'enlèvement de ses immondices, l'entretien de sa voirie ou son "propre" réseau d'assainissement ? Une fois de plus il n'y a pas de martingale dans ce domaine et c'est, comme en entreprise, la qualité de la gestion qui prime. Cette qualité s'obtient par un consensus entre élus qui se respectent et se font confiance après avoir négocié les impératifs politiques, sociaux, économiques ou autres dont ils sont investis directement ou indirectement par leurs concitoyens. Une bonne organisation des services, la mise en place de relais communaux efficaces et le dialogue politique entre agglomération et communes doit permettre d'allier les avantages de la puissance et ceux de la proximité, mais c'est une exigence permanente qui ne sera pas satisfaite une fois pour toutes.
Il en va de même des appréhensions concernant l'addition fiscale : pas plus que dans le domaine communal, ce n'est l'existence de l'intercommunalité qui présente des risques. La loi a prévu une dotation supplémentaire de fonctionnement destinée à la mise en place de l'intercommunalité, afin d'éviter que les inévitables dépenses de démarrage : quartiers généraux adaptés de l'administration intercommunale pour les tâches transférées, investissement en ressources humaines de qualité, accompagnement des transferts de personnel entre communes et communauté, ne grèvent la fiscalité locale. Dans le cas d'Arc-de-Seine et au bout de trois ans de fonctionnement, seule la moitié environ de cette ressource additionnelle a été consommée et il n'est pas question de taxation additionnelle dans un proche avenir. Au contraire, de nombreux tarifs baissent et des besoins techniques supplémentaires sont satisfaits même s'il peut y avoir ponctuellement des habitudes à changer ou tel ou tel disfonctionnement.
Quant à l'échelon de trop, c'est un vaste problème. Je crois pour ma part qu'en Région Ile-de-France et particulièrement en petite couronne, c'est le problème qui est peut être mal posé. Il est clair que les intercommunalités sont là pour durer car elles rassemblent les vrais protagonistes de l'action de terrain. Mais elles pourraient à terme se fédérer voire se rassembler dans des ensembles plus vastes que le Syndicat des Coteaux et du Val de Seine préfigure peut-être un peu dans notre zone. Je crois à l'émergence progressive de "communautés urbaines-départements" comme Paris est une ville-département. Que penser en effet d'un "département" comme les Hauts-de-Seine qui compte davantage de conseillers généraux (45) que de maires (36) et où lesdits conseillers sont généralement soit les maires eux-mêmes, soit leurs dépendants politiques, soit leurs opposants directs ? Le problème du système français est d'avoir créé une organisation matricielle où la hiérarchisation se double d'une spécialisation. Dans ces conditions et alors que l'Etat s'étiole, personne n'est aujourd'hui vraiment en mesure d'organiser une politique sociale de développement et chacun tire à hue et à dia, comme on l'a vu récemment à propos des agences foncières ou du SDRIF.
Pour en revenir aux EPCI et à leur évolution, il me paraît que trois grandes étapes se dessinent. L'étape de l'ouverture et de l'initiative, qui s'est ouverte pour nous, Arc-de-Seine, en 2001 et s'est concrétisée le 1er janvier 2003. L'étape de la construction et de la consolidation, au milieu de laquelle nous nous trouvons. L'étape, enfin, de la maturité et de l'équilibre qui nous ramène au sujet précédent.
Au cours de la première, un caractère essentiel de l'intercommunalité francilienne s'est affirmé : c'est l'entente personnelle et idéologique de ses initiateurs qui est fondamentale. En effet si, en province, la logique territoriale s'impose en général assez naturellement, il n'en va pas de même chez nous et elle est même parfois contredite par les organisations politiques, les maillages administratifs, la situation par rapport à la capitale ou les déséquilibres économiques. C'est ainsi qu'outre le désir affirmé de conserver une indépendance suffisante, les cinq maires d' Arc-de-Seine partagent certaines préoccupations sociales, la volonté d'avancer vigoureusement vers la création de pôles de technologie et d'emploi, d'intégrer largement les compétences communautaires et de donner une véritable personnalité à l'Arc que d'autres communes pourraient rejoindre.
L'étape de la consolidation est en cours, elle implique de maîtriser parfaitement les dialectiques financières complexes de l'intercommunalité et de convaincre l'ensemble des élus de la bonne logique qui préside à la construction communautaire. Le parallèle avec la constrcuction européenne est tentant mais, et me distinguant ici de mes quatres collègues de sensibilité UDF, j'estime que les cultures sont fongibles dans notre cas et pas dans celui de l'"Europe" et que cela change fondamentalement les données du problème..Elle implique aussi de construire le projet de développement communautaire, de veiller au bon fonctionnement et à la bonne articulation de l'administration, de structurer la coopération avec nos nombreux partenaires (Communes, Département, Région, Etat). Bien sûr, ce n'est pas facile. Ainsi la construction de toute organisation nouvelle telle qu'une Maison de l'emploi recèle de nombreuses difficultés : ici aussi, le primat donné aux habitudes sur la gestion et aux aspects juridiques sur le sens du projet ne rendent pas les choses faciles, mais la volonté politique peut finir par triompher de l'inertie, des petites tricheries ou des incompréhensions.
L'étape du futur est encore imprécise, on l'a vu. Mais on en a déjà quelque idée. Tout d'abord la construction des EPCI, tout au moins les plus intégrées d'entre elles, paraît bien aujourd'hui irréversible. En effet, même s'il est incomplet et ne suffit en aucun cas à "animer" l'intercommunalité, le principe d'une répartition des ressources d'entreprises sur un bassin plus large est, on l'a vu, particulièrement solide parce qu'il est juste : on ne saurait imaginer que les communes, placées devant les mêmes exigences de leur population, pourraient indéfiniment y faire face avec des ressources d'un ordre de grandeur différent suivant qu'elles ont pu et/ou voulu se développer économiquement à une époque donnée. Par contre, il reste à trouver le "génie" propre de l'intercommunalité, lequel reste à rechercher dans l'alliance d'une volonté politique forte des élus, d'une vision sociale du développement et d'une intégration maximale des services. Ce sont précisément les réticences ou une prudence exagérée dans ces domaines que génèrent les risques, qu'ils soient d'ordre fiscal ou autre. Mais rien ne dit que le cadre juridique de la Loi doive rester figé et que de nouvelles évolutions comme la création de super communautés ne puissent être concevables. Encore faudrait-il que leur assise populaire soit garantie.
Au total, il y a sans doute bien des raisons d'être optimistes : si dans ce domaine comme dans d'autres la loi n'est qu'un cadre d'action qui ne remplace pas l'initiative individuelle ou collective, la volonté politique de mener à bien la construction d'une nouvelle forme d'entité sociale existe et elle a déjà obtenu des résultats puisqu'une grande partie de notre cadre de vie est d'ores et déjà régulé en intercommunalité. Encore faut-il que ce ne soit pas là le prétexte d'un nouvel envahissement de la vie publique par la vision techno-médiatique qui fait tant de mal à la France d'aujourd'hui, en mal d'un vrai projet politique. Ce défi, c'est aux élus locaux d'y répondre et de mon point de vue, ils ont des chances d'y réussir.
18 août 2006 dansreflexions - Intercommunalité | Permalink | Commentaires (0)






