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"Pour le sport !" dans les Hauts-de-Seine
Les nuits chaudes des dernières semaines ont eu le résultat habituel. Entre partis, on a échangé les mêmes lieux communs et il est à craindre que les problèmes de fond ne soient bien vite enterrés. On a laissé tranquilles les vaches sacrées, comme l' urbanisme, l 'orientation scolaire et professionnelle des jeunes, le mode de gestion des HLM, le racisme ambiant, le côté beaucoup trop abstrait de la vie politique ou les budgets de la Justice. Inévitablement, les boucs émissaires traditionnels comme l'immigration, le soi-disant laxisme social de la Gauche ou la politique réactionnaire de la Droite ont été chargés d'anathèmes et expédiés au désert. Conséquence : le retour prévisible d'évènements qui, au travers d'actes irresponsables commis en très large partie par des mineurs, sont aussi un vrai cri d'angoisse de très jeunes Français devant la vie qui les attend.
Pourtant, que faire concrètement, dans un département qui a des moyens, pour travailler à empêcher ce retour ? Le sport semble bien être, au travers d'une politique rationnelle l'un des vecteurs essentiels du combat pour une bonne "entrée en société" de jeunes qui sont les nôtres et incarnent une force positive considérable qu'il nous appartient de laisser s'exprimer à leur bénéfice comme à celui de la société.
Quelles autres opportunités de socialisation des jeunes, d'"entrée en société" existent, ou existaient en effet, en dehors du sport, répondant à la double exigence d'exercer le corps et de le mettre au service d'un comportement social, en dehors de la violence ?
Le service national, quelles que soient ses imperfections, était une opportunité essentielle de brassage social, de prise de responsabilités et de structuration de la personnalité. Il était aussi, pour les jeunes hommes, une forme de rite initiatique pour l'entrée en société, tout spécialement pour les jeunes Français d'origine étrangère. Il ne s'appliquait pas à la population féminine et a été suspendu. Les mouvements de jeunesse ont vu leur présence se rétrécir et n'ont pas toujours su asseoir leur action, souvent d'inspiration confessionnelle, en milieu urbain et auprès de populations d'origines raciales et/ou aux références religieuses différentes de celles de la majorité autochtone. Ils restent pourtant une opportunité unique pour le jeune de pratiquer une éducation sociale, solidaire et physique tout en échappant provisoirement aux difficultés du quotidien ou à un environnement parfois oppressant. L'Education Nationale s'obstine, par rapport aux activités culturelles et sportives, dans une vision linéaire qui en fait des disciplines d'enseignement, sans intégration réelle avec les activités de même nature, essentiellement confiées aujourd'hui aux collectivités territoriales. Par ailleurs, elle a largement abandonné -sauf dans des établissements "d'élite" réservés en pratique aux couches sociales les plus aisées- le principe, pourtant très valorisant, de l'émulation républicaine. Enfin, elle pratique assez souvent des formes d'orientation très contestables par rapport à des jeunes défavorisés par leur environnement social mais non par leurs capacités, en appliquant des critères de sélection négatifs ou non pertinents nourris par de tenaces préjugés.
Dans ce contexte, le sport reste le principal vecteur éducatif complet, apportant sous réserve de pratiquer les disciplines convenant le mieux aux jeunes, dans un cadre suffisamment large et avec un encadrement professionnel et bénévole de grande qualité humaine, une dimension éducative essentielle à des jeunes privés partiellement ou totalement de repères sociaux efficaces. Il peut apporter, au travers du parcours social des meilleurs, une exemplarité qui reste au travers de l'instinct d'imitation, un facteur essentiel de progrès personnel. Il intègre le travail associatif, lui aussi facteur de brassage et d'intégration raciale. Il utilise des lieux par définition conviviaux et rassemble autour d'événements partagés. Ni les jeunes ni les entreprises ne s'y sont d'ailleurs trompés, puisque les exemples les plus récents de crédibilisation du modèle politique français se sont pratiquement tous produits dans le domaine sportif et que c'est très largement au travers du vecteur sport que les entreprises capturent le marché des jeunes.
Une collectivité territoriale bien identifiée, disposant de moyens importants et de compétences connexes, à caractère scolaire (collèges) ou sociales, dispose donc d'une opportunité exceptionnelle de faire avancer les objectifs sociaux que de nombreux élus, indépendamment de leur sensibilité particulière, partagent et qui sont bien entendu au coeur de l'idéal associatif. Qu'en a-t-il été dans les Hauts-de-Seine, qu'en est-il aujourd'hui et que faudrait-il faire maintenant ?
La présidence précédente dans les Hauts-de-Seine mélangeait souvent le pire et le meilleur et pratiquait plus souvent qu'à son heure une politique de "coups" avec tout ce que cela implique. Dans le domaine de l'action sportive cependant, le bilan était largement positif. Si des moyens importants, souvent en dehors de l'initiative des responsables politiques ou techniques du sport d'ailleurs, avaient pu s'égarer sur des objectifs discutables, des initiatives très intéressantes avaient été prises.
Il n'est pas ici dans notre propos de nous attarder sur les objectifs douteux ou insuffisamment articulés et généralement inconstants. C'est de toutes façons très largement du passé. On se bornera à rappeler quelques sous-titres comme Jardy, le Tour de France ou le Stade de Colombes pour lequel l'alliance entre considérations sportives, politiques et "économiques" ne paraît pas des plus faciles...
Les principes d'une action décidée, s'appuyant sur les Parcs départementaux au travers des opérations Parcs en Sports, bien répartie territorialement me semblait excellent. Non moins utile, le recrutement d'une phalange de jeunes champions méritants et motivés, soit au sein du Service des Sports lui-même soit en vue d'actions ponctuelles et exemplaires dans les zones les plus défavorisées du département, la liaison avec le monde universitaire au travers de Léonard de Vinci. Positif lui aussi le style, qui avait su rester en dehors de considérations politiciennes de bas de gamme et servir prioritairement le Sport, non les intérêts politiques réels ou supposés de la faction dominante. Il s'agissait de servir l'ensemble des villes ayant une vraie politique sportive et non quelques "chouchous" privilégiés.
Plus difficile s'est révélée la gestion quotidienne des parcs départementaux, souvent détournés de leur objectif par les communes d'accueil en fonction d'objectifs campanilistes ne prenant pas suffisamment en compte l'intérêt des autres villes sur un investissement d'intérêt départemental et financé comme tel. Or la politique du département dans ce domaine s'est révélée hésitante et souvent timorée. De fait, les sportifs ne sont pas toujours en mesure de prendre en charge des problèmes techniques complexes en dehors de leur domaine et les élus responsables sont exposés aux pressions politiques diverses venant d'en-haut ou d'en-bas.
Les choix dans le soutien au sport d'élite se sont également révélés délicats. De nombreux élus tendent à confondre le sport professionnel, qu'il n'est clairement pas dans la vocation d'un département de soutenir -c'est à l'argent de financer l'argent- avec l'impérieuse nécessité d'asseoir l'expansion du sport départemental ou régional sur des locomotives qui ne peuvent être que des équipes ou des athlètes d'excellence : l'élite sportive. Or, l'excellence coûte cher en moyens et les villes ne peuvent tout faire, cependant que les EPCI (établissements publics de coopération intercommunale) n'ont pas aujourd'hui les compétences légales nécessaires. De leur côté, les fédérations sportives voire les ligues jouent parfois un rôle ambigu. Leur politique et parfois aussi leur gestion interne génèrent des exigences financières toujours croissantes en investissement comme en fonctionnement et les collectivités locales, souvent, ne peuvent plus suivre alors qu'en face la gestion sociale du sport n'existe pas toujours. Le Département n'a pas forcément pris en compte cette dimension du problème.
Depuis le changement de Président, la situation a clairement empiré. Dans ce domaine comme dans d'autres, une tendance à mélanger les genres ou si l'on préfère à faire prévaloir l'esprit de clan sur l'intérêt général s'affirme. Les changements de pied brutaux, la non-prise en compte des résultats obtenus démotivent le personnel dans un domaine où l'exemple et l' allant des encadrants sont essentiels. Le principe de maintenir un consensus politique dans un domaine où il peut être créé et maintenu et où il ne gêne personne, semble devoir être abandonné. Ce serait profondément regrettable. D'autre part, l'action est compartimentée et l'on a beaucoup de mal à distinguer les lignes de force instillées par les élus responsables...si elles existent.
Le Sport, compétence facultative certes mais moyen d'action exceptionnel, ne semble plus du tout être une priorité pour le Conseil Général. Dans ce contexte il paraît utile que la Gauche prenne un relais, propose des lignes d'action et un nouveau consensus pour que le sport ne retourne pas aux oubliettes et qu'il contribue à prévenir une crise grave dont nous n'avons vu que les premiers feux et que seul un travail simultané et approfondi dans plusieurs domaines pourra conjurer.
Une action volontariste du Conseil Général en matière de sport devrait, dans les prochaines années, se placer sous le signe du pragmatisme, de la continuité et de l'ouverture. elle pourrait se décliner selon cinq axes principaux.
- Tout d'abord, poursuivre le travail entrepris et l'améliorer. Autrement dit, il s'agit de rendre pérennes les actions positives entamées. Ainsi, dans le domaine de l'exemplarité du sport avec l'intervention de champions dans les zones en difficulté, il s'agit de créer, partout où cette intervention a produit des effets, des clubs ouverts, aux tarifs allégés et continuant à travailler en liaison avec eux. Le critère principal doit rester la qualité technique mais aussi morale de l'encadrement, ce qui implique un effort en direction d'un cycle de formation d'encadrants où le niveau sportif ne soit pas le critère exclusif et qui, dès l'origine, puisse inclure la reconversion des sportifs de haut niveau. Cette idée a déjà été portée dans le cadre de Léonard de Vinci mais en se restreignant à l'"université privée" du département et aux difficultés de celle-ci avec l'Education Nationale, elle s'est automatiquement condamnée à un échec relatif.
Un gros effort doit être également entrepris pour homogénéiser le niveau de formation entre éducateurs sportifs et animateurs. Or, la rigidité des filières de formation fait que certaines d'entre elles sont probablement surdiplômées et surspécialisées, d'autres au contraire sousdiplômées et trop universelles. Sur le terrain, cela ne fonctionne pas bien quand les uns doivent prendre le relais des autres. Qui, sinon le Département, pourra résoudre ce problème essentiel dans de bonnes conditions ?
- C'est pourquoi le principe essentiel de son action devrait donc devenir, ou redevenir, la transversalité. Un service des sports départemental réduit à l'"action sportive" ne peut, à terme, qu'être un moignon secondant peut-être la publicité personnelle de quelques politiques locaux mais incapable de faire jouer au sport le rôle essentiel qu'il mérite dans l'éducation en général. Au contraire, en contribuant à décloisonner le sport scolaire, à amener de nouvelles générations au sport, en assurant une bonne jonction entre animateurs de terrain et éducateurs sportifs, en créant la synergie avec les autres entités titulaires de responsabilités sportivess et en gérant les évènements et les lieux majeurs du sport altoséquanais, le Conseil Général se valoriserait. Cela n'est bien évidemmment possible qu'en rendant au service concerné ses moyens mais surtout son rôle et même en le développant. Cela ne semble pas être le chemin qui a été pris pour l'instant.
- Toujours dans la même logique, le Conseil Général doit, ensuite, devenir le coordonnateur d'actions positives fondées sur le principe de la subsidiarité. Entre les multiples intervenants sur le territoire des Hauts-de-Seine, une conférence sportive devrait permettre de répartir les domaines d'intervention privilégiée par discipline, niveau de pratique sportive, objectifs sportifs ou capacité de soutien financier. Les PPI ( plans d'investissement) doivent être discutés avec les communes, les agglomérations, l'Etat (DDJS, Education Nationale) et la Région en s'appuyant sur les équipements existants mais aussi en en concevant d'autres, répondant à des besoins jusqu'ici négligés comme la natation, victime de la dispersion des myens et de l'incohérence des politiques. Accompagner la création des internats départementaux et régionaux, répondre aux besoins sportifs traversants ( en cyclisme par exemple) avec les départements besoins sont aussi des nécessités.
- Il s'agit aussi de mettre en évidence la subsidiarité et de savoir quelle entité territoriale ou nationale sera chef de file au sein de la Conférence sportive 92 à créer. On peut ainsi imaginer que l'évolution du problème des filières soit confiée à la DDJS, le travail sur les équipements d'intérêts commun par bassin sportif aux agglomérations, les évènements, les formations, le dialogue avec les ligues et fédérations et l'aide au Conseil Général, la création d'équipements de proximité liés à la politique sportive commune, aux villes. Un Fonds commun d'Encouragement pourrait constituer l'indispensable ressource permettant d'aider de façon pérenne mais avec des critères clairement définis les élites sportives, en sport collectif comme en sport individuel et handisport.
- Dernier point, mais il est essentiel dans l'optique qui nous intéresse : la démocratisation et la moralisation du sport. Le sport n'a d'intérêt que s'il contribue, non seulement au bien-être physique et à la santé des gens, mais à l'hygiène de vie et à une vie harmonieuse en société. Or, il est d'essence essentiellement associative et les Fédérations et ligues jouent donc un rôle esentiel dans sa gestion et son développement. Il importe donc qu'elles soient étroitement associées, au travers d'un dialogue serré et mutuellement bénéfique, à l'action publique en matière de sport. Or, les exemples actuels démontrent que les dérives existent et que, dans certains cas, les choses ne vont pas bien. Alors que d'innombrables bénévoles de terrain se dépensent sans compter pour leur sport et le plaisir des jeunes, certains dirigeants fédéraux vivent confortablement du même sport et le font évoluer vers des "valeurs" d'argent et de médiatisation, l'un nourrissant l'autre. Toujours plus d'incidents, de dépenses et d'exigences pour les villes ou les adhérents et à l'arrivée, un contre-exemple voire une anti-éducation pour les jeunes. Dans d'autres cas, sous les prétextes les plus divers, d'autres dirigeants réclament des moyens importants pour des sports qu'ils ne parviennent pas, paraît-il, à démocratiser. Or il n'y a pas de sports de classe, il n'y a que des sports qu'on ne veut pas faire partager.
Il convient, et le Conseil Général peut ici aussi jouer un rôle essentiel, d'amener les Fédérations concernées, s'il y en a, à la table de négociation et de les convaincre de se remettre au service du sport et non d'intérêts particuliers. A contrario, certains Petits Poucets assurent dans l'ombre un travail de forçat dans le cadre de disciplines méconnues ou trop régionales. Il convient de les aider et de les faire "exploser" d'autant plus que les jeunes adorent, en général, la nouveauté. Gérer le sport de façon juste, proactive et dynamique serait le maître-mot.
Tout ceci ne sont que quelques idées. Puissent-elle faire naître un débat constructif et contribuer à ce que, dans notre Département, le Sport reprenne des couleurs et redevienne un pilier d'une éducation de qualité qui devient aujourd'hui, avec un urbanisme de qualité et une vraie mixité sociale, une exigence absolue. Et satisfaire cette triple exigence reste, me semble-t-il, la seule porte de sortie sérieuse aux difficultés qu' éprouve la société française à faire vivre un modèle politique original et moderne, à l'heure où l'on cherche à nous vendre, après l'argent-roi, le communautarisme.
19 novembre 2005 dansreflexions - Politique, reflexions - Société et vie pratique | Permalink | Commentaires (0)
Pas rentable... l'éducation ?
La France est aujourd'hui l'un des pays les plus riches de la planète : riche en argent, riche en culture, riche en traditions et avant tout, riche de ses femmes et de ses hommes. Mais si l'on écoute le discours ambiant, nous sommes pauvres. Pauvres en imagination, pauvres en solutions pour motiver les entreprises et les services publics et de plus en plus, pauvres aussi en démocratie et en égalité. La priorité d'aujourd'hui n'est pas d'éduquer nos jeunes et de répondre aux attentes des citoyens, elle est de fouetter la consommation, de libérer la concurrence, de diminuer les dépenses publiques. Tant mieux pour ceux qui s'en tirent, tant pis pour les autres. Le bel idéal !
Au lendemain de quelques nuits qui sonnent le glas de notre manière d'éduquer et du système de fausses valeurs largement voire totalement matérialiste que certains cherchent à nous imposer à l'échelle du pays ou à celle de l'espace européen, comment reprendre la bonne piste et rebâtir ?
Si les mots on encore un sens en français l'enfant, l'adolescent ou même le jeune ne sont pas des adultes, des citoyens "parfaits". Ils ont besoin, pour le devenir, d'éducation. Ils ne s'auto-éduquent pas, ou tout au moins ils ne peuvent le faire que très partiellement. Il leur faut donc un cadre plus ou moins souple qui leur assure un développement optimum. La société doit leur assurer ce cadre.
Quels en sont les acteurs ? Les parents, d'abord, au travers de leur exemple, de la régulation de la vie en famille et des moyens éducatifs qu'ils organisent. La collectivité, ensuite, au travers des crèches, de la maternelle, des centres de loisirs, des écoles mais aussi et c'est très important, de l'environnement éducatif de ces pôles. Assistantes maternelles, ATSEM, surveillants, équipes éducatives spécialisées oeuvrent au quotidien pour l'éducation des nouvelles générations de Français. Sous bien d'autres formes l'Etat, agent garant du fonctionnement politique de la Nation, peut lui aussi intervenir. L'administration de la Justice par exemple, n'est pas là seulement pour sanctionner mais aussi pour protéger et aider. Mais il y a aussi de nombreux autres agents éducatifs comme les mouvements de jeunesse, les associations sportives et éducatives. L'enseignant enfin, dont la mission principale n'est pas d'éduquer mais d'enseigner, contribue cependant, à travers l'enseignement à éduquer. Quant aux media il peuvent, suivant les cas et l'usage qui en est fait, contribuer à l'éducation ou à la déséducation.
Or que constate-t-on ? Depuis des années, la même philosophie du court terme, de la démagogie politique, de l'argent-roi et de la consommation-reine, sévit en France comme ailleurs. Alléguant les nécessaires économies (!) ou d'autres priorités, on a lentement démoli les cadres éducatifs et l'environnement normatif des enfants, des adolescents, des jeunes et même des adultes.
A force considérer que l'éducation (Instruction Publique rebaptisée Education Nationale) ne se faisait qu'à l'Ecole, on a laissé croire aux familles et en particulier aux moins favorisées que c'étaient les enseignants qui portaient l'essentiel de la responsabilité éducative. C'est dans cette logique que les mêmes parents qui sont prêts à poursuivre en justice un enseignant pour une pichenette donnée à leur enfant laissent aujourd'hui quartier libre à de jeunes mineurs jusqu'à des heures avancées du soir ou les encouragent objectivement à être violents à l'école. Et ce, dans un contexte où les décompositions-recompositions de familles sont devenues quasiment monnaie courante et où les problèmes d'emploi et de logement risquent souvent de faire du jeune un laissé pour compte de la vie quotidienne.
L'Education Nationale elle-même a souvent perdu ses repères. Pendant que les enseignants "rament" dans des conditions souvent difficiles, on "économise" non sur une administration pléthorique mais sur des postes essentiels : assistantes sociales, infirmières et surtout surveillants et accompagnants dans les écoles. Sur des sujets que le même ministère maîtrise mal, par contre, comme l'orientation, il s'obstine à vouloir garder seul la main alors que les collectivités territoriales et les entreprises pourraient y jouer un rôle beaucoup plus positif et efficace que lui en direction de la priorité essentielle : l'insertion des jeunes, dès que possible dans un emploi qui leur convienne, qui existe mais qui permette un parcours professionnel ultérieur. Est-ce un pur hasard si les jeunes pyromanes s'attaquent particulièrement aux écoles ?
L'absence de plus en totale de toute politique d'éducation globale au niveau de l'Etat (et non de pseudo-réformes ne concernant que le seul ministère de l'instruction publique) l'a conduit à se désintéresser de plus en plus du monde associatif, à l'exception qui n'en sera peut-être bientôt plus une, des associations dites d'insertion. Or, les associations éducatives non ciblées sur un public particulier présentent l'immense avantage de pouvoir accompagner l'éducation parentale au choix des parents. Ce n'est pas un hasard si elles avaient fleuri dans l'après-guerre, à une période difficile où chacun reconnaissait la nécessité de partager la charge éducative et non de se défausser de cette tâche pour de bonnes ou de mauvaises raisons.
De façon plus générale, on a rogné sur tout ce qui pouvait aider à conserver au quotidien le sens de l'effort gratuit, le respect d'un certain nombre de normes et à favoriser la cohésion sociale. Suspension sine die du service national par la Droite avec la complicité passive de la Gauche, disparition des gendarmes en milieu urbain (alors qu'on entend aujourd'hui certains maires, même de gauche, réclamer l'intervention de l'armée en phase d'émeutes !), impasse sur les émissions éducatives à la télévision alors que la même télévision, refuge alternatif à la rue des jeunes en déshérence précoce, déverse par tonnes les messages violents ou matérialistes. Quant à la politique de la ville, jusque très récemment, elle niait le principe de prévention et ne s'intéressait, pour simplifier, qu'aux zones où il était déjà trop tard. L'incohérence s'allie au manque de réflexion. Ainsi, supprimer la gendarmerie et la police de proximité, revient à identifier l'ordre public avec la BAC et les CRS, autrement favoriser la connotation négative de l'ordre public : excellente éducation du public !
Côté urbanisme, c'est le zéro pointé. Alors que les conditions de vie sont l' un des principaux pourvoyeurs de problèmes sociaux, la gestion urbaine est clairement "plantée". La tendance européo-matérialiste actuelle a carrément fait une croix sur toute forme de planification nationale et elle s'en vant aux applaudissement des naïfs. Or, en milieu urbain c'est-à-dire là où les problèmes se posent, le mille-feuille politique de la décentralisation rend l'initiative de la requalification urbaine très difficile. Or, la densité mal répartie génère nécessairement, dans le système actuel de gestion du logement social auquel personne ne veut toucher, la guetthoisation. Il serait peut-être possible d'humaniser tout cela en laissant davantage de pouvoirs et d'initiative aux collectivités territoriales. Mais personne ne veut en entendre parler. Mieux vaut être assuré, semble-t-il, du retour des flambées que de risquer l'hypothétique abus de pouvoir ponctuel d'un hiérarque local !
Alors, que faire ? Tout d'abord, se rendre compte que les outrances verbales, nous venons de le vivre, ne mènent à rien et qu'elles jettent de l'huile sur les feux même s'il serait injuste d'imputer l'origine même des problèmes à leurs auteurs. Tout aussi illusoire et dangereux est l'angélisme qui attribue tous les torts à "la société" et tend à expliquer les violences des uns par l'insatisfaction des autres, immensément plus nombreux. En fait, tout compte au niveau des causes et donc il faut s'attaquer à tous les problèmes. Cela passe nécessairement par un catalogue d'actions à court, moyen et long terme, si possible hiérarchisées, bref par un plan politique large qui accepte la remise en cause des tabous. Difficile entreprise en ces temps de court terme, du matérialisme européen et de pensée unique !
La première chose à faire est sans doute de restaurer, aussi bien à l'école que dans les administrations, une philosophie très simple que les parents et les jeunes puissent comprendre et assimiler : celui ou celle qui pratique la solidarité sociale et l'effort en est récompensé(e), celui ou celle qui n'en fait rien n'est pas particulièrement aidé et celui ou celle qui, de façon consistante et volontaire, ne respecte pas la santé, le bien ou l'intégrité physique des autres, désavantagé. Cela a l'air évident mais dans la pratique le système tend aujourd'hui exactement à l'inverse. Ce sont les voisins des fauteurs de troubles qui doivent déménager, les enseignants risquent davantage les poursuites que les agresseurs en classe, les jeunes travailleurs rament davantage pour vivre que les oisifs et l'argent des trafics est blanchi du moment qu'il sert à payer les loyers, les Nike ou la voiture. La société commerciale est, en quelque sorte, une receleuse. Les forces de l'ordre doivent être vécues par tous comme une protection et non comme une menace. Il est donc urgent de revenir à la proximité, à l'implantation locale et à la mixité culturelle et géographique des corps, qu'il s'agisse de police ou de gendarmerie.
La seconde, c'est d'encourager l'effort gratuit, la vraie mixité sociale, une laïcité qui ne soit pas teintée d'hypocrisie. Les conséquences en sont d'abord, la remise en activité d'un service civique universel, fondamentalement non destiné à un usage militaire mais orienté sur le service solidaire à travers tous les ministères et ouvert sur l'international. C'est l'occasion aussi bien de battre en brèche les préjugés, d'apprendre le respect de l'autre sexe et de l'âge, le respect du travail que de rebâtir l'esprit républicain. Ensuite, il faut réaliser un véritable effort d'urbanisme qui ne soit pas du replâtrage. L'inévitable conséquence en est la remise en cause non du système d'attribution des logements sociaux mais de leurs principes de gestion. En particulier, il faut travailler dans trois directions : la construction de logements neufs en accession sociale et pour les jeunes, l'introduction du principe de baux sociaux 3-6-9 renouvelables automatiquement si les conditions de ressources et de bon voisinage sont respectées, le travail déjà largement entamé non seulement sur la qualité des logements mais sur celle de leur environnement : on ne respecte qu'un environnement digne.
Enfin, il faut stopper la dangereuse tendance à faire aujourd'hui de l'Islam pratiqué normalement le principal ennemi de la laïcité : la vraie laïcité ne repousse pas les religions ni même leur enseignement mais elle refuse de leur déléguer l'enseignement. Or, sous couvert parfois de chrétienté ce sont, finalement, les "valeurs" matérialistes imprégnant la politique des gouvernements et la vie en société d'aujourd'hui que les "jeunes" cherchent aujourd'hui à repousser et la religion peut leur servir de prétexte ou d'appui sans être pour autant à l'origine de leur "combat". On ne combat pas une réaction fondamentalement saine même si elle est exploitée ou donne lieu à des excès, par les menaces, les replâtrages ni par la distribution de sucres mais en répondant aux aspirations exprimées.
Le ministère de l'Education Nationale -qu'on ne doit sous aucun prétexte confondre avec le corps enseignant- doit se réformer en profondeur et accepter l'intégration de ses efforts à ceux de la société et des collectivités. De lourdes erreurs y sont commises quotidiennement en matière d'"orientation" des jeunes, de priorités budgétaires, de longueur des cursus éducatifs, du rôle de l'enseignement technique et sur bien d'autres sujets comme la stabilisation et la valorisation des postes d'enseignants ou de directeurs et l'encadrement des élèves dans les lycées et collèges. Les associations de parents d'élèves ne posent pas forcément toujours les bonnes priorités et elles doivent, elles aussi, accepter de voir leur politique, non leur rôle, remis en question. Un Grenelle intellectuel du monde éducatif permettant à l'ensemble des acteurs de l' Education (et non des usagers du ministère qu'il faudrait d'ailleurs rebaptiser Instruction Publique) de s'interroger puis de proposer à l'Etat de nouvelles lignes de force éducatives serait probablement une bonne, voire indispensable démarche.
Quant à l'emploi, c'est d'abord par les entreprises qu'il est à créer. Mais c'est se faire des illusions, dans le monde que nous vivons aujourd'hui et que nous acceptons globalement, que de penser que les entreprises embauchent sur la base de primes gouvernementales, quelles qu'elles soient. Par contre en stimulant vigoureusement la recherche, les grands chantiers nationaux et internationaux qui présupposent une forme de planification, la requalification urbaine et de façon générale les investissements durables, on rentabilise l'argent public parce qu'on initie l'emploi. De traces de tout cela dans la politique gouvernementale, on ne voit rien, au contraire ! L'obsession de baisser les impôts de quelques-uns et de réduire la "dépense publique" au petit bonheur et aux dépens des ministères les plus faibles et les plus utiles gomme tout.
Un dernier point, et il est essentiel : en cassant systématiquement toutes les occasions de vivre ensemble, en refusant de remettre en cause des systèmes ossifiés qui ne fonctionnent plus ou très mal, en s'attaquant aux bons côtés de l'Etat sans en éliminer les défauts, en s'obstinant à valoriser un système économique qui par définition est une chose et non une idée ou a fortiori une valeur, on accroît progressivement le fossé entre les nouveaux ou les futurs Français et les anciens et l'on crée, lentement mais sûrement, un profond sentiment d'injustice qu'il est tentant et parfois justifié d'assimiler à du racisme. Dès lors, la boîte de Pandore est ouverte et tout peut en sortir.
La France, comme souvent, est en avance dans les difficultés sur ses partenaires européens, peut-être parce qu'elle assimile de façon plus rapide mais plus heurtée la richesse humaine qu'apporte son ancien Empire. Elle dispose cependant d'atouts maîtres qu'il nous appartient de faire valoir : l'idée laïque et républicaine, la culture de notre langue, la place dans le monde de notre pays. En nous appuyons sur eux, sachons faire vivre un vrai changement, qui n'a rien à voir avec le libéralisme en peau de lapin européen prôné par d'anciens hauts fonctionnaires. Si nous voulons prendre au sérieux les avertissements qui nous sont donnés, c'est la condition d'une évolution positive, qui bénéficiera à tous.
Pour aller plus loin, je vous invite à lire en ligne le chapitre sur l'éducation de mon livre !
7 novembre 2005 dansreflexions - Société et vie pratique | Permalink | Commentaires (5)
Réforme, Rupture... ou Réaction
Réforme, rupture. Voici deux termes abondamment cités dans les discours des candidats "nominés" de droite et qui tranchent, intentionnellement peut-être, avec la définition même du conservatisme lequel consiste en principe à bouger le moins possible. Il est vrai qu'en échange, on nous propose parfois, à gauche, d'indexer la politique de la France sur la moyenne pondérée de celle de 24 autres états européens géants ou nains, en d'autres termes de "faire" du conservatisme international inspiré de "valeurs" économiques et confessionnelles...Toujours la perte des repères politiques ! Réforme ou rupture. Avons-nous ici affaire à des mots creux ou ces mots sont-ils porteurs d'une substance politique quelconque qui mériterait intérêt ?
Revenons à nos candidats conservateurs qui sont sous les ordres, dans les stalles de départ de la course d'entraînement du Grand Prix du Président de la République et montent l'un, Réforme, l'autre Rupture. Peut-être ont-ils un peu vite oublié un outsider qu'ils prennent déjà tous deux pour un tocard... mais c'est là une autre histoire.
Ils ont en commun une analyse globale, dont certains media se font d'ailleurs complaisamment et quotidiennement l'écho au travers de leurs chroniqueurs économiques, les mêmes qui nous vendaient il y a peu le Oui au référendum du TCE. Selon cette analyse, la France serait un pays vieilli, où sous l'effet d'un secteur public hypertrophié et d' un "confort" social excessif, on prélèverait trop d'impôts sur le particulier et trop de charges sur l'entrepreneur. L'un serait détourné de consommer suffisamment, l'autre d'entreprendre. Aussi, les deux moteurs de la croissance, fatigués ou usés, ne permettraient-ils plus à notre pays une expansion suffisante pour générer de nouveaux emplois. La "flexibilité" insuffisante de l'emploi, l'insuffisante libéralisation des services publics nuiraient à une concurrence efficace sur les marchés du travail et des services. L'entrepreneur entreprendrait moins, le consommateur consommerait moins et plus cher, les fonctionnaires fonctionneraient trop. En face de ce triste constat, une seule conclusion possible : il faut "réformer" tout cela, et vite !
Mais c'est politiquement bien difficile, surtout dans le court délai qui nous sépare de l'arrivée de la course présidentielle. Et puis, sauf à se lancer lui-même dans ladite course, le propriétaire du cheval Réforme n'est pas, socialement, un révolutionnaire et pour cavalier que soit souvent son discours, son allure est, elle, des plus flottantes. Et il est plus aisé d'annoncer les baisses d'impôts ou la réforme de la taxe professionnelle que de les réaliser à court ou même à moyen terme, sauf à provoquer de dangereuses ruptures sociales. Loin de cravacher donc, son jockey trotte au train et cultive une image évolutive qui aurait l'avantage de pouvoir aussi, en temps utile, rassembler en interne aussi bien qu'en externe. La "réforme" en cours ne porte finalement que sur des sujets politiquement visibles mais économiquement et même budgétairement sans intérêt, tels que la privatisation partielle de quelques entreprises nationales ou celle de l'ISF. Le caractère sensationnel de la démarche occupe le public et la classe politique mais sur le fond il ne se passe rien car la course est, une fois de plus, tactique.
Du côté de Rupture, le calcul est différent. En dramatisant la posture, ce qui n'est d'ailleurs pas étonnant pour un ancien avocat, le cavalier cherche à provoquer le démarrage effectif de son concurrent. Mais ce faisant, il risque lui-même le départ au galop et la disqualification. On s'évertue à donner l'illusion de la nouveauté, à travers la violence du vocabulaire, les attitudes théâtrales ou inattendues, les sous-entendus lourds de menaces. Contredire ses propres sous-ordres en direct, vouloir allier ouverture apparente et fragile détermination, masquer le caractère flou du projet alternatif sous l'affirmation brutale d'une rupture, avec quoi et avec qui, c'est tout le personnage. La cravache brandie impressionne peut-être la monture umpienne mais pas grand'monde derrière les lisses car ici les propositions ne sont même pas esquissées ou ébauchées. Elles sont carrément absentes ou reprennent sous un autre nom d'anciens schémas.
Dans les deux cas l'imagination, carburant indispensable de toute réforme rompant ou non avec le passé, manque à peu près totalement et ce ne sont que les personnalités ou plutôt les images qui sont en concurrence, non les programmes ou même simplement les idées. Les thèmes éculés par contre, abondent : "Fini les vacances, le peuple doit travailler davantage"; "Trop de fonctionnaires, trop d'Etat"; "Davantage de prestations, moins d'impôts"; "Les avantages personnels motivent le patriotisme d'entreprise". De vraie réflexion économique et politique adaptée à l'époque actuelle et novatrice, point. Une partie de cache-cache avec les nuages de la conjoncture côté Galouzeau, un exercice de style tragi-comique de l'autre. Nous verrons ce que nous réservera la suite de la course mais pour l'instant il n'y a guère de motifs d'être particulièrement optimistes.
Et pourtant, si ce n'était pas dans le nivellement des salaires par le bas, la généralisation de la précarité, les rodomontades sans aucun effet pratique sur le niveau de la sécurité, qu'il fallait rechercher des solutions ? Si la conjoncture internationale soi-disant tirée par le marché américain ne reflétait en fait qu'une prise permanente d'initiatives par l'hyper-puissance sur des bases de dépense publique financée par le crédit international et dont les marchés ne font qu'enregistrer et sanctionnée une dérivée, à savoir les commandes passées aux grandes entreprises internationales ? Si la politique - à travers une nouvelle planification d'investissements européens et nationaux- pouvait retrouver un rôle positif et constructeur dans son rapport à l'économie, au lieu du rôle gaspilleur, guerrier et destructeur des ressources planétaires qu'elle joue souvent ?
N'en déplaise à nos Chicago Boys hexagonaux, c'est l'initiative et l'affirmation de soi dans le concert international qui sont le moteur d'un pays en expansion économique et culturelle et non la rétractation sociale, humaine et politique. La réforme est bel est bien nécessaire, mais ce n'est pas une réforme purement négative qui s'attaque au "trop de.." avant de se poser la question des moyens et des fins, c'est une réforme intelligente. Ainsi, il n'y a pas "trop de dépenses sociales" : il y a la question de savoir comment les Français devront financer un niveau de sécurité sociale et médicale exemplaire. Il n'y a pas "trop de dépenses de défense" : il y a la question de savoir comment et à qui répercuter les coûts que le contribuable français supporte dans l'intérêt de la sécurité européenne. Le niveau de salaires et de charges n'est pas en soi "excessif", il doit être mis en relation avec la valeur ajoutée et le niveau d'imposition directe susceptible de financer des retraites suffisantes. La charge de l'emprunt n'est pas une mauvaise chose en France et une bonne aux Etats-Unis, du moment qu'elle finance des investissements porteurs d'avenir et non des déficits que devrait financer, précisément, l'impôt direct. Et ce n'est certes pas avec des cadeaux faits aux porteurs de stocks-options issus ou non de l'ENA qu'on préviendra l'expatriation des capitaux, c'est par une réglementation européenne et française stricte sur la permanence des capitaux d'entreprise. La question des retraites, liée au temps de travail et à la durée de l'emploi est essentielle, elle ne peut se résoudre que dans une concertation globale qui instruira le vote des Français car elle dépasse le niveau gouvernemental. Enfin, il n'y a pas "trop d'Etat", il y a la nécessité que l'Etat apporte une véritable valeur ajoutée et la seule avancée réalisée dans le sens d'une meilleure évaluation des politiques publiques -sanctionnée par la loi LOLF- n'est guère imputable à nos deux candidats.
Or a-t-on ouï, sur Rupture ou sur Réforme, parler clairement et autrement que sur un plan anecdotique de ces questions essentielles et aussi d'autres sujets fondamentaux comme l'urbanisme, les transports, la garantie de l'accès de tous à une énergie bon marché, au logement, à la citoyenneté pleine et entière. C'est bien ici que l'on boucle : sous prétexte de modernité, le discours de nos deux candidats conservateurs renoue bien avec les vieilles antiennes. Il n'entend pas vraiment réformer mais au contraire ramener un cadre ancien, où les plus riches -qui ne sont pas forcément les plus entrepreneurs- reprennent le haut du pavé, où règnent les impôts indirects qui taxent le plus les petits revenus, où la flexibilité s'exprime à fond en défaveur des plus démunis, où l'insécurité n'est pas la conséquence d'un déficit éducatif, d'erreurs d'urbanisme et du manque de moyens de la justice mais le fait exclusif d'une incertaine "racaille" que l' on vilipende à micro que veux-tu. Un monde où l'"Europe" bourgeoise communierait autour de la concurrence la moins faussée et d'un ultramontanisme qui revient très fort.
Ainsi donc les deux poulains de la droite ne sont séparés qu'en tactique. L'idée qui les rassemble n'est pas de découvrir un nouvel élan. Elle est de gouverner la France sur la base des bons vieux idéaux conservateurs. Cette tendance porte un nom, c'est celui de Réaction. Sans incarner encore le côté excessif du terme, elle ne peut que l'avoir pour fin ultime car le manque d'énergie autonome, la défausse sur une "Europe" de plus en plus conservatrice, la destruction permanente des structures solides du pays sans qu'elles soient remplacées par une armature moderne tendue vers un but politique positif, la gourmandise des milieux patronaux, la surenchère avec l'extrême-droite, tout cela ne peut que déboucher non sur l'avenir, mais une situation de crise sociale et d'impasse politique. C'est précisément cet enchaînement qu'il nous faut rompre, par nos votes et par un comportement politique exigeant.
1 novembre 2005 dansreflexions - Politique | Permalink | Commentaires (0)






