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Tout bien réfléchi....

...c'est non !

Non pas non à l'"Europe", bien sûr, mais non à un texte qui ne convient pas. Cette histoire de "Constitution" européenne, c'est à la fois l'essai de rattrapage d'un échec, une confusion sciemment entretenue et un exercice paradoxal.

L'essai de rattrapage d'un échec car le sommet de Nice s'était bel et bien planté, la négociation butant sur le zèle des nouveaux adhérents à exiger leur place, une forme d'hypocrisie des "majors" européens et -déjà- l'absence totale de véritables objectifs sociaux. Pourquoi pas ? Mais dans ce cas une "Constitution" destinée en fait à redorer un blason étoilé, n'est pas nécessaire. Un nouveau Traité convient parfaitement, dans le même esprit que les précédents et les nuages de fumée autour des Droits de l'Homme ne changent rien à cette réalité.

Une confusion sciemment entretenue entre deux traductions du même mot, ensuite. Il y a d'une part, le terme anglais "constitution" que les anglophones comprennent comme "statuts", l'"Europe" restant dès lors un club auquel il faut bien un règlement, qui peut toujours être amendé. A l'opposé, le terme en français, dont tout Français entendra qu'il doit s'agir d'une texte court, renfermant des principes moraux et civiques forts, et stable dans le temps. Clairement, ce texte n'a pas les avantages d'une authentique constitution mais il en a l'inconvénient : il est quasiment pérenne.

Enfin, l'exercice paradoxal est sans doute le plus remarquable : de nombreux dirigeants politiques, pour qui décidément chaque élection se transforme en primaires de parti les concernant, s'y livrent avec délices.

A gauche, on démontre brillamment que plus le libéralisme s'affirme dans le texte comme dans la réalité du climat économique et politique actuel, plus ce texte est social et riche d'espoir pour les travailleurs. En avalisant une vraie-fausse constitution chrétienne-démocrate d'où la laïcité est chassée par un droit prioritaire à l'expression religieuse, on affirmerait bien sûr son socialisme ou son radicalisme... Mais comment donc ! Et de botter joyeusement en touche sur les vrais problèmes : emploi, logement, transports, fonctionnement démocratique, que l'Europe libérale n'est pas près de résoudre, tout simplement parce que ce n'est pas son but. Parlons plutôt des Turcs ou du péril jaune!

A droite on achève, au nom du gaullisme, de démolir l'oeuvre du général de Gaulle . Sur ses ruines fumantes, la conférence de l'OTAN se tient déjà à Nice. La mission culturelle française dans le monde est passée par pertes et profits. La France se soumet, à la fois à l'atlantisme, au capitalisme le plus classique et au système des partis qui confisquent le choix du peuple en fonction de leurs propres objectifs. Le général, qui avait aussi des idées sociales, doit se retourner dans sa tombe en voyant une Banque Centrale Européenne indépendante des objectifs de croissance mais pas des intérêts financiers..ou des hauts-fonctionnaires fossoyeurs du Service Public en France !

A gauche comme à droite, il s'agit de museler une véritable campagne, jugée dangereuse pour la pensée unique de rigueur, en maniant la discipline de parti ou l'amalgame. Vieilles recettes, toujours efficaces. En fait, si l'issue du référendum n'était pas celle prévue, c'est surtout les cartes de la présidentielle française qui seraient à nouveau brouillées.

Alors, que faire ?

Tout d'abord, ne pas se laisser impressionner par les menaces d'apocalypse européenne ou les grand'messes rassemblant des chefs d'état ou de gouvernement européens au standing variable : la libre pensée et le libre vote existent encore ! ils peuvent avoir de bonnes raisons, locales ou non, de pousser un oui français. C'est leur droit, car en Europe on vote déjà par ordre et non plus par tête (quel progrès !) mais ce n'est pas pour autant notre intérêt.

Ensuite, proposer une remise à plat en distinguant bien deux choses : un nouveau Traité reprenant l'essentiel des dispositions qui encombrent le texte proposé, lequel a d'ailleurs très peu de chances d'être adopté en l'état, en France ou ailleurs, avec le degré d'adhésion populaire qu'une véritable Constitution réclamerait. En matière internationale, le vide juridique n'a jamais tué personne et il est possible de le faire dans délais raisonnables.

Quant à une authentique Constitution, plus durable, s'il en faut une, elle doit être négociée séparément et tranquillement. Les textes constitutionnels, en effet, ne précèdent pas l'identité, ils la sanctionnent. Et leurs piliers doivent être moraux et non économiques voire simplement financiers : même dans la constitution américaine, on n'est pas allé jusqu'à rendre la banque centrale indifférente au développement économique, condition nécessaire mais non suffisante du progrès social.

Et en ce qui me concerne, je ne suis pas près de voter pour la banalisation de la France et du français, la priorité donnée à l'expression religieuse voire sectaire, l'adhésion couverte à une OTAN qui n'a même plus le mérite d'avoir un sens au plan militaire. Tout cela ne reflète que l'invasion externe et interne d'une "philosophie" économique et politique qui, aux Etats-Unis, montre déjà d'inquiétantes dérives. Même causes, mêmes effets. S'imaginer qu'avec une "constitution" qui met l'économie à la place de la morale, l'Europe resterait miraculeusement préservée de toute dérive, est une douce illusion : nous avons échappé de peu à un commissaire réactionnaire chargé des questions de justice et de droits de l'Homme et, un peu partout, les tendances fascisantes renaissent avec le changement de génération. Ce n'est pas cette constitution-ci qui nous en protégera.

C'est bien le texte qu'il faut changer, non notre attitude vis-à-vis du vote bloqué proposé par les chefs politiques. Il faudra donc le travailler, ce texte. Pourquoi pas ? Les plus "européens" ne sont pas peut-être pas ceux qui pratiquent l'eurolâtrie dans leurs discours, mais ceux qui ne mettent pas l'Europe au service d'enjeux nationaux, sans véritable souci pour la solidité de sa construction ou plutôt de son évolution.

Vaut-il mieux une adhésion authentique des peuples qui laisse du temps au temps ou un vote sceptique, avec un taux d'abstention impressionnant, de collections de textes incompréhensibles ou malins ? Il n'y a en tous cas pas le feu à cet endroit.  Au quotidien, par contre, il y aurait pour les politiques bien d'autres chats à fouetter pour trouver des solutions, afin que les Français vivent mieux avec plus d'emploi, moins de stress, plus de temps et de services pour leur vie de citoyen.

En tous cas, c'est mon avis et je le partage, j'espère, avec beaucoup d'entre vous !

13 février 2005 dans reflexions - Europe et International, reflexions - Politique | Permalink

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Commentaires

Vraiment Oui au projet européen.

Jean, tu me déçois beaucoup, et j'aurais pensé pouvoir te compter parmi les européens convaincus. Car ce TCE qui a des défauts comme tout texte de compromis (y-a-t-il une seule loi de la République qui serait parfaite ?). Le TCE a été élaboré par les représentants de tous les partis et de tous les parlements issus de 25 pays européens et ne constitue qu'une nouvelle pierre à l'édifice européen qui se construit depuis 50 ans.

Au moment où les Verts rallient avec bonheur le Oui, tu as encore quelques mois pour changer d'avis, ce que j'espère sincèrement.

Yann Fradin

Rédigé par: Yann Fradin | 15 févr. 05 23:42:33

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