samedi, 23 juin 2007
On y va !
Question politique, les Français auront été gâtés en 2007 et 2008 ! Après les élections présidentielles, les élections législatives. Et après une petite pause vacances, ce sont les élections municipales qui pointeront à l'horizon : on se rapproche de plus en plus du terrain !
Pour changer d'échelle, les choix n'en sont pas moins importants. Mais si les enjeux de la vie quotidienne comme ceux de l'avenir de la collectivité locale sont bien sûrs liés à la politique nationale, les critères de décision sont différents. Le facteur humain devient essentiel voire prédominant, le rôle des étiquettes de partis et de l'envahissant marketing politique se tempère. Le citoyen doit juger d'enjeux qui ne sont pas forcément plus simples mais qui sont, pour beaucoup d'entre eux, plus visibles. Il s'attachera, le jour venu, à apprécier un bilan, à estimer la qualité et la cohésion d'une équipe, enfin à jauger la pertinence d'un programme.
De leur côté, les responsables locaux doivent, à l'approche des échéances qui détermineront de la poursuite éventuelle de leur mandat, faire en quelque sorte leur examen de conscience. Ont-ils été fidèles à leurs engagements, ont-ils obtenu des résultats et apporté à leurs concitoyens le "plus" qu'ils attendaient dans leur vie quotidienne et pour leur avenir et celui de leur famille ? Ont-ils su s'entourer et diriger leurs équipes avec respect ? Ont-ils été d'abord à l'écoute, non de leurs idées personnelles ou de celles de leur parti mais des aspirations légitimes de la collectivité ? Ont-ils su garder le dynamisme, la créativité, l'équilibre, l'énergie nécessaires au difficile métier d'élu local ? Enfin et surtout peut-être, ont-ils encore l'envie qui est la base de l'action ?
Et comment cela va-t-il se passer à Chaville en mars prochain, dans une ville qui depuis douze ans vote à droite aux élections dites "politiques" (présidentielles ou législatives) et à gauche aux élections locales (cantonales et municipales) ?
En accédant à la mairie en 1995, après quelque 25 ans de gestion UDF/RPR, l'équipe d'union voulait d'abord montrer son attachement à la démocratie et travailler pour tous les Chavillois. Elle voulait aussi démontrer qu'on pouvait avoir une véritable vision d'ensemble de la ville. Une vision sociale, moderne, équilibrée mais aussi créative, humaine, futuriste même sous certains aspects. Un puzzle qui se met en place progressivement, même si en commençant on en distingue mal la logique.
Avoir une vision d'ensemble de la ville, c'est d'abord pratiquer un urbanisme de qualité. Avant 1998 -car il a faut 3 ans pour mettre en place un POS- l'urbanisme à Chaville se faisait en appliquant les règles -minimalistes- du Règlement National d'Urbanisme. Résultats : l'absence de centre ville organisé, le mitage inextricable d'immeubles hétéroclites le long des grands axes qui sectionnent le tissu urbain (ex-RN 10, Chaville-Vélizy, Pavé des Gardes), la prolifération d'immeubles élevés près des forêts et la spéculation foncière en général, y compris sur des espaces communaux, verts ou non. L'urbanisme à la serpe et au kilo des années 60/70 a aussi sévi à Chaville, provoquant divers problèmes : l'éparpillement des commerces, nuisible à leur pérennité ; l'ancrage de tranchées urbaines aujourd'hui inutiles sauf une heure chaque matin ; le caractère massif de la zone dite de rénovation, générateur de difficultés dont seule une action tenace dans le temps permet de venir à bout tels que l' apaisement et la requalification nécessaires - et bien avancés- au quartier du Doisu.
Notre stratégie a été, et elle reste, de remettre les choses à leur bonne place, de rétablir l'équilibre urbain.
Redonner ou plutôt donner un centre à Chaville, qui existe depuis le Xème siècle mais n'a jamais eu de centralité, était indispensable. Cette opération, risquée au plan politique car changer est toujours plus risqué que de ne rien faire, a été longuement concertée, pesée, étudiée afin de construire un projet de synthèse qui poursuit simultanément plusieurs objectifs : dynamiser la ville dans le cadre du développement durable, créer entre nos deux forêts un trait d'union vert au travers de l'avenue Salengro, affirmer un espace de vie et de convivialité dont Chaville manque cruellement et au global, conforter l'image de Chaville, Porte verte de Paris. Le tout, dans la sécurité financière car, contrairement à la construction de bâtiments de prestige, on est ici dans un développement qui s'autofinance très largement par la revente de charges foncières, quoique la densification y reste parfaitement raisonnable. Pour une fois, le prix élevé du foncier dans notre zone jouera dans le bon sens car la ville est déjà très largement propriétaire des emprises et elle pourra récupérer sa mise sans avoir dû demander au contribuable d'effort supplémentaire.
Mais l'urbanisme chavillois ne se réduit pas au centre ville, loin de là. Il s'agit aussi de réduire progressivement le côté "tranchée" de la RD 910 qui, à juste titre, a choqué et choque encore des générations de Chavillois. Nous avons une autre préoccupation, tout ausi importante : protéger le caractère des zones d'habitat résidentiel au travers de la qualité des constructions réalisées, du maillage étroit mais non rigide du POS et bientôt du PLU qui viendra s'y substituer, d'une trame d'espaces verts, d'oeuvres artistiques et de circulations douces.
Ici, un vrai débat existe. Ce travail à caractère patrimonial, progressif mais indiscutable aux yeux de ceux qui habitent Chaville depuis longtemps, est difficile. Il ne saurait en effet s'assimiler à la volonté de maintenir par principe, de façon irraisonnée et avec des motivations pas toujours très claires ou parfois trop claires, tout ce qui existe. Un bâtiment n'est pas nécessairement de qualité ou utile à la ville parce qu'il est plus ou moins vieux. Un bâtiment neuf n'est pas forcément une mauvaise chose parce que son élévation déplaît au voisin. Mais si l'on regarde objectivement les choses, on constate que les rares constructions modernes réalisées depuis 1998 en milieu résidentiel s'y sont bien intégrées et en général le valorisent. Inversement, de nombreux bâtiments-témoins ont pu être conservés dans de bonnes conditions : ne confondons pas "résidentiel" et "pavillonnaire" ni patrimoine et bâtiments périmés.
Une autre articulation essentielle de l'urbanisme est le développement durable, même si celui-ci a un champ encore plus large. Et depuis des années, la ville en a fait non seulement l'objet d'une réflexion mais celui d'une pratique constante. Du tri sélectif à la cogénération, de la qualité des constructions à la réutilisation des bâtiments, des toitures végétalisées à l'énergie photovoltaïque, de la Maison de la Nature à la charte "développement durable" du Centre Ville, nous agissons et continuerons à le faire, avec nos moyens et ceux d'Arc-de-Seine.
Ainsi, en abordant le seul sujet de l'urbanisme, et encore superficiellement, nous en arrivons à une conclusion simple : un travail de fond a été entrepris, en union avec les élus bien sûr mais aussi avec les personnels de la ville et de la communauté d'agglomération. pour que Chaville trouve l'équilibre urbain qu'elle mérite et qu'elle n'a jamais eu, tout en confortant les caractéristiques qui en font un lieu de vie privilégié et en tous cas recherché : environnement vert, qualité des transports, mixité sociale et calme.
Ce constat est éloquent. Comment dès lors se dérober à notre responsabilité et ne pas souhaiter mener à bien ce qui a été commencé et porte de premiers fruits ? Comment ne pas vous dire, chers Chavillois, que nous vous demanderons bientôt, à nouveau, de nous faire confiance ? C'est clair : en mars 2008, je vous proposerai de conduire une nouvelle équipe, dans l'esprit d'unité et de progrès constant qui a toujours présidé à notre travail.
Et dans de prochaines notes, nous examinerons le travail réalisé dans d'autres domaines de la vie urbaine, comme la mise en oeuvre de la solidarité, la construction de l'éducation et de la prévention sociale, le travail pour la santé, le grand âge ou le handicap, le sport et la culture ou les finances et l'intercommunalité.
juin 23, 2007 dans Vie politique | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
mardi, 21 juin 2005
Deux propositions de loi...
Roger-Gérard SCHWARTZENBERG, Ancien ministre et Député (PRG) du Val-de-Marne, a déposé en mai dernier, parmi d'autres textes, deux bonnes (à mon avis)propositions de loi concernant la sauvegarde des libertés (droits de la défense) et le progrès scientifique (clonage thérapeutique).
Vous en trouverez ci-après les textes et l'exposé des motifs, qui sont rédigés de façon claire et explicite. Je ne les paraphraserai donc pas. Deux remarques cependant sur le contexte politique de ces deux questions.
La première, c'est le caractère tout de même très contorsionniste de la majorité UMP à l'Assemblée Nationale. Pour suivre les évolutions et les contradictions de l'exécutif, qui dans ce pays reste tout de même l'inspirateur (si l'on ose encore dire) du législatif, il faut avoir l'échine bien rodée. Pour suivre à la fois le calife en place et le protovizir qui aspire à le remplacer, davantage encore. Entre la philosophie plutôt radicale-socialiste de Jacques Chirac et les discours (si ce n'est les idées) réactionnaires, au sens propre du terme, de Nicolas Sarkozy, ça ne ne doit pas être tous les jours facile à vivre, à l'UMP ! Quant au gaullisme, on ne voit plus très bien ce qu'il en reste ni d'un côté, ni de l'autre à part les drapés tricolores et la Marseillaise en fin de meetings.
La seconde, c'est l'existence d'une réaction qui touche, précisément, des domaines aussi distincts que la bioéthique et les droits de la défense. Dans le premier cas, en effet, on assiste à un raidissement qui reflète de plus en plus les positions actuelles de l'Eglise catholique : le clonage devient au sens propre, tabou et donc c'est un interdit quasi-religieux qui est porté. Dans le second, on s'attaque, en tirant comme d'habitude parti de tel ou tel incident local, à un principe fondamental : donner à celui qui se défend face à l'accusation publique toutes ses chances. On n'en est pas encore à Guantanamo, mais c'est sans doute surtout faute de moyens : l'esprit est le même...
1. Proposition de loi n° 2346 « l'Autoriser les recherches sur le clonage thérapeutique » :
a) Le texte en ligne sous format HTML.
2. Proposition de loi n° 2345 « Préserver les droits de la défense et le libre exercice de la profession d'avocat » :
a) Le texte en ligne sous format HTML.
juin 21, 2005 dans Libertés, Recherche, Science, Vie politique | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
dimanche, 13 février 2005
Tout bien réfléchi....
...c'est non !
Non pas non à l'"Europe", bien sûr, mais non à un texte qui ne convient pas. Cette histoire de "Constitution" européenne, c'est à la fois l'essai de rattrapage d'un échec, une confusion sciemment entretenue et un exercice paradoxal.
L'essai de rattrapage d'un échec car le sommet de Nice s'était bel et bien planté, la négociation butant sur le zèle des nouveaux adhérents à exiger leur place, une forme d'hypocrisie des "majors" européens et -déjà- l'absence totale de véritables objectifs sociaux. Pourquoi pas ? Mais dans ce cas une "Constitution" destinée en fait à redorer un blason étoilé, n'est pas nécessaire. Un nouveau Traité convient parfaitement, dans le même esprit que les précédents et les nuages de fumée autour des Droits de l'Homme ne changent rien à cette réalité.
Une confusion sciemment entretenue entre deux traductions du même mot, ensuite. Il y a d'une part, le terme anglais "constitution" que les anglophones comprennent comme "statuts", l'"Europe" restant dès lors un club auquel il faut bien un règlement, qui peut toujours être amendé. A l'opposé, le terme en français, dont tout Français entendra qu'il doit s'agir d'une texte court, renfermant des principes moraux et civiques forts, et stable dans le temps. Clairement, ce texte n'a pas les avantages d'une authentique constitution mais il en a l'inconvénient : il est quasiment pérenne.
Enfin, l'exercice paradoxal est sans doute le plus remarquable : de nombreux dirigeants politiques, pour qui décidément chaque élection se transforme en primaires de parti les concernant, s'y livrent avec délices.
A gauche, on démontre brillamment que plus le libéralisme s'affirme dans le texte comme dans la réalité du climat économique et politique actuel, plus ce texte est social et riche d'espoir pour les travailleurs. En avalisant une vraie-fausse constitution chrétienne-démocrate d'où la laïcité est chassée par un droit prioritaire à l'expression religieuse, on affirmerait bien sûr son socialisme ou son radicalisme... Mais comment donc ! Et de botter joyeusement en touche sur les vrais problèmes : emploi, logement, transports, fonctionnement démocratique, que l'Europe libérale n'est pas près de résoudre, tout simplement parce que ce n'est pas son but. Parlons plutôt des Turcs ou du péril jaune!
A droite on achève, au nom du gaullisme, de démolir l'oeuvre du général de Gaulle . Sur ses ruines fumantes, la conférence de l'OTAN se tient déjà à Nice. La mission culturelle française dans le monde est passée par pertes et profits. La France se soumet, à la fois à l'atlantisme, au capitalisme le plus classique et au système des partis qui confisquent le choix du peuple en fonction de leurs propres objectifs. Le général, qui avait aussi des idées sociales, doit se retourner dans sa tombe en voyant une Banque Centrale Européenne indépendante des objectifs de croissance mais pas des intérêts financiers..ou des hauts-fonctionnaires fossoyeurs du Service Public en France !
A gauche comme à droite, il s'agit de museler une véritable campagne, jugée dangereuse pour la pensée unique de rigueur, en maniant la discipline de parti ou l'amalgame. Vieilles recettes, toujours efficaces. En fait, si l'issue du référendum n'était pas celle prévue, c'est surtout les cartes de la présidentielle française qui seraient à nouveau brouillées.
Alors, que faire ?
Tout d'abord, ne pas se laisser impressionner par les menaces d'apocalypse européenne ou les grand'messes rassemblant des chefs d'état ou de gouvernement européens au standing variable : la libre pensée et le libre vote existent encore ! ils peuvent avoir de bonnes raisons, locales ou non, de pousser un oui français. C'est leur droit, car en Europe on vote déjà par ordre et non plus par tête (quel progrès !) mais ce n'est pas pour autant notre intérêt.
Ensuite, proposer une remise à plat en distinguant bien deux choses : un nouveau Traité reprenant l'essentiel des dispositions qui encombrent le texte proposé, lequel a d'ailleurs très peu de chances d'être adopté en l'état, en France ou ailleurs, avec le degré d'adhésion populaire qu'une véritable Constitution réclamerait. En matière internationale, le vide juridique n'a jamais tué personne et il est possible de le faire dans délais raisonnables.
Quant à une authentique Constitution, plus durable, s'il en faut une, elle doit être négociée séparément et tranquillement. Les textes constitutionnels, en effet, ne précèdent pas l'identité, ils la sanctionnent. Et leurs piliers doivent être moraux et non économiques voire simplement financiers : même dans la constitution américaine, on n'est pas allé jusqu'à rendre la banque centrale indifférente au développement économique, condition nécessaire mais non suffisante du progrès social.
Et en ce qui me concerne, je ne suis pas près de voter pour la banalisation de la France et du français, la priorité donnée à l'expression religieuse voire sectaire, l'adhésion couverte à une OTAN qui n'a même plus le mérite d'avoir un sens au plan militaire. Tout cela ne reflète que l'invasion externe et interne d'une "philosophie" économique et politique qui, aux Etats-Unis, montre déjà d'inquiétantes dérives. Même causes, mêmes effets. S'imaginer qu'avec une "constitution" qui met l'économie à la place de la morale, l'Europe resterait miraculeusement préservée de toute dérive, est une douce illusion : nous avons échappé de peu à un commissaire réactionnaire chargé des questions de justice et de droits de l'Homme et, un peu partout, les tendances fascisantes renaissent avec le changement de génération. Ce n'est pas cette constitution-ci qui nous en protégera.
C'est bien le texte qu'il faut changer, non notre attitude vis-à-vis du vote bloqué proposé par les chefs politiques. Il faudra donc le travailler, ce texte. Pourquoi pas ? Les plus "européens" ne sont pas peut-être pas ceux qui pratiquent l'eurolâtrie dans leurs discours, mais ceux qui ne mettent pas l'Europe au service d'enjeux nationaux, sans véritable souci pour la solidité de sa construction ou plutôt de son évolution.
Vaut-il mieux une adhésion authentique des peuples qui laisse du temps au temps ou un vote sceptique, avec un taux d'abstention impressionnant, de collections de textes incompréhensibles ou malins ? Il n'y a en tous cas pas le feu à cet endroit. Au quotidien, par contre, il y aurait pour les politiques bien d'autres chats à fouetter pour trouver des solutions, afin que les Français vivent mieux avec plus d'emploi, moins de stress, plus de temps et de services pour leur vie de citoyen.
En tous cas, c'est mon avis et je le partage, j'espère, avec beaucoup d'entre vous !
février 13, 2005 dans Europe, Vie politique | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack
jeudi, 02 décembre 2004
Pour un radicalisme des années 2000
En vue du Congrès du PRG qui se tient à Lyon les 10,11 et 12 décembre prochains, je propose à nos amis une contribution dont le texte est reproduit ci-après à votre intention. Vos commentaires seront bien sûr les bienvenus !
Pour un radicalisme des années 2000
Si l’on observe la situation politique actuelle en France comme dans le monde, on ne peut qu’être frappé par le manque de cohérence dans le comportement de nombreux acteurs. Peut-être est-ce, d’ailleurs, ce manque qui est à l’origine des résultats parfois décevants de leur action et du désenchantement de l’électorat.
A l’analyse des législations récentes, au travers de l’évolution des structures, à l’examen des prises de position par rapport au projet de traité constitutionnel européen, la perte des repères devient de plus en plus évidente.
Ainsi, ceux-là même qui font du laïcisme – et non, selon nous, de la vraie laïcité- leur cheval de bataille dans les discours, ont conçu une loi qui se révèle de plus en plus clairement, dans les faits, être purement anti-musulmane ou anti-sikh. Personne n’est choqué, par contre, qu’un sénateur « de gauche » fasse voter un amendement prévoyant que les maires doivent financer des études dans des établissements confessionnels hors de leur commune ou que des établissements financés par l’Etat soient gérés par des religieux en habit.
Au point où l’on en est, l’article II-70 de la « constitution » européenne qui prévoit pour chacun « la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites » ne doit pas les choquer non plus..
D’autres s’affirment partisans du progrès social, du maintien de l’emploi et du caractère essentiel du service public. Au nom de la flexibilité de l’économie, de la mondialisation, du « réalisme », ils ont pourtant initié la privatisation de certaines entreprises publiques ou admis que, puisque tout le monde le faisait paraît-il en Europe, il était normal d’abandonner la logique du pavillon dans le domaine des transports, sans tenir aucun compte de la situation très particulière de la France. Hors de question, par contre, de toucher sérieusement au statut de certains organismes où des statuts de quasi-fonctionnaires se maintiennent pour des activités relevant déjà du secteur privé. Privatiser de droit ou de fait et dans les plus mauvaises conditions, certains secteurs essentiels pour la nation et le citoyen comme les transports, la santé, les communications et la Poste tout en en protégeant d’autres qui de toutes façons seront touchés par la marée libérale européenne, est-ce logique ? L’article III-203 du même texte ne prévoit-il pas de « promouvoir des marchés du travail aptes à réagir rapidement à l’évolution de l’économie ? »
Les zélateurs de l’usage exclusif du français en France, vecteur d’un enseignement égalitaire et laïc et qui combattent le maintien et le développement de cultures régionales pourtant utiles au bien-être culturel des gens, changent de logique dès qu’il est question de l’Europe.
Deux ou trois lignes sur la culture dans le projet de traité, contre des pages entières de détails oiseux sur des règlementations douanières, quelle importance ? Deux cent millions de francophones qui voudraient bien garder leur culture propre et croient encore à l’avenir du français ? Oubliés! On se contentera pour quelque temps d’un statut d’exception culturelle, en attendant de se plier à la règle…Mais l’incohérence ne s’arrête pas là : à l’heure de l’Europe l’enseignement des langues européennes autres que l’anglais recule au point que l’allemand devient une langue rare : pas de problème. Les lycées bi-nationaux se comptent sur les doigts d’une main, ce n’est pas grave. Et les millions de jeunes Français qui passent 500 heures ou plus les bancs de l’école à apprendre l’anglais avec un rendement final médiocre ou nul, ce n’est pas grave non plus. En tant qu’institution, l’Education Nationale n’est pas critiquable, c’est tabou !
Il y a aussi ceux qui rêvent avec impatience d’une Europe forte, indépendante, susceptible de faire pièce à l’Empire américain car la France et sa défense tous azimuts, c’est un passé ringard et dangereusement nationaliste, n’est-ce pas ? Ceux-là non plus ne craignent pas de se contredire: l’article I-41 stipule expressément qu’« au cas où un état-membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres états membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’art.51 de la charte des Nations Unies. Cela n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de défense de certains états membres. Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord qui reste pour les états qui en sont membres (le gros des états membres de l’UE, n.d.l.R. ) le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». Autrement dit, le tour est joué : la France rentrerait dans le rang, dès qu’on lui aurait fait ratifier un traité qui ne peut être modifié qu’à l’unanimité des états membres…donc pérenne !
Quant au projet de constitution européenne, et c’est là qu’intervient l’incohérence suprême, tous les éléments du credo chrétien-démocrate y sont réunis : « Valeurs chrétiennes » exprimées en litote sous la forme d’« héritage commun », Droit à exprimer ses convictions religieuses de toutes les façons possibles y compris dans l’éducation, Libéralisme fondamentaliste exprimé en tant que valeur dans une constitution, Référence expresse et tout aussi définitive à l’Alliance Atlantique, Fédéralisme fondé sur une forte inégalité de représentation entre les « citoyens » européens. Cette vision des choses est, bien sûr, respectable en tant que telle.
Mais en quoi a-t-elle un quelconque rapport avec le socialisme et encore moins le radicalisme tel que nous le professons : Discrétion religieuse au sein d’un état et d’une nation laïques, Indépendance de la France, porteuse d’une alternative culturelle et sociale ouverte à toutes les civilisations, Priorité absolue à l’Humain et au progrès social par rapport à l’économie qui n’est qu’un moyen, Défense de la dimension collective et de la solidarité au travers du service public ?
Les Chrétiens-démocrates et leurs alliés objectifs du PSE constituent peut-être une majorité au parlement européen, ils restent une minorité politique en France. L’habile manoeuvre de Valéry Giscard d’Estaing et de ses amis consiste à contraindre définitivement les Français à inverser le rapport de forces politiques interne à la France. Leur faire admettre de l’extérieur, au travers un fourre-tout institutionnel baptisé –c’est le cas de le dire- constitution (ce qui veut dire en anglais : statuts) ce qu’il n’a jamais réussi à leur vendre de l’intérieur, c’est la flèche du Parthe d’un ancien Président supérieurement intelligent. C’est bien joué. Bayrou est d’accord, Jean-Paul II d’ailleurs aussi.
C’est, de leur point de vue, normal et cohérent.
Ce qui paraît l’être moins, c’est qu’on puisse, au nom du radicalisme ou même du socialisme, défendre qu’un texte clairement inspiré par une philosophie qui n’est ni radicale, ni socialiste ni tiers-mondiste et moins encore sociale, doive devenir la loi fondamentale et définitive d’un groupe de pays liés, et c’est une bonne chose, par leur économie. En tout état de cause, et même s’il faut le faire prospérer, l’arbre européen ne doit pas nous cacher la forêt du monde pour devenir une véritable obsession et une pseudo-réponse à tous les questionnements..
Il est donc urgent, si nous voulons garder notre âme et continuer à exister politiquement, de nous reprendre.
Au lieu de rivaliser de zèle européo-atlantique avec l’UDF, nous devrions sans doute presser le gouvernement de renégocier intelligemment le texte issu de la Convention. Libérons-le du fatras administratif du titre III, de toute allusion à l’OTAN, des freins aux coopérations renforcées.
Evitons-lui la référence obsessionnelle aux principes de la libre concurrence et rétablissons le principe que si l’« Europe » doit un jour être vraiment politique, elle ne saurait poser en principe définitif qu’un Français ou un Allemand pèse trois fois moins qu’un Lituanien ou un Chypriote : une citoyenneté européenne ne saurait reposer sur une inégalité durable de représentation.
Quant à la laïcité, elle n’est pas négociable et autant la religion est à sa place dans la vie de chacun, autant sa manifestation ne saurait être admise. S’il en allait autrement l’Union Européenne s’acheminerait vers le même type de fédéralisme que les Etats-Unis, où un recul social est clairement en cours. Est-ce ce que nous voulons ? Le danger existe déjà, comme les récentes déclaration de certains commissaires et celles du candidat Sarkozy le prouvent à suffisance.
Mais même si l’Europe est d’actualité, elle est bien loin de constituer l’essentiel des préoccupations des Français ni la seule porte à leur avenir. Tournons-nous enfin vers le concret en faisant des propositions sur les problèmes qui intéressent réellement nos concitoyens. Logement, éducation, fiscalité, transports, santé publique, emploi des jeunes et des moins jeunes, urbanisme : dans tous ces domaines des disfonctionnements, des cohérences et un manque de dynamisme existent.
Retrouvons-y la trame du radicalisme : profondément proche des besoins de la population, créatif et capable de s’affirmer non en cultivant l’abstraction ou des préoccupations d’électoralisme local mais en apportant un plus concret à la résolution des problèmes.
Au lieu de cultiver un laïcisme empesé, sachons redonner à l’Ecole et plus largement à l’Education le supplément d’âme qui leur manque parfois, avec l’appui du monde enseignant.
Pratiquons une réforme de l’Etat intelligente, en nous attaquant à l’inefficacité des grandes citadelles tout en défendant vigoureusement les besoins de véritable service public. Fortifions la vie culturelle de nos régions au lieu de la combattre tout en développant l’aptitude des Français à s’exprimer internationalement.
Réfléchissons aux bases de notre société et aux moyens de la rendre plus juste, plus performante, plus attractive, plus enthousiasmante aussi que les professions de foi libérales.
Dans le même esprit, contraignons par une vigoureuse critique la majorité actuelle à abandonner une politique extérieure marquée par la prétention, l’inefficacité, les maladresses, l’abandon et le manque total d’imagination. Réveillons des liens amicaux et équilibrés avec le monde latin, nos partenariats avec le monde francophone, des rapports fermes mais courtois et positifs avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni.
Les Français ne doivent pas se contenter naïvement d’une exception culturelle qui n’aura qu’un temps, il doivent porter, avec nos amis du monde entier et pourquoi pas en Europe un message humaniste, conforté par des actes forts aux plans de la défense, de la culture, de l’écologie.
C’est le rôle de notre parti de les y aider.
décembre 2, 2004 dans Vie politique | Permalink | Commentaires (2) | TrackBack

