dimanche, 08 mai 2005
Bush se bouge...
Intéressant cette petite balade du président US aux marches de l'Est...Est-ce vraiment pour le plaisir de provoquer son camarade Poutine et de préparer dans les meilleures conditions possibles la prochaine partie d'un nouveau Grand Jeu en Asie Centrale ou ailleurs ? M'est avis que cette affaire a peut-être davantage à voir avec l' Europe.
En faisant vibrer la corde sensible du sentiment anti-russe qui a, dans les pays baltes ou en Pologne, des raisons d'exister, différents objectifs peuvent être poursuivis. Aux Etats-Unis mêmes, raffermir la fidélité politique des électorats originaires de ces pays. Lier plus fortement encore aux intérêts américains la frange orientale de la nouvelle majorité européenne comme cela s'est fait avec Madrid et Rome, en exploitant les tendances françaises à un Directoire européen avec l'Allemagne. Préparer peut-être une présence militaire américaine dans l'est du continent, du côté de Kaliningrad, qui compléterait la référence à l'OTAN dans le projet de traité constitutionnel et musèlerait bien les sorties russes sur la Baltique. Et, ce qui ne gâte rien, gêner la réimplantation économique et politique de l'Allemagne dans une zone qu'elle a traditionnellement sous son influence : il s'agirait de s'insérer entre la Russie et la RFA, qui sera probablement retenue comme partenaire n°1 des USA en Europe. Du concret, tout cela.
Ce qui semble sûr c'est que pendant que certains s'agitent sur leurs chaises en rêvant d' une Europe fédérale ou se livrent à la diplomatie spectacle, nos amis américains bougent et font valoir leurs atouts dans ce qui est censé être notre pré carré. A quand un déplacement officiel au Québec ou en Louisiane pour notre président ? Saint-Pierre et Miquelon, la Caraïbe, la Guyane, les endroits ne manquent pas pour que la France montre un nouveau profil, crée des universités régionales, fasse valoir son nouveau pavillon marchand, affiche sa culture et sa rupture avec le colonialisme et l'esclavage, propose de nouveaux espaces économiques de développement. L'affirmation d'une défense globale et d'un autre modèle politique doit se faire dans l'espace mondial, non en circuit fermé et dans un cadre géographique à la fois limité en indépendance réelle, en fondements éthiques et en faculté d'initiative.
mai 8, 2005 dans Politique extérieure | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
vendredi, 22 avril 2005
Le nadir de la politique ?
Et voici notre Grand Vizir parti pour la Chine, au moment même où ses amis politiques ou intellectuels luttent plus ou moins activement - on n'ose pas encore dire désespérément - contre le spectre grandissant d'un "non" du peuple français à l'avatar libéral-atlantique-chrétien d'Europe qu'on lui présente. Les uns et les autres font déjà donner les gardes, vieilles ou jeunes, tout en restant, pour la plupart d'entre eux, prudemment en arrière.
Dès l'annonce de son approche, déjà impressionnés par la stature et l'allant de notre Marco Polo, les Chinois ont sorti leur chéquier pour acheter de nombreux exemplaires d' Airbus, le célèbre avion européen. Nul doute que l'intéressé reviendra, triomphant et béni, faire la leçon à tous les mécréants qui prétendraient confondre dans leur vote leur appréciation très mesurée de sa politique - bien dans l'esprit du traité constitutionnel pourtant - et leur avis sur ledit traité.
Expédier en Chine ( pays qui, paradoxalement, incarne dans l'esprit de nombreux inconditionnels du TCE une justification majeure de leur position ) un Premier Ministre pour qu'il cesse de contribuer à la chute du oui dans les sondages, alors qu'il y a à faire, beaucoup à faire, en France pour que des millions d'entre nous vivent mieux voire décemment. Faire croire que les Chinois qui savent, eux, négocier signent avec un premier ministre français des affaires qu'ils n'ont pas faites avec le président de la République sans qu'une concession politique ou majeure leur ait été consentie (on saura l'un de ces jours laquelle, mais sans doute faut-il regarder du côté de Taiwan...). Confondre pour les besoins de la cause une aventure industrielle extrêmement positive entre entreprises nationales et privées de l'Europe et la tentative d'imposition à marches forcées d'un modèle politique qui n'a rien à voir avec le sujet. Conclure le tout par une nouvelle allégeance à Rome à travers une présence officielle, de mon point de vue tout-à-fait superfétatoire pour un état encore laïc, à la messe d'inauguration pontificale.
On atteint peut-être, avec cette nouvelle mascarade, le nadir de la politique française : un premier ministre de la République Française éloigné de ses tâches et métamorphosé en caravanier publicitaire d'une cause douteuse.
Or c'est à l'aune du comportement de leurs auteurs, me semble-t-il, qu'il faut juger les professions de foi, "européennes" ou non. Le rôle de la classe politique française, dans toutes les sensibilités, n'est pas de jouer les maîtres d'école dispensant de mauvais cours que n'illustre guère leur propre comportement . Il est de trouver des solutions pour le bonheur des gens, d'être efficaces.
L'ouverture des marchés, déjà réalisée pour l'essentiel en Europe comme en Asie ou ailleurs, y contribue jusqu'à un certain point. Pour autant, une politique sociale volontariste et proche des réalités du terrain reste indispensable, aussi bien comme garde-fou libéral que comme moteur du progrès. Le rôle essentiel du service public pour assurer l'égalité de tous devant les services doit être maintenu. Les structures d'état sont aussi indispensables à la solidité d'un système social que le squelette l'est au mammifère : ne confondons pas la malgestion d'un Etat aux mains de hauts fonctionnaires devenus les chantres du libéralisme en oubliant leur propre vocation et la nécessité de l' existence d'un Etat qui fait son travail, celui d'assurer le bon fonctionnement du type de société démocratiquement choisi par les Français, et non par d'autres. Ce qu'il nous faut, ce sont de vrais projets nationaux ou européens, raisonnables et positifs. Ils ne sauraient se réduire à danser en rond autour du totem de la libre concurrence pour faire tomber la pluie de la croissance économique.
Toutes ces évidences, notre premier ministre semble les ignorer et avec lui de nombreux adeptes de la fuite en avant. En allant en Chine inspecter les travaux finis ou -ce qui serait plus grave- prélever sur le crédit de la France à des fins de propagande à court terme, il risque de faire bientôt rimer vizir et nadir !
*Nadir : 1. Direction suivie selon la verticale et vers le centre de la terre 2. Point de la sphère céleste situé dans cette direction ( s'oppose au zénith) cf. grand Larousse
avril 22, 2005 dans Politique extérieure | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

