lundi, 30 mai 2005
L'Europe et les sophistes
Hier soir, dès les résultats du vote assurés, la classe politique française était conviée à s'exprimer à travers les étranges lucarnes. Une fois de plus, elle a accouché, à droite comme à gauche, d'une remarquable collection de sophismes apparemment destinés à rejeter les responsabilités sur les opposants internes, l'adversaire politique et même sur les Français eux-mêmes. Nous avons largement été jugés coupables d'empêcher l'"Europe" de tourner en rond, de ne pas obéir aux "consignes" des sous-officiers ( nos militants, qu'on avait pourtant gentiment consultés !), d'être trop stupides pour comprendre nos propres intérêts ou le fait que nous sommes maintenant engagés dans une mécanique européenne irréversible (?) qui rend impossible de renégocier un traité par définition non renégociable (c'est d'ailleurs pourquoi on nous demandait notre avis !).
Les conclusions tirées sont encore plus savoureuses. Le Président Chirac, qui aux applaudissements du camp du oui avait "mis son poids dans la balance", ne semble pas trop concerné et, puisant comme d'habitude une nouvelle légitimité dans le désaveu, parle d'un nouvel élan. Il est vrai qu'avec un premier ministre à moins de 25% de satisfaits..Les premier ministrables de droite ont laissé entendre qu'avec encore plus de dynamisme et de réformes ( = plus de libéralisme N.d.T.) la France aurait des solutions (!). Les responsables de gauche ouiouistes ne sont pas mauvais non plus. Après avoir dit aux Français qui ont débattu jusque dans leur propre famille ou au bureau qu'ils s'étaient trompé de débat, on leur explique que c'est bien la droite qu'il faut combattre (comme aux européennes). Ou bien, qu'il n'y a rien à faire, puisque les carottes européennes sont cuites et qu'il est inconcevable de démentir une négociation désormais figée dans le marbre. Décidément, la psycho-rigidité semble bien être caractéristique d'une bonne partie de nos "élites" politiques : les généraux et leurs états-majors sont clairement désavoués mais, comme en 17, rejettent les responsabilités sur le poilu. Ca bloque.
Alors, que faire ? Tout d'abord, sans doute, penser à l'essentiel c'est-à-dire à la situation économique. Pendant que le processus de ratification se poursuit - et il permettra sans nul doute à bien d'autres Européens de faire entendre qu'ils veulent une politique sociale et non un cartel libéral à leur tête-, travailler à faire des propositions économiques nouvelles, s'appuyant sur une dépense publique maîtrisée, une réflexion profonde sur les moteurs de la croissance et non sur la phobie du secteur public. Après tout, Keynes était Européen !
En même temps il faut relancer l'Europe par l'action concrète et les projets nouveaux dans le monde entier et non à travers une idéologie douteuse. Il faut aussi rassurer nos partenaires et leur faire comprendre nos intentions positives. Il faut construire et reconstruire, en Europe mais aussi au-delà de l'Europe, nos partenariats logiques et naturels : lancer une reconquista intellectuelle, économique et politique devient indispensable, loin des refuges frileux de l'"exception culturelle" (exception à quoi ?). C'est là et pas ailleurs que doit résider le changement nécessaire.
Parmi les peuples d'Europe qui ont eu droit à la parole directe (rappelons que l'abstention a été très large en Espagne et qu'aux Pays-Bas, en Allemagne ou au Royaume-Uni, il faut être aveugle pour nier que la base est mécontente), les Français sont les premiers à marquer une inflexion, une volonté d'autre chose. Face à la pensée unique vendue par la droite et parfois aussi relayée par la gauche, ils ont su s'exprimer de façon massive et réfléchie. Ecoutons-les avant d'agir pour la suite.
mai 30, 2005 dans Europe, Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack
mardi, 24 mai 2005
Le bon cocktail
Chirac, Jospin et leurs amis ont beau faire : multiplier les interventions "officielles" dans la campagne, taper plus ou moins ouvertement sur Laurent Fabius, faire venir en renfort tout le gratin du socialisme européen, gloser indéfiniment sur le texte proto-fédéral accouché du conclave européen semble ne servir de rien. Les Français n'ont pas l'air de vouloir les écouter et ils commencent même, semble-t-il, à s'impatienter d'entendre les appels au "sens des responsabilités" proférés par des gens qui n'en ont pas toujours donné l'exemple. Pas plus que bien d'autres Européens, ils ne sont prêts à accepter qu'on leur vende la coopérative européenne comme une boîte aux promesses politiques : ils connaissent trop bien le boniment chiraquien.
Les Français sont loin d'être les seuls à réagir : aux Pays-Bas, la victoire du "non" se profile ; au Royaume-Uni, Blair recule. En Rheinland-Westfalen, le SPD (et les Verts) ont subi une défaite historique dans un état fédéral gouverné depuis des décennies par les socialistes. Les analyses (lisibles par exemple sur le site du ZDF) font ressortir une profonde incompréhension pour des "réformes" dont les résultats positifs, pour les populations victimes de la crise économique, tardent terriblement à venir -s'ils viennent un jour (et pourtant, le premier ministre du Land est plutôt apprécié à titre personnel). Ils font aussi ressortir la perte de vitesse du parti vert et l'on comprend dès lors le zèle considérable déployé par le chancelier et aussi par Daniel COHN-BENDIT, chef du groupe Vert au parlement européen, pour intervenir dans nos choix : même à l'arraché, un oui français viendrait à point pour arranger leurs affaires, qui ne vont pas très bien.
La France est donc loin d'être le mouton noir de l'Europe. Et quoiqu'en dise le sieur COHN-BENDIT, les Français ne sont pas des bêtes qui ne veulent pas comprendre où est leur bien. Au contraire, ils posent, en particulier à gauche, des questions gênantes auxquelles l'establishment politique refuse de répondre. La principale me semble être celle-ci : pourquoi beaucoup de "socialistes" européens s'obstinent-ils à confondre le constat que l'économie de marché existe depuis toujours -constat qui n'implique aucune adhésion particulière- avec un réflexe conformiste par rapport aux théories libérales ? Le fait d'avoir, pour beaucoup d'entre eux, une culture de hauts fonctionnaires n'ayant fait au mieux que des "stages" sans risque et à haut niveau dans le secteur privé, n'explique pas tout.
La carence de la pensée économique sociale, l'audience insuffisante de la sociologie moderne et de la recherche en général, l'indigestion d'information qui conduit au comportement moutonnier ont aussi leur part dans ce désolant constat : la pensée de gauche est profondément contaminée par le libéralisme. Celui-ci est devenu, par un paradoxal retour des choses, plus matérialiste encore que le matérialisme historique qu'il a victorieusement combattu, tout au moins à travers son avatar marxiste-léniniste. Et sous prétexte de réalisme, de mondialisation, d'acceptation de rapports de force soi-disant définitifs avec l'hyperpuissance américaine, on en vient parfois, dans les rangs des leaders socialistes européens comme d'ailleurs dans ceux des Verts, à jouer sur les deux tableaux.
D'une part, on spécule sur la légitimité historique, l'ambiance de l'Internationale, la discipline de parti, les drapeaux rouges ou verts, les discours ronflants sur l' avenir social. On invoque sans cesse la solidarité, la fraternité, la laïcité et des tas de mots en "té" ou en "isme" (en français) censés justifier la fidélité électorale des ci-devant masses laborieuses. On voudrait bien aussi, parfois, bénéficier de la double représentation : une première fois grâce à la démocratie représentative et une seconde à travers la "société civile".
De l'autre on privatise à tour de bras, on en rajoute même parfois sur la banalisation du service public, on laisse aller le démantèlement de l'Etat, on ressort même faute de mieux la théorie de l'économie sociale de marché (Soziale Marktwirtschaft) qui reste un concept fondamentalement libéral, on maintient voire on développe certains privilèges économiques ou sociaux, on joue l'égoïsme social plutôt que la satisfaction des besoins de tous et pour finir l'atlantisme (vous comprenez, il faut bien changer et tout va si vite..).
Cette forme de schizophrénie ne peut, au bout d'un certain temps, qu' éveiller chez ceux qui souffrent dans leur vie quotidienne le sentiment d'être bernés. Ils ont donné leurs voix aux "socialistes", au sens générique du terme et se retrouvent avec une politique qui n'a pas grand'chose de socialiste. Mais ce qui est plus grave, on ne leur apporte aucun espoir, aucun projet concret qui justifierait les efforts réalisés par les classes populaires et plus généralement par ceux qui encaissent les dommages collatéraux du libéralisme et de la gestion technocratique de nombreux problèmes. Consommez, d'abord !
Où sont les perspectives pour les personnes vieillissantes à qui l'on fait maintenant la charité nationale ? Où sont les projets pour développer la satisfaction des besoins essentiels : emploi, logement, éducation ? Dès qu'on recherche des solutions, un silence assourdissant monte des rangs des partis. On reste dans l'attente d'une nouvelle approche keynésienne qui, au lieu de chercher à hiérarchiser le secteur public et le secteur privé au bénéfice de ce dernier, attellerait l'un et l'autre au service du bien commun.
Dans ce contexte, la future "Europe sociale", nouvelle invention des Pangloss modernes, ressemble un peu à la carotte qui se balance devant le nez de l'âne et qui est suspendue à une canne à pêche attachée au bât : plus l'âne avance, plus la carotte recule. L'économie européenne de consommation peine de plus en plus à soutenir la croissance alors que les Etats-Unis bénéficient de la traction des dépenses de défense et du crédit international et la Chine de l'explosion de marchés que nous avons nous-mêmes définis, en plus du sien. L'économie industrielle de l'Europe tend à se voir de plus en plus substituer celle du commerce, ce qui est à partir d'un certain point dangereux. Et nos agriculteurs de la terre ou de la mer sont devenus les hilotes de l'administration européenne, criblés de dettes et dépendant de la dernière circulaire de Bruxelles. Les problèmes sociaux fondamentaux : déficit éducatif, vieillissement global de la population, urbanisme inadapté, marchandisation de la santé, ne sont pas approchés au fond par de nombreux gouvernements. Quant à la "gouvernance européenne", on voit mal en quoi elle pourrait séduire quiconque et en particulier ceux qui en ont déjà fait l'expérience. Cela n'implique nullement de contester les mérites d'une confédération européenne, tant qu'elle ne se pique pas de se transformer en gouvernement fédéral d'une tour de Babel plus technocratique encore que les Etats existants.
Cette profonde insatisfaction se double, en France, d'une véritable inquiétude quant au devenir national. Qu'on le veuille ou non, la France n'est pas un pays européen comme les autres. Comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Chine ou le Portugal, elle n'est pas responsable de son seul destin mais aussi de celui de l'avenir d'une langue, d'une vision sociétale particulière assise sur un droit, une éducation, des principes de civilisation et une dialectique particulière de l'Etat. Cette vision, de très nombreux autres pays liés à la France par l'Histoire la partagent plus ou moins et de ce fait, la France n'est pas comptable seulement de son propre avenir mais de celui d'une alternative culturelle globale dans le monde. C'est un état souverain, au plein sens du terme, qui pratique une idéologie spécifique et exemplaire.
Aussi la majorité des Français ne souhaite-t-elle visiblement pas, à ce stade tout au moins, se fondre dans un système pratiquement inféodé à une idéologie chrétienne-démocrate respectable, sans doute, mais qui n'est pas la leur. De plus, au delà de sa propre existence et de principes généraux que toute démocratie moderne peut s'approprier, ce système n'a pas d'idéologie autre qu'économique. Or, les Français viennent de percevoir qu'à travers la rénovation des traités européens, "on" cherchait à leur vendre une France docile et muselée, qui parle quand c'est son tour dans un concert européen : en quelque sorte ils réagissent à Maastricht avec un temps de retard, ce que ne manquent pas de leur reprocher les Yes-men officiels. C'est leur droit cependant et la notion de peuple n'est pas en soi condamnable : que ceux qui sont prêts au nom du "réalisme" à accepter l'atlantisme européen, donc le leadership d'une nation ou rêvent d'une Europe fédérale et régionale qui prétend en constituer une et mêm plusieurs, y songent : la taille seule justifierait-elle le sentiment national et communautaire ? Que MM. Juncker et Barroso, qui à tout hasard parlent maintenant d'un second referendum, y songent : il ne fait pas bon jouer la carte forcée et s'ils le faisaient, ce seraient eux qui mettraient en jeu l'"avenir de l'Europe".
Déception sociale, inquiétude nationale, comment s'étonner que les Français refusent la fuite en avant et, avec bien d'autres Européens, n'acceptent pas, particulièrement à gauche, que leurs politiques les abandonnent et leur tiennent des discours décalés ? Mieux vaudrait chercher à les comprendre et à leur apporter les projets qu'ils attendent au lieu de leur reprocher d'être à la remorque de leaders trop divers. Y voir une contradiction, c'est impliquer que les Français sont inféodés à des partis ce que, Dieu merci, ils ne sont pas. N'inversons pas les valeurs : dans un cocktail ce ne sont pas les Français qui sont les glaçons et la classe politique, le barman. Le barman, c'est bien le peuple et le mélange est souvent bon à l'arrivée, si le barman sait bien secouer les ingrédients et les glaçons...dans son shaker.
Dimanche soir, nous seront fixés et il est fort possible que la France, comme elle l'a souvent fait dans son histoire, sache aiguiller une inflexion vers le futur qui engage aussi celui d'autres pays en refusant le fédéralisme qu'on lui vend sous prétexte d'améliorer les traités. Le train de l'Europe doit aller à la bonne vitesse sur la bonne voie, celle d'une libre confédération d'états européens où la France puisse garder ses marges de manoeuvre, affirmer sa vocation spécifique et s'inventer un nouvel avenir. C'est tout le sens du vote de dimanche et celui du travail qui reste à faire sur un nouveau Traité. Que ce message, qu'il soit délivré par les Français ou d'autres Européens, arrive à ses destinataires et qu'ils sachent le comprendre, c'est tout ce qu'on peut souhaiter.
mai 24, 2005 dans Europe, Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
vendredi, 13 mai 2005
Un cahier spécial sur l’Europe du Monde diplomatique
A
l'approche du référendum du 29 mai prochain, Le Monde diplomatique propose,
dans un « cahier »
spécial consacré à l'Europe, mettant en ligne un ensemble de documents
essentiels, une large sélection de sites institutionnels, ainsi que des
analyses, des graphiques et des tableaux. Pour une meilleure navigation, vous
pouvez consulter le
plan du cahier.
mai 13, 2005 dans Europe, Revue du Web, Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
lundi, 11 avril 2005
EUROPE : Essayons de raisonner sainement...
Le 29 mai prochain, le peuple français (vous, moi) est invité à se prononcer par référendum en vue de la ratification du projet de traité "constitutionnel" européen.
(Dessin: Patrick Soulhat)
En bonne logique, s'il est consulté c'est qu’il a le droit de juger que ses mandataires ont bien, ou mal, négocié, l'adhésion de la France à un projet de nouveau traité concocté par la Convention Européenne. Je pars du principe, bien sûr, que c'est l'intérêt de la France que les négociateurs et ceux qui les soutiennent ont eu d'abord en tête et non leurs propres carrières, nationales ou "européennes"… et qu'ils pensent que la France respectera sa signature, donc ne considèrent pas que ce texte pourra être modifié sans problème, alors qu'il est "verrouillé" par la règle de l'unanimité.
C'est l'avis du peuple français, donc, qui compte, et non celui de Jose-Luis Zapatero, Gerhard Schröder, du Vatican ou de tel ou tel ministre de Tony Blair traitant ceux qui ne sont pas d'accord de "néo-cons". Pourquoi ?
Tout simplement parce que la situation, les intérêts et les priorités des Français ne sont pas forcément les mêmes que ceux que ces personnes par ailleurs fort honorables se figurent être respectivement ceux de l'Espagne, de l'Allemagne, de la catholicité ou de l'actuel gouvernement de Sa Majesté.
La France ne relève pas de décennies de franquisme. Elle a des responsabilités mondiales en matière de défense et de culture, son territoire est lui aussi mondial. Elle est en prise sur les mers et son territoire ne se réduit pas au sacro-saint espace "européen", à l'extérieur duquel vivent 2 millions de Français. Elle est censée être et vouloir rester un état laïc. On pourrait même s'interroger, précisément, sur les raisons pour lesquelles "les Autres" ou tout au moins certains d'entre eux nous pressent si fort de signer cette "constitution" en l'état...Sont-ils les mieux placés pour juger de l'intérêt de notre pays ?
L'argument suivant lequel il faudrait dire oui parce que "les Autres" disent oui n'a donc tout simplement aucun sens : nous ne sommes pas des moutons de Panurge. Une nation apporte son accord à un traité parce qu'elle y a intérêt, qu'elle en retire un avantage. Le bilan de l'adhésion doit donc être clairement positif pour nous, ou alors il faut renégocier jusqu'à ce qu'il le soit. Sinon, c'est qu'on admet -déjà- le principe du vote par ordre et de l'"avis conforme" cher aux administratifs. Ce n'est pas "à l'Europe" que nous allons dire Non ou Oui, c'est à un texte qui satisfait, ou non, des exigences que nous sommes, en tant que peuple, en droit d'avoir. Et ce droit, nous n'avons, me semble-t-il, aucune raison de l'abdiquer.
Le bilan des plus et des moins est-il à ce stade positif ? Pour ma part, je suis convaincu du contraire. Non pas pour dire la même chose que Mme Buffet ou MM. Emmanuelli ou Fabius ou le contraire de ce que disent MM. Sarkozy, Hollande, Raffarin ou Bayrou mais parce que c'est mon analyse et mon opinion, et qu'en bon radical , je crois profondément à la libre pensée citoyenne.
Je trouve d'ailleurs parfaitement saugrenue et assez significative dans son esprit, l'idée d'imposer une discipline de parti à un débat public qui engage clairement la souveraineté de la France, l'avenir du français en tant que langue universelle, le principe de laïcité et surtout une vision de la société puisqu'il s'agit paraît-il d'une constitution. La discipline de parti est faite pour permettre aux assemblées politiques de fonctionner, pas pour museler ceux qui pensent autrement et les empêcheurs de penser en rond.
On a là un exemple de fausse démocratie qui paraît évident : les référendums internes aux partis tournent, dans des conditions qui font parfois réfléchir, à l'avantage des responsables soutenant le "oui". Or, la voix officielle des partis verrouille l'accès aux media lourds. Conclusion : l'opinion inverse se voit plus ou moins interdite d'antenne sauf à partager le temps imparti à des formations très identifiées, donc à tomber dans le piège de l'amalgame. Ceci, alors même que les sondages actuels tendent à prouver que les Français ne sont pas d'accord ou, à tout le moins, renâclent fortement à se laisser atteler en l'état au char du genre d'"Europe" que le gros de la "classe politique" cherche à leur vendre. Ce type d'astuces, tout comme les débats bidon "avec des jeunes" triés sur le volet, est-il de nature à crédibiliser cette classe qui en rajoute par ailleurs sur la "démocratie participative" ? Question..car les citoyens français sont très loin d'être aussi naïfs ou immatures que certains semblent le penser. Mais c'est un autre débat.
Pourquoi le bilan de la négociation TCE me paraît-il négatif ? Pour 3 raisons essentielles
1) Ce qui compte, c'est l'esprit d'un texte, et non seulement sa lettre. Ainsi, Il y a beau temps que bien des pays ont des constitutions admirables, cela ne les empêche pas de les violer quotidiennement. Or, l'esprit de ce texte-ci est clairement d'imposer par tours de vis successifs une gouvernance technocratique d'inspiration chrétienne-démocrate, dans un contexte d'inégalité de représentation entre les soi-disant citoyens européens. Cette inégalité, acceptable dans un traité à caractère économique, est intolérable dans une constitution.
En vérité, Jacques Chirac a tort de s'étonner et de tonner à propos de la directive Bolkestein, qui est parfaitement dans l'esprit de la proto-constitution européenne et même de Maastricht. L'affirmation d'un libéralisme économique primant sur toute autre considération est en effet l'essence même du texte proposé. Il semble que notre Président de la République vienne de le découvrir. Est-il le seul ?
Non, sans doute. A gauche, certains continuent à cultiver le paradoxe : un texte dont l'armature est et reste une croyance fondamentaliste aux bienfaits de la concurrence, servi par des Barroso, des Bolkestein ou des Berslusconi, serait la garantie d'un progrès social assuré....Comment le peuple de gauche est-il assez stupide pour ne pas accepter cette évidence, se demandent-ils ? Ma réponse serait plutôt : sympa, le paradoxe, dans un devoir de l'ENA. Mais devant le peuple, non.
Ou alors, si la réponse est aussi évidente pour les gens "intelligents", pourquoi poser la question audit peuple et ne pas, comme d'habitude, décider pour lui ? En passant, pourquoi trouver scandaleux l'amalgame entre difficultés sociales et vote sur le TCE, alors qu'on a soi-même transformé le vote aux dernières élections européennes en référendum anti-gouvernement et qu'on est censé être solidaire avec ceux qui connaissent ces difficultés sociales, en France comme ailleurs ?
Second point, la laïcité. Le fait que le parlement européen subventionne des manifestations confessionnelles comme les JMJ symbolise l'affirmation tranquille que même pour les "socialistes" de ce parlement, il n'y a rien de choquant, pour une Europe chrétienne, à s'affirmer comme telle. Soit. Mais on ne voit pas très bien ce que le progrès et encore moins le socialisme ont à voir là-dedans. Par ailleurs, et c'est plus important, n'importe quelle religion ou même secte pourra se prévaloir de l'article II-70 de la "constitution" proposée pour exiger de pouvoir faire tranquillement du prosélytisme dans l'éducation. Or certains voudraient déjà renforcer les pouvoirs du parlement européen...
Troisième élément : l'esprit de OTAN. L'article I-41 du TCE, particulièrement alambiqué, révèle même si l'expression "certains états membres" a l'air de dire le contraire, que l'adhésion à l'OTAN est majoritaire dans l'"Europe" proposée et qu'il n'y a pas solidarité de défense entre "OTANiens" et les "non-OTANiens" alors qu'il est prévu une politique de défense commune. Comment s'expliquer une telle disposition ? Ou l'on est dans le même bateau et tout le monde est lié, ou chacun doit garder sa liberté d'action, me semble-t-il. Sinon, cela revient à mettre l'appareil de défense français, conçu pour l'indépendance, au service d'une politique extérieure dont le comportement des Blair et des Berlusconi donne quelque idée de ce qu'elle pourrait être et qu'elle sera de plus en plus avec les nouvelles majorités européennes. Le vote des "petits" pays sensibles à l'influence américaine y est en effet largement surpondéré.
En vérité, dire oui à ce texte équivaut, en termes de politique française, à prendre sa carte à l'UDF au motif principal qu'on ne saurait agir ou penser différemment des autres dirigeants "européens". Pourquoi pas, si l'on en a envie ? Mais alors, il faut rendre sa propre carte et cesser de se réclamer d' idéaux incompatibles avec cette vision-là des choses.
2) L'équilibre de toute cette affaire est artificiel et les dirigeants les plus en faveur du traité proposé sont de plus en plus en décalage avec leurs peuples respectifs :
Blair, Schröder, Berlusconi font, de plus en plus, de la lévitation politique et il n'est pas souhaitable que nos propres dirigeants en fassent autant. Abandon politique de l'Euro par Londres (le Royaume-Uni n'en est toujours pas mort, d'ailleurs !), crise sociale profonde en Allemagne, situation d'opéra en Italie. Abstention généralisée de leurs peuples respectifs à qui l'on ne cesse de forcer la main en les menaçant de séismes politiques s'ils n'approuvent pas l'activisme européen de leurs dirigeants, lequel pallie mal leur difficulté à résoudre les problèmes nationaux et à concevoir des projets. A l'europhobie succède aujourd'hui l'eurolâtrie. On a le sentiment, ce qui explique largement la réaction populaire, d'avoir affaire à une politique conformiste de fuite en avant, conçue par des directeurs de cabinet et des agences de communication et non par des hommes d'Etat.
A marches forcées, mus peut-être par le désir de parler un jour seuls avec les grands chefs américains, chinois ou russes, ces dirigeants veulent imposer un concept flou, farci de sous-entendus, de malentendus et de règles biaisées, à des centaines de millions de gens. Et ces gens, justement, préféreraient qu'on s'occupe sérieusement de leur assurer au quotidien l'emploi, la justice, le logement, les équilibres sociaux, une écologie efficace avant de s'occuper du très hypothétique "péril jaune" qui est, qu'on le veuille ou non, quelque part dans l'arrière-tête de nombreux zélateurs du Oui. Ces zélateurs se représentent un peu naïvement la future Europe comme une nouvelle France qui permettrait de faire, avec les mêmes idéaux, ce que la France "devenue trop petite avec la mondialisation, vous comprenez..." ne pourrait plus faire.
Outre que les Chinois sont l'un des rares grands peuples à n'avoir jamais cherché (jusqu'à présent, il est vrai) à faire d'impérialisme mondial à grande échelle, cette idée ou plutôt cette arrière-pensée est particulièrement incohérente avec les idées de défense "européennes"actuellement en cours. Et les Français ne sont pas des grenouilles qui demandent un Roi.
Le résultat de tout cela c'est qu'un beau jour, si les Chinois en question et la politique d'armement américaine cessent de soutenir la conjoncture, il y aura crise économique. On risque de se retrouver alors avec les conséquences de textes libéraux très ficelés et plus ou moins incompréhensibles dans lesquels de très nombreux Européens, particulièrement dans les grands pays, refuseront de se reconnaître quand ils découvriront le pot aux roses. Ce sera la crise politique et l'Europe risque d'exploser, bien davantage que si la France exige aujourd'hui de meilleurs textes.
Mieux vaut donc refaire de cette constitution ce qu'elle devrait être : un texte de référence humain et progressiste, non un mélange artificiel entre une vision économique actuellement à la mode et des principes intangibles qui remontent aux Grecs voire même avant.Cela n'empêche nullement de conclure un nouveau traité à base économique et règlementaire du type des précédents. Le temps existe pour cela.
3) Ce texte a, du point de vue français, été très mal négocié.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que les politiques partisans du oui ne sont pas des Robespierre et des Saint-Just, affirmant des valeurs morales modernes face à l'Europe entière ! Ils nous vendent au contraire le "text-book" d'autres dirigeants européens..
En effet, à travers le texte proposé, qu'ont accepté nos négociateurs ?
- La sacralisation du principe de libéralisme actuel comme étant la pierre angulaire définitive des relations internes et externes entre 25 pays. Confer la directive Bolkestein, dont on feint aujourd'hui de s'étonner ou, ce qui serait plus grave encore, on s'étonne vraiment. Elle est à 100% dans l'esprit du TCE. Qu'elle ait été élaborée par la Commission précédente ne change rien à l'affaire même si le commissaire Barroso finissait par l'amender sous la menace du "Non" populaire français (qu'en aurait-il été, autrement ?).
- L'indépendance totale de la Banque Centrale Européenne, prisonnière bien plus qu'aux Etats-Unis encore, d'une vision purement libérale de l'économie. Le progrès social et l'emploi n'ont rien à voir ici. Circulez, le patronat et les actionnaires passent : ici aussi, c'est l'esprit du texte et c'est surtout pour cela qu'il enthousiasme les Sarkozy, les Bayrou et les Raffarin.
- L'absence de toute référence à la laïcité, au service public comme valeur sociale d'avenir, à l'indépendance d'une politique "européenne" par rapport aux blocs, bref à tout ce qui constitue des fondements essentiels de la République Française. C'est même le contraire qu'on distingue, en filigrane, dans le papier proposé.
- Une logique de renforcement des pouvoirs de la Commission Européenne, de sous-représentation des citoyens des grands pays, d'éloignement progressif du citoyen par rapport aux centres de décision et à la désignation de responsables politiques identifiés.
En face de tout cela, qu'ont-ils obtenu ? Rien. Il y avait pourtant beaucoup à affirmer sur quelques sujets : le développement culturel, la coopération avec les pays en émergence, l'écologie, la primauté de l'Humain sur la machine économique.
Un seul exemple : la Défense, sujet sensible s'il en est mais qui appartient bien sûr au non-dit (au peuple)
Dans ce domaine, de deux choses l'une.
Ou bien, la défense commune aux ordres d'une politique extérieure commune a quelque chance d'exister et il n'y a aucune raison pour que l'"on" n'en tienne pas compte dans les critères budgétaires vis-à-vis de la France, qui est le seul pays à apporter à l'Europe une force de dissuasion crédible, à laquelle elle consacre des milliards d'euros, qui soit exclusivement au service de cette future défense commune.
Ou bien, la majorité des "petits" pays qui grâce au système de représentation actuel fait de facto la loi en Europe considère que le système actuel est excellent puisque les Américains (qui sont loin), apportent une protection suffisante et que l'on n'a que faire de la quincaillerie militaire de la France (qui est près) alors qu'on prend en compte les efforts économiques de la RFA en ex-RDA. Dans cette logique, il faudrait nous débarrasser bien vite d'un arsenal qui nous coûte très cher et qui ne nous rapportera rien.
Autrement dit, on demande à notre système de défense, essentiel pour une Europe qui se voudrait politiquement indépendante, de travailler pour le roi de Prusse. Comment des dirigeants politiques investis des intérêts de la France, peuvent-ils nous proposer de souscrire à un tel marché de dupes ?
Esprit chrétien-démocrate et atlantiste d'un texte ambigu dans ses termes mais non dans sa pratique, négociation ratée de tout en échange de rien, je ne vois rien là qui puisse convaincre de dire autre chose que "non, montrez-nous autre chose". Il nous faut avancer socialement, culturellement, humainement. Mais avancer, ce n'est pas pratiquer la fuite en avant.
Qu'on ne nous parle plus d'urgence ou de catastrophes, s'il vous plaît, ce n'est pas sérieux. Ne confondons pas les intérêts à long terme de la France et des autres pays européens, et les calendriers politiques nationaux. Essayons de raisonner sainement, de voir où nous voulons vraiment aller et de construire des choses solides et utiles, au bénéfice des Français.
Un traité économique est un outil utile, il faut s'en servir. Une constitution désigne un idéal moral à atteindre et rassemble des citoyens égaux en droits et en représentation. et non un assemblage contre nature de principes économiques, de textes réglementaires et de règles de compromis. En confondant l'un et l'autre, nous cumulerions les désavantages et non les avantages. Et il est vain de vouloir obliger les peuples à approuver, du bout des lèvres lorsqu' ils le font, ce genre de construction. Le plus ridicule de toute cette affaire c'est que c'est la France elle-même, à travers Jacques Chirac, qui une fois de plus pour des raisons tactiques, a voulu faire du zèle européen et mettre en scène cette "Constitution" censée pallier l'échec de Nice.
Lègèreté, improvisation, conformisme intellectuel, priorité donnée aux intérêts des partis sur ceux de la Nation, le tout masqué sous un pseudo-idéal européen et un soi-disant leadership français qui n'a pas grand'chose à voir avec l'Europe et encore moins avec les points de vue de nos partenaires : les ingrédients traditionnels des déclins français sont au-rendez-vous. Ensemble, chassons-les, dans l'intérêt de la France et d'une saine coopération avec nos amis européens.
La copie ou plutôt les copies sont donc à améliorer et le cas échéant à refaire. Cela ne menace ni la paix ni la stabilité de l'Europe, c'est une action de bon sens, conforme à notre devoir politique : assurer aux Français le meilleur bonheur possible..en respectant les priorités, les vraies priorités sociales et morales qu'ils nous fixent.
Les militants "de base" du Oui sont souvent sincères et mûs par un noble idéal de paix et de fraternité internationale. Je partage pour ma part cet idéal et je l'ai même partiellement vécu, au sein d'entreprises européennes. Simplement, je pense que le rôle d'un politique qui se respecte n'est pas d'exploiter la générosité intellectuelle au profit d'objectifs incertains et mal assurés ou de concepts virtuels. Il est de rechercher profondément et à long terme l'optimum pour la communauté politique qui l'investit de sa confiance, qu' elle s'appelle commune, département, région ou nation.
Je ne pense pas qu'il faille, sous prétexte de ne pas faire perdre la face à quelques hommes politiques, confondre deux choses d'un ordre tout à fait différent. D'une part, une vraie-fausse Constitution qui a les inconvénients d'une vraie sans en avoir les avantages et pour laquelle, clairement, les choses sont loin d'être mûres. D'autre part, la nécessité d'un nouveau traité, bien négocié c'est-à-dire tel que la France y retrouve le poids de ses valeurs, de sa culture, de ses responsabilités internationales, dans le respect mais non sous la dictée de nos partenaires.
A la première, nous disons non, au nom de nos valeurs. Au second nous pourrons, le moment venu, dire oui.
avril 11, 2005 dans Europe | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack
jeudi, 17 février 2005
Europe verte...ou bleue ?
Je suis bien triste (c'est vrai !) de décevoir Yann..mais je ne crois pas qu'on doive s'identifier à ce point avec ses propres convictions. Pour ma part, je ne juge pas mes amis en fonction de leurs opinions, surtout sur des sujets aussi complexes que l'identité nationale ou internationale. Je suis heureux et fier de compter parmi mes amis des Communistes, des Socialistes, des Radicaux, des Chrétiens-démocrates, des Verts, des Chiraquiens et des Sarkozystes, des souverainistes de tout poil et des citoyens sans opinions particulières.
Je crois aussi qu'il faut se méfier des raisonnements quantitatifs. Rappelons-nous qu'en 1940, il ne s'est trouvé que 80 députés pour ne pas voter les pleins pouvoirs à Pétain ou qu'en 1789 l'Europe entière s'était coalisée contre la jeune République. Les majorités peuvent avoir raison, elles peuvent aussi avoir tort, aujourd'hui ou demain, tant dans un pays donné que dans un ensemble de pays. Le vote est là pour permettre à la collectivité qui s'y soumet d'aller dans un certain sens à un moment T, il n'a pas vocation à incarner une vérité en soi.
Pour en revenir au traité "constitutionnel", je maintiens qu'il n'a rien à voir avec une véritable Constitution. Et le travail de politiques français ne devrait pas être, me semble-t-il, de "vendre" à tout prix à leurs concitoyens ce texte qui, en l'état, obère fortement l'avenir de notre indépendance et de notre influence dans le monde en échange d' un credo libéral-chrétien qui n'est plus dans notre culture républicaine et constitue à mes yeux un retour en arrière.. Que ce credo soit éventuellement et temporairement majoritaire en Europe ou plus exactement dans les parlements européens ne constitue en aucune manière une raison suffisante, ni même une bonne raison pour l'adopter.
La mission de nos dirigeants consisterait, ce qui est évidemment plus difficile, à nous montrer ce qui a été négocié, avec qui, dans quel but final et quel en est le bénéfice réel pour la France et les Français (ils peuvent toujours s'en sortir par la pirouette "il n'y a plus que des Européens !").
La vérité, c'est que ce texte est largement sorti de leur négligence, car tant au niveau de la désignation des délégués que du suivi des travaux de la Convention et des lobbies qui l'entouraient, les dirigeants des deux bords ont largement et légèrement laissé faire plutôt que piloté. La vérité, c'est qu'il était plus facile de dégager un consensus plus apparent que réel sur des généralités et des redites économiques que sur de vraies valeurs que nous ne partageons pas (encore ?) vraiment entre cultures européennes. Il s'agit maintenant, pour les politiques de la Convention comme pour ceux qui doivent en gérer le résultat, de ne pas perdre la face. Maintenant signez, braves gens !...
Mais où sont les objectifs, les fins de cette pseudo-constitution ?
Contribuer à limiter la dévastation écologique de la planète ? Garantir l'accès à un service public de qualité pour tous, les droits sociaux des travailleurs, une éducation libre de préjugés ? Sortir de la domination de l'hyperpuissance à travers l'OTAN ? Avoir une attitude ouverte par rapport aux autres cultures, implantées ou non en Europe ? Diffuser les nôtres - et particulièrement la culture latine- dans le monde ? Protéger autant la pensée libre que la libre expression des sectes ou des religions ? Découvrir ensemble de nouveaux modes de développement économique privilégiant une véritable valeur ajoutée au plan social ? Mettre la Banque Centrale au service du Progrès ?
Ce n'est pas du tout cela qu'on lit (quand on y arrive) dans le projet de traité "constitutionnel", qui décline à tous les temps et dans tous les détails un libéralisme d'ores et déjà ringard car inutile, avec un peu de sauce "Droits de l'Homme" pour faire bien. Il n'y a qu'à regarder autour de soi pour voir à quel point certaines grandes entreprises se moquent des bonnes intentions : elles prennent ce qu'il y a à prendre dans les textes "européens" et laissent le reste.
Si le texte fixait de vrais objectifs et de nobles principes, en une cinquantaine d'articles, il pourrait être une Constitution Européenne et j'aimerais pouvoir alors, avec vous, lui dire "oui". On n'en est pas là...le libéralisme vit très bien tout seul, merci, et il n'a pas besoin d'une constitution pour exister. Alors, qu'il s'en passe.
Un nouveau Traité, par contre, toujours renégociable, pourquoi pas, pour effacer l'échec du précédent sommet et consolider les acquis économiques concrets ? Ca, c'est de l'ordre du pratique et non du faux semblant ou de la mode, c'est cohérent avec ce qui a déjà été réalisé et c'est utile pour travailler. Ne confondons pas !
Réfléchis encore un peu, Yann, ton Europe verte ne serait-elle pas plutôt bleue ?
En tout cas, les débats n'obèrent pas l'amitié et toutes les opinions, répandues ou non, sont respectables si elles sont respectueuses de l'Homme.
février 17, 2005 dans Europe | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
dimanche, 13 février 2005
Tout bien réfléchi....
...c'est non !
Non pas non à l'"Europe", bien sûr, mais non à un texte qui ne convient pas. Cette histoire de "Constitution" européenne, c'est à la fois l'essai de rattrapage d'un échec, une confusion sciemment entretenue et un exercice paradoxal.
L'essai de rattrapage d'un échec car le sommet de Nice s'était bel et bien planté, la négociation butant sur le zèle des nouveaux adhérents à exiger leur place, une forme d'hypocrisie des "majors" européens et -déjà- l'absence totale de véritables objectifs sociaux. Pourquoi pas ? Mais dans ce cas une "Constitution" destinée en fait à redorer un blason étoilé, n'est pas nécessaire. Un nouveau Traité convient parfaitement, dans le même esprit que les précédents et les nuages de fumée autour des Droits de l'Homme ne changent rien à cette réalité.
Une confusion sciemment entretenue entre deux traductions du même mot, ensuite. Il y a d'une part, le terme anglais "constitution" que les anglophones comprennent comme "statuts", l'"Europe" restant dès lors un club auquel il faut bien un règlement, qui peut toujours être amendé. A l'opposé, le terme en français, dont tout Français entendra qu'il doit s'agir d'une texte court, renfermant des principes moraux et civiques forts, et stable dans le temps. Clairement, ce texte n'a pas les avantages d'une authentique constitution mais il en a l'inconvénient : il est quasiment pérenne.
Enfin, l'exercice paradoxal est sans doute le plus remarquable : de nombreux dirigeants politiques, pour qui décidément chaque élection se transforme en primaires de parti les concernant, s'y livrent avec délices.
A gauche, on démontre brillamment que plus le libéralisme s'affirme dans le texte comme dans la réalité du climat économique et politique actuel, plus ce texte est social et riche d'espoir pour les travailleurs. En avalisant une vraie-fausse constitution chrétienne-démocrate d'où la laïcité est chassée par un droit prioritaire à l'expression religieuse, on affirmerait bien sûr son socialisme ou son radicalisme... Mais comment donc ! Et de botter joyeusement en touche sur les vrais problèmes : emploi, logement, transports, fonctionnement démocratique, que l'Europe libérale n'est pas près de résoudre, tout simplement parce que ce n'est pas son but. Parlons plutôt des Turcs ou du péril jaune!
A droite on achève, au nom du gaullisme, de démolir l'oeuvre du général de Gaulle . Sur ses ruines fumantes, la conférence de l'OTAN se tient déjà à Nice. La mission culturelle française dans le monde est passée par pertes et profits. La France se soumet, à la fois à l'atlantisme, au capitalisme le plus classique et au système des partis qui confisquent le choix du peuple en fonction de leurs propres objectifs. Le général, qui avait aussi des idées sociales, doit se retourner dans sa tombe en voyant une Banque Centrale Européenne indépendante des objectifs de croissance mais pas des intérêts financiers..ou des hauts-fonctionnaires fossoyeurs du Service Public en France !
A gauche comme à droite, il s'agit de museler une véritable campagne, jugée dangereuse pour la pensée unique de rigueur, en maniant la discipline de parti ou l'amalgame. Vieilles recettes, toujours efficaces. En fait, si l'issue du référendum n'était pas celle prévue, c'est surtout les cartes de la présidentielle française qui seraient à nouveau brouillées.
Alors, que faire ?
Tout d'abord, ne pas se laisser impressionner par les menaces d'apocalypse européenne ou les grand'messes rassemblant des chefs d'état ou de gouvernement européens au standing variable : la libre pensée et le libre vote existent encore ! ils peuvent avoir de bonnes raisons, locales ou non, de pousser un oui français. C'est leur droit, car en Europe on vote déjà par ordre et non plus par tête (quel progrès !) mais ce n'est pas pour autant notre intérêt.
Ensuite, proposer une remise à plat en distinguant bien deux choses : un nouveau Traité reprenant l'essentiel des dispositions qui encombrent le texte proposé, lequel a d'ailleurs très peu de chances d'être adopté en l'état, en France ou ailleurs, avec le degré d'adhésion populaire qu'une véritable Constitution réclamerait. En matière internationale, le vide juridique n'a jamais tué personne et il est possible de le faire dans délais raisonnables.
Quant à une authentique Constitution, plus durable, s'il en faut une, elle doit être négociée séparément et tranquillement. Les textes constitutionnels, en effet, ne précèdent pas l'identité, ils la sanctionnent. Et leurs piliers doivent être moraux et non économiques voire simplement financiers : même dans la constitution américaine, on n'est pas allé jusqu'à rendre la banque centrale indifférente au développement économique, condition nécessaire mais non suffisante du progrès social.
Et en ce qui me concerne, je ne suis pas près de voter pour la banalisation de la France et du français, la priorité donnée à l'expression religieuse voire sectaire, l'adhésion couverte à une OTAN qui n'a même plus le mérite d'avoir un sens au plan militaire. Tout cela ne reflète que l'invasion externe et interne d'une "philosophie" économique et politique qui, aux Etats-Unis, montre déjà d'inquiétantes dérives. Même causes, mêmes effets. S'imaginer qu'avec une "constitution" qui met l'économie à la place de la morale, l'Europe resterait miraculeusement préservée de toute dérive, est une douce illusion : nous avons échappé de peu à un commissaire réactionnaire chargé des questions de justice et de droits de l'Homme et, un peu partout, les tendances fascisantes renaissent avec le changement de génération. Ce n'est pas cette constitution-ci qui nous en protégera.
C'est bien le texte qu'il faut changer, non notre attitude vis-à-vis du vote bloqué proposé par les chefs politiques. Il faudra donc le travailler, ce texte. Pourquoi pas ? Les plus "européens" ne sont pas peut-être pas ceux qui pratiquent l'eurolâtrie dans leurs discours, mais ceux qui ne mettent pas l'Europe au service d'enjeux nationaux, sans véritable souci pour la solidité de sa construction ou plutôt de son évolution.
Vaut-il mieux une adhésion authentique des peuples qui laisse du temps au temps ou un vote sceptique, avec un taux d'abstention impressionnant, de collections de textes incompréhensibles ou malins ? Il n'y a en tous cas pas le feu à cet endroit. Au quotidien, par contre, il y aurait pour les politiques bien d'autres chats à fouetter pour trouver des solutions, afin que les Français vivent mieux avec plus d'emploi, moins de stress, plus de temps et de services pour leur vie de citoyen.
En tous cas, c'est mon avis et je le partage, j'espère, avec beaucoup d'entre vous !
février 13, 2005 dans Europe, Vie politique | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack
dimanche, 05 décembre 2004
Tous les autres sont d’accord !
Lorsqu’on parle de « majorité » européenne, de quoi parle-t-on ?
- de la majorité du parlement européen, élu sur la base d’une grande inégalité de représentation entre les citoyens des petits pays et ceux des grands et, en général, sur des scrutins de liste tout à fait détachés de toute base locale ?
- de la majorité des peuples d’Europe, lorsqu’ils ont déjà pu s’exprimer directement sur des questions simples et compréhensibles à tous ?
- de la majorité de partis regroupés par sensibilités approximatives en grands groupes tels que le PSE ou le PPE ?
Dans tous les cas, les consultations « européennes » ne sont pas sans intérêt, elles gardent à ce stade, compte tenu en particulier de taux d’abstention considérables, une signification relative.
Mais surtout, il paraît en toute objectivité impensable de mettre sur un pied d’inégalité politique, lorsqu’il s’agit de questions fondamentales touchant leur défense ou l’avenir de leur culture et de leur langue, des pays souverains de plusieurs dizaines de millions de citoyens et des états tout aussi respectables certes, mais n’ayant aucune responsabilité internationale et sensibles aux pressions extérieures.
L’inégalité de représentation existe aussi dans les systèmes de démocratie représentative de nombreux état d’Europe mais elle est souvent compensée par des mécanismes institutionnels et elle ne met pas en jeu la souveraineté. S’imaginer qu’on peut résoudre au galop (par rapport au rythme de l’Histoire) et à coup de traités omnibus la problématique des peuples, tout en s’éloignant de plus en plus de leurs véritables besoins et de la valeur ajoutée normative, est probablement une erreur.
Ce qu’on est convenu d’appeler la construction européenne n’a donc aucun caractère d’urgence et risque d’être bien fragile et susceptible de remises en cause brutales si l’on brûle les étapes.
Mais le problème principal n’est peut-être plus là. Lorsqu’on en arrive à se demander si l’on a encore le droit d’avoir une pensée ou un comportement originaux, que ce soit au plan local, national ou international, il y a quelque chose qui ne va pas. C’est l’invasion de la pensée unique, elle-même sujettes aux modes, qui fait des ravages en France comme dans le reste de l’Europe. Les dirigeants qui devraient inspirer des projets nationaux ou internationaux ne cessent de se retourner pour chercher un maître à penser : beaucoup réagissent en directeurs de cabinet, non en hommes d’état.
Qu’il s’agisse de l’Audimat, de Bruxelles, des marchés, des élections, du congrès du parti X ou Y, c’est toujours d’ailleurs qu’on attend aujourd’hui la pensée ou l’avis.
Or l’absence de projet réel génère nécessairement la déception, l’abstention, le découragement voire l’abandon.
Ce n’est pas le génie de la France que d’être conformiste, ce ne devrait pas être celui de ses politiques que de lui proposer, pour tout projet, de rebrousser chemin pour faire comme les autres. Cela n’ a rien à voir avec la morgue et la prétention dont on nous accuse, effectivement, souvent : on peut défendre opiniâtrement ses vues tout en respectant les autres. C’est exactement le contraire que nous faisons aujourd’hui en alliant la soumission sur le fond et l’arrogance vis-à-vis de nos partenaires latins, de l’Afrique et de nombreux pays francophones. Dès lors, ils retournent vers d’autres amis, d’autres structures, d’autres espoirs.
C’est pourquoi il nous faut peut-être penser d’abord à l’ouvrage, non à l’outil.
décembre 5, 2004 dans Europe, Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack
vendredi, 26 novembre 2004
Le pont de la rivière Kwaï
Beaucoup d’entre nous se rappellent de ce film mythique dont le scénario était tiré du roman de Pierre Boulle. Alec Guinness y incarnait le Colonel Nicholson, cet officier qui sut galvaniser ses hommes, prisonniers d’un camp japonais, pour construire le fameux pont. Pour lui, la construction de l’ouvrage était devenue une fin en soi, indépendamment de savoir à quoi ou à qui il servirait. Qu’importe si les Alliés ou les Japonais y passent, pourvu que le pont existe et témoigne du génie et de l’énergie britannique !
En écoutant ceux qui font de la construction de l’Europe ou d’un fédéralisme européen un argument définitif en faveur du projet de « traité constitutionnel », c’est cette image du pont de la rivière Kwaï qui me revient obstinément à l’esprit.
Bien sûr que la paix, l’entente et la coopération économique entre pays d’Europe sont une excellente chose et qu’il faut y contribuer. Bien sûr que l’affirmation de principes démocratiques communs et l’action commune, quand elle existe, en faveur de la paix, en sont une aussi et qu’il faut nous y associer. Bien sûr que la France métropolitaine est en Europe. Elle y a toujours été, d’ailleurs et elle y sera, en principe, toujours. Et alors ?
La "Constitution" européenne proposée est pour l’essentiel un véritable credo chrétien-démocrate : libre affirmation de la religion à titre individuel ou collectif y compris dans l’éducation (art.70), défense à base atlantique (art. 41), affirmation fondamentaliste de la concurrence comme principe constitutionnel non équilibré par la croissance ou l’emploi, pérennisation de l’inégalité de représentation entre « citoyens » européens. Elle n’ajoute rien à la plupart des constitutions existant déjà en Europe et n’apporte rien d’essentiel à la réalisation des idéaux socialistes, radicaux, écologistes, communistes, altermondialistes ou même tout simplement républicains. Bien exploitée par des commissaires libéraux voire réactionnaires dont nous voyons de plus en plus d’exemples, elle les menace au contraire, en constituant un outil redoutable de libéralisation et de communautarisation.
Quant au fédéralisme, est-il en lui-même un modèle de démocratie, de liberté et de droits de l’homme ? Les Etats-Unis et la Russie sont des états fédéraux et il y a beaucoup à en dire. Certains états d’Europe centrale ou orientale le sont aussi. Les évolutions politiques qui s’y dessinent, sont elles pour autant celles dont nous voudrions en France ? N’y a-t-il vraiment rien de plus urgent pour le bonheur des gens que d’épiloguer sur une forme particulière de gouvernance ?
Quant aux arguments du style : « les autres le font aussi, pourquoi pas nous ? », « quand on a toujours dit oui, pourquoi un jour dire non ? » ou encore « si on dit non, c’est la catastrophe ! » alors que tout le monde sait qu’il ne se produira rien sinon une bonne renégociation, c’est vraiment le degré zéro de la politique et du raisonnement, indigne de gens qui prétendent à des destins nationaux. Certains prennent visiblement ce débat pour un simple concours éliminatoire, organisé par l’Elysée et préludant au grand Oral des présidentielles françaises. Plus on parle d'Europe, plus on pense national..
Le colonel Nicholson, aveuglé par son ouvrage mais grand dans sa résistance aux Japonais avait au moins un mérite : il croyait à ce qu’il disait et à ce qu’il faisait et c’est à ce titre qu’il est rentré dans l’histoire, tout au moins celle du cinéma.
novembre 26, 2004 dans Europe, Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack
lundi, 11 octobre 2004
Intéressé(e)s par le référendum sur le Traité constitutionnel (ou plutôt institutionnel) européen ?
Je vous propose :
- une analyse très fouillée du projet de traité par Béatrice BUGUET.
- une présentation « Power Point » du soussigné si vous souhaitez débattre du sujet.
Quant aux projets de referendum à propos de l’entrée ultérieure de la Turquie dans l’UE, on peut tout de même se poser certaines questions : pourquoi, dès qu’il s’agit d’un pays « musulman », l’avis individuel de certains états membres serait-il requis alors qu’il n’en a jamais été ainsi pour d’autres ? D’autre part, il est parfaitement inconséquent de vanter les mérites d’un éventuel fédéralisme tout en prônant des démarches individuelles qui ne tiennent aucun compte de l’avis des 24 autres membres de l’UE…
octobre 11, 2004 dans Europe, Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (0)

