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mardi, 31 mai 2005

Nuages noirs sur la petite enfance

Les Caisses d'Allocations Familiales font partie de l'univers social et contribuent de façon essentielle à aider les familles à assumer leurs responsabilités morales et matérielles vis-à-vis des nouvelles générations. Elles aident les familles directement mais aussi indirectement à travers le soutien qu'elles apportent aux collectivités territoriales qui sont, comme toujours, en première ligne pour assumer les besoins nouveaux et existants en équipement et en fonctionnement : crèches, jardins d'enfants, multi-accueils, centres de loisirs, accompagnement des jeunes pendant leur scolarité. Ainsi, grâce aux "contrats enfance" et "temps libre" elles encouragent les villes à investir dans de nouvelles capacités d'accueil qui génèrent toujours à leur niveau de lourdes dépenses de fonctionnement, du fait d'un taux d'encadrement élevé en personnels très qualifiés et souvent difficile à trouver, les capacités de formation de ces personnels étant insuffisantes.

Ce qui se passe rappelle un scénario déjà bien connu dans d'autres domaines sociaux

1) Le ministère annonce à son de trompe une politique gouvernementale destinée à aider les familles et à soutenir la natalité. Il s'agit, au travers d'un "fort volontarisme" et des engagements de l'Etat, de pérennniser la politique de médiation familiale et de mettre en place la réforme de l'aide à domicile...

2) On encourage les Caisses, organes paritaires et relais logiques de cette politique, à pousser les collectivités locales à investir. Les Caisses sont dépendantes de la Caisse Nationale d'Allocations Familiales, elle-même financée par des fonds budgétaires (Fonds National d'Action Sociale). Pour traduire dans l'action le "volontarisme" de la politique officielle, le Fonds national devrait progresser d'au moins 12% l'an.

3) Les Caisses poussent les collectivités à investir et assurent la mise en place de la PSU ( Prestation de Service Unique) qui se traduit d'ailleurs pour les collectivités par un déficit supplémentaire dans la mesure où elles ne peuvent pas, en général, répercuter sur les familles un mode de refinancement beaucoup plus sélectif et qui impliquerait sur le terrain un changement brutal des règles de tarification. Pour amortir le choc, les Caisses contractualisent donc dans la durée vis-à-vis des collectivités.

4) Le mInistère des Finances intervient et bloque la progression à 8%, ce qui rend impossible la réalisation des engagements pris par les caisses et sur la base desquels les collectivités se sont elles-mêmes engagées vis-à-vis des familles... et des contribuables locaux. 

Cette politique du tapis retiré sous les pieds des opérateurs et des collectivités est devenue systématique dans le chef de l'Etat. Celui-ci ne freine guère ses propres dépenses de structure voire les augmente. Il continue à jouer d'effets de manche, comme dans le cas des hôpitaux ou des personnes âgées. On fait croire qu'on fait plus et on en fait moins, parce qu'on s'est imposé de fausses contraintes (baisse des impôts directs pour des raison idéologiques ou électorales, subventionnement indirect du secteur privé, incapacité à réguler les dépenses directes de l'Etat).

Dans la pratique, on réduit les capacités tout en cherchant à "refiler le bébé", c'est le cas de le dire, aux collectivités qui ne disposent dans ce domaine d'aucun moyen supplémentaire. Conséquences : une perte de confiance de plus en plus affirmée dans les engagements de l'Etat, une frilosité qui ne pourra que s'accentuer chez les collectivités territoriales sur qui pèsera bientôt l'essentiel des charges de solidarité sociale, des "coups de boutoir" dans la gestion technique des investissements qui ne peuvent qu'être préjudiciable à toute politique à moyen terme. Or, les besoins de l'enfance, des malades ou des personnes âgées, ça ne se gère pas dans le court terme et la communication omniprésente, ça se gère dans le moyen terme et l'efficacité. Ca crée des emplois utiles, ça répond à des besoins réels et durables, ça permet à la France de rester un pays socialement moderne, ça construit la paix sociale et l'unité du pays et ça prépare l'avenir des générations.

Mobilisons-nous pour éviter qu'un nouveau pan de la vie sociale ne soit livrée à une gestion qui n'est pas "moderne" ou "dynamique" mais au contraire hasardeuse, amateuriste et pour tout dire, peu sérieuse. Les Caisses d'Allocations Familiales doivent recevoir les resssources nécessaires à leur mission.

mai 31, 2005 dans Santé - Protection sociale | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

lundi, 30 mai 2005

L'Europe et les sophistes

Hier soir, dès les résultats du vote assurés, la classe politique française était conviée à s'exprimer à travers les étranges lucarnes. Une fois de plus, elle a accouché, à droite comme à gauche, d'une remarquable collection de sophismes apparemment destinés à rejeter les responsabilités sur les opposants internes, l'adversaire politique et même sur les Français eux-mêmes. Nous avons largement été jugés coupables d'empêcher l'"Europe" de tourner en rond, de ne pas obéir aux "consignes" des sous-officiers ( nos militants, qu'on avait pourtant gentiment consultés !), d'être trop stupides pour comprendre nos propres intérêts ou le fait que nous sommes maintenant engagés dans une mécanique européenne irréversible (?) qui rend impossible de renégocier un traité par définition non renégociable (c'est d'ailleurs pourquoi on nous demandait notre avis !).

Les conclusions tirées sont encore plus savoureuses. Le Président Chirac, qui aux applaudissements du camp du oui avait "mis son poids dans la balance", ne semble pas trop concerné et, puisant comme d'habitude une nouvelle légitimité dans le désaveu, parle d'un nouvel élan. Il est vrai qu'avec un premier ministre à moins de 25% de satisfaits..Les premier ministrables de droite ont laissé entendre qu'avec encore plus de dynamisme et de réformes ( = plus de libéralisme N.d.T.) la France aurait des solutions (!). Les responsables de gauche ouiouistes ne sont pas mauvais non plus. Après avoir dit aux Français qui ont débattu jusque dans leur propre famille ou au bureau qu'ils s'étaient trompé de débat, on leur explique que c'est bien la droite qu'il faut combattre (comme aux européennes). Ou bien, qu'il n'y a rien à faire, puisque les carottes européennes sont cuites et qu'il est inconcevable de démentir une négociation désormais figée dans le marbre. Décidément, la psycho-rigidité semble bien être caractéristique d'une bonne partie de nos "élites" politiques : les généraux et leurs états-majors sont clairement désavoués mais, comme en 17, rejettent les responsabilités sur le poilu. Ca bloque.

Alors, que faire ? Tout d'abord, sans doute, penser à l'essentiel c'est-à-dire à la situation économique. Pendant que le processus de ratification se poursuit - et il permettra sans nul doute à bien d'autres Européens de faire entendre qu'ils veulent une politique sociale et non un cartel libéral à leur tête-, travailler à faire des propositions économiques nouvelles, s'appuyant sur une dépense publique maîtrisée, une réflexion profonde sur les moteurs de la croissance et non sur la phobie du secteur public. Après tout, Keynes était Européen !

En même temps il faut relancer l'Europe par l'action concrète et les projets nouveaux dans le monde entier et non à travers une idéologie douteuse. Il faut aussi rassurer nos partenaires et leur faire comprendre nos intentions positives. Il faut construire et reconstruire, en Europe mais aussi au-delà de l'Europe, nos partenariats logiques et naturels : lancer une reconquista intellectuelle, économique et politique devient indispensable, loin des refuges frileux de l'"exception culturelle" (exception à quoi ?). C'est là et pas ailleurs que doit résider le changement nécessaire.

Parmi les peuples d'Europe qui ont eu droit à la parole directe (rappelons que l'abstention a été très large en Espagne et qu'aux Pays-Bas, en Allemagne ou au Royaume-Uni, il faut être aveugle pour nier que la base est mécontente), les Français sont les premiers à marquer une inflexion, une volonté d'autre chose. Face à la pensée unique vendue par la droite et parfois aussi relayée par la gauche, ils ont su s'exprimer de façon massive et réfléchie. Ecoutons-les avant d'agir pour la suite.

mai 30, 2005 dans Europe, Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack

mardi, 24 mai 2005

Le bon cocktail

Chirac, Jospin et leurs amis ont beau faire : multiplier les interventions "officielles" dans la campagne, taper plus ou moins ouvertement sur Laurent Fabius, faire venir en renfort tout le gratin du socialisme européen, gloser indéfiniment sur le texte proto-fédéral accouché du conclave européen semble ne servir de rien. Les Français n'ont pas l'air de vouloir les écouter et ils commencent même, semble-t-il, à s'impatienter d'entendre les appels au "sens des responsabilités" proférés par des gens qui n'en ont pas toujours donné l'exemple. Pas plus que bien d'autres Européens, ils ne sont prêts à accepter qu'on leur vende la coopérative européenne comme une boîte aux promesses politiques : ils connaissent trop bien le boniment chiraquien.

Les Français sont loin d'être les seuls à réagir : aux Pays-Bas, la victoire du "non" se profile ; au Royaume-Uni, Blair recule. En Rheinland-Westfalen, le SPD (et les Verts) ont subi une défaite historique dans un état fédéral gouverné depuis des décennies par les socialistes. Les analyses (lisibles par exemple sur le site du ZDF) font ressortir une profonde incompréhension pour des "réformes" dont les résultats positifs, pour les populations victimes de la crise économique, tardent terriblement à venir -s'ils viennent un jour (et pourtant, le premier ministre du Land est plutôt apprécié à titre personnel). Ils font aussi ressortir la perte de vitesse du parti vert et l'on comprend dès lors le zèle considérable déployé par le chancelier et aussi par Daniel COHN-BENDIT, chef du groupe Vert au parlement européen, pour intervenir dans nos choix : même à l'arraché, un oui français viendrait à point pour arranger leurs affaires, qui ne vont pas très bien.

La France est donc loin d'être le mouton noir de l'Europe. Et quoiqu'en dise le sieur COHN-BENDIT, les Français ne sont pas des bêtes qui ne veulent pas comprendre où est leur bien. Au contraire, ils posent, en particulier à gauche, des questions gênantes auxquelles l'establishment politique refuse de répondre. La principale me semble être celle-ci : pourquoi beaucoup de "socialistes" européens s'obstinent-ils à confondre le constat que l'économie de marché existe depuis toujours -constat qui n'implique aucune adhésion particulière- avec un réflexe conformiste par rapport aux théories libérales ? Le fait d'avoir, pour beaucoup d'entre eux, une culture de hauts fonctionnaires n'ayant fait au mieux que des "stages" sans risque et à haut niveau dans le secteur privé, n'explique pas tout.

La carence de la pensée économique sociale, l'audience insuffisante de la sociologie moderne et de la recherche en général, l'indigestion d'information qui conduit au comportement moutonnier ont aussi leur part dans ce désolant constat : la pensée de gauche est profondément contaminée par le libéralisme. Celui-ci est devenu, par un paradoxal retour des choses, plus matérialiste encore que le matérialisme historique qu'il a victorieusement combattu, tout au moins à travers son avatar marxiste-léniniste. Et sous prétexte de réalisme, de mondialisation, d'acceptation de rapports de force soi-disant définitifs avec l'hyperpuissance américaine, on en vient parfois, dans les rangs des leaders socialistes européens comme d'ailleurs dans ceux des Verts, à jouer sur les deux tableaux.

D'une part, on spécule sur la légitimité historique, l'ambiance de l'Internationale, la discipline de parti, les drapeaux rouges ou verts, les discours ronflants sur l' avenir social. On invoque sans cesse la solidarité, la fraternité, la laïcité et des tas de mots en "té" ou en "isme" (en français) censés justifier la fidélité électorale des ci-devant masses laborieuses. On voudrait bien aussi, parfois, bénéficier de la double représentation : une première fois grâce à la démocratie représentative et une seconde à travers la "société civile".

De l'autre on privatise à tour de bras, on en rajoute même parfois sur la banalisation du service public, on laisse aller le démantèlement de l'Etat, on ressort même faute de mieux la théorie de l'économie sociale de marché (Soziale Marktwirtschaft) qui reste un concept fondamentalement libéral, on maintient voire on développe certains privilèges économiques ou sociaux, on joue l'égoïsme social plutôt que la satisfaction des besoins de tous et pour finir l'atlantisme (vous comprenez, il faut bien changer et tout va si vite..).

Cette forme de schizophrénie ne peut, au bout d'un certain temps, qu' éveiller chez ceux qui souffrent dans leur vie quotidienne le sentiment d'être bernés. Ils ont donné leurs voix aux "socialistes", au sens générique du terme et se retrouvent avec une politique qui n'a pas grand'chose de socialiste. Mais ce qui est plus grave, on ne leur apporte aucun espoir, aucun projet concret qui justifierait les efforts réalisés par les classes populaires et plus généralement par ceux qui encaissent les dommages collatéraux du libéralisme et de la gestion technocratique de nombreux problèmes. Consommez, d'abord !

Où sont les perspectives pour les personnes vieillissantes à qui l'on fait maintenant la charité nationale ? Où sont les projets pour développer la satisfaction des besoins essentiels : emploi, logement, éducation ? Dès qu'on recherche des solutions, un silence assourdissant monte des rangs des partis. On reste dans l'attente d'une nouvelle approche keynésienne qui, au lieu de chercher à hiérarchiser le secteur public et le secteur privé au bénéfice de ce dernier, attellerait l'un et l'autre au service du bien commun.

Dans  ce contexte, la future "Europe sociale", nouvelle invention des Pangloss modernes, ressemble un peu à la carotte qui se balance devant le nez de l'âne et qui est suspendue à une canne à pêche attachée au bât : plus l'âne avance, plus la carotte recule. L'économie européenne de consommation peine de plus en plus à soutenir la croissance alors que les Etats-Unis bénéficient de la traction des dépenses de défense et du crédit international et la Chine de l'explosion de marchés que nous avons nous-mêmes définis, en plus du sien. L'économie industrielle de l'Europe tend à se voir de plus en plus substituer celle du commerce, ce qui est à partir d'un certain point dangereux. Et nos agriculteurs de la terre ou de la mer sont devenus les hilotes de l'administration européenne, criblés de dettes et dépendant de la dernière circulaire de Bruxelles. Les problèmes sociaux fondamentaux : déficit éducatif, vieillissement global de la population, urbanisme inadapté, marchandisation de la santé, ne sont pas approchés au fond par de nombreux gouvernements. Quant à la "gouvernance européenne", on voit mal en quoi elle pourrait séduire quiconque et en particulier ceux qui en ont déjà fait l'expérience. Cela n'implique nullement de contester les mérites d'une confédération européenne, tant qu'elle ne se pique pas de se transformer en gouvernement fédéral d'une tour de Babel plus technocratique encore que les Etats existants.

Cette profonde insatisfaction se double, en France, d'une véritable inquiétude quant au devenir national. Qu'on le veuille ou non, la France n'est pas un pays européen comme les autres. Comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Chine ou le Portugal, elle n'est pas responsable de son seul destin mais aussi de celui de l'avenir d'une langue, d'une vision sociétale particulière assise sur un droit, une éducation, des principes de civilisation et une dialectique particulière de l'Etat. Cette vision, de très nombreux autres pays liés à la France par l'Histoire la partagent plus ou moins et de ce fait, la France n'est pas comptable seulement de son propre avenir mais de celui d'une alternative culturelle globale dans le monde. C'est un état souverain, au plein sens du terme, qui pratique une idéologie spécifique et exemplaire.

Aussi la majorité des Français ne souhaite-t-elle visiblement pas, à ce stade tout au moins, se fondre dans un système pratiquement inféodé à une idéologie chrétienne-démocrate respectable, sans doute, mais qui n'est pas la leur. De plus, au delà de sa propre existence et de principes généraux que toute démocratie moderne peut s'approprier, ce système n'a pas d'idéologie autre qu'économique. Or, les Français viennent de percevoir qu'à travers la rénovation des traités européens, "on" cherchait à leur vendre une France docile et muselée, qui parle quand c'est son tour dans un concert européen : en quelque sorte ils réagissent à Maastricht avec un temps de retard, ce que ne manquent pas de leur reprocher les Yes-men officiels. C'est leur droit cependant et la notion de peuple n'est pas en soi condamnable : que ceux qui sont prêts au nom du "réalisme" à accepter l'atlantisme européen, donc le leadership d'une nation ou rêvent d'une Europe fédérale et régionale qui prétend en constituer une et mêm plusieurs, y songent : la taille seule justifierait-elle le sentiment national et communautaire ? Que MM. Juncker et Barroso, qui à tout hasard parlent maintenant d'un second referendum, y songent : il ne fait pas bon jouer la carte forcée et s'ils le faisaient, ce seraient eux qui mettraient en jeu l'"avenir de l'Europe".

Déception sociale, inquiétude nationale, comment s'étonner que les Français refusent la fuite en avant et, avec bien d'autres Européens, n'acceptent pas, particulièrement à gauche, que leurs politiques les abandonnent et leur tiennent des discours décalés ? Mieux vaudrait chercher à les comprendre et à leur apporter les projets qu'ils attendent au lieu de leur reprocher d'être à la remorque de leaders trop divers. Y voir une contradiction, c'est impliquer que les Français sont inféodés à des partis ce que, Dieu merci, ils ne sont pas. N'inversons pas les valeurs : dans un cocktail ce ne sont pas les Français qui sont les glaçons et la classe politique, le barman. Le barman, c'est bien le peuple et le mélange est souvent bon à l'arrivée, si le barman sait bien secouer les ingrédients et les glaçons...dans son shaker.

Dimanche soir, nous seront fixés et il est fort possible que la France, comme elle l'a souvent fait dans son histoire, sache aiguiller une inflexion vers le futur qui engage aussi celui d'autres pays en refusant le fédéralisme qu'on lui vend sous prétexte d'améliorer les traités. Le train de l'Europe doit aller à la bonne vitesse sur la bonne voie, celle d'une libre confédération d'états européens où la France puisse garder ses marges de manoeuvre, affirmer sa vocation spécifique et s'inventer un nouvel avenir. C'est tout le sens du vote de dimanche et celui du travail qui reste à faire sur un nouveau Traité. Que ce message, qu'il soit délivré par les Français ou d'autres Européens, arrive à ses destinataires et qu'ils sachent le comprendre, c'est tout ce qu'on peut souhaiter.

mai 24, 2005 dans Europe, Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

lundi, 23 mai 2005

Une vraie note de fond sur le TCE

Droit_public"Un texte hypertrophié, bloquant plus que facilitateur, l’accentuation des modes fédéraux de fonctionnement sans projet politique et sans les contrepoids propres au fédéralisme et la démocratie à la marge". Ce sont les trois aspects du Traité  « constitutionnel » européen que Béatrice BUGUET examine dans son article paru dans le numéro 2 de cette année de la REVUE DU DROIT PUBLIC et de la Science Politique. A la lecture de son analyse pertinente, vous comprendrez pourquoi « ne pas acquiescer à un texte n’est pas s’opposer à l’Europe. C’est, en l’occurrence, la tenir en estime assez haute pour la vouloir réfléchie, approuvée et cohérente ».

Je vous invite à lire cette contribution attentivement et à la distribuer autour de vous !             Pour télécharger l’article sous format PDF, cliquez ICI !

mai 23, 2005 dans Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

samedi, 21 mai 2005

CHI Jean Rostand/Hôpital de Saint-Cloud (IV)

Plus que jamais, la création d'un solide pôle public de santé, assurant la proximité hospitalière dans le sud-ouest des Hauts-de-Seine est à l'ordre du jour avec le rapprochement entre les hôpitaux Jean Rostand et de Saint-Cloud. C'est en effet la bonne desserte d'un bassin de population homogène dans son ensemble et bien irrigué en transports publics qui compte avant tout.

Dans son principe, la volonté de rapprochement était déjà très largement présente tant chez l'ensemble des personnels de santé qu'au niveau des directions. Les médecins du service public, en particulier, ont exprimé à la fois leur profond désir de voir leur vocation enfin reconnue et leur aspiration à un projet médical fédérant largement et efficacement la médecine - et la chirurgie- publique de proximité dans les Hauts-de-Seine, prise en compte. Les conseils d'administration se sont clairement exprimés et il faut respecter leurs intentions. Quant au ministère de tutelle Il semble qu'il envisage maintenant de donner à l'ARH les orientations dont elle a besoin pour pouvoir concrétiser administrativement le projet.

Pour donner leur adhésion, les 4 communes directement concernées ont elles aussi le droit d'être écoutées. Pour ce qui nous concerne, à Chaville, je pense indispensable que le futur établissement contribue à reconstituer et développer la capacité d'accueil des personnes âgées, tant en accompagnement médical de l'âge que de la fin de vie.  Or, cette capacité a récemment diminué suite à la perte de 36 lits occupés par des personnes âgées très dépendantes au foyer-résidence Les Sinoplies à Chaville.

En d'autres termes il me semble qu'une contractualisation raisonnable entre l'Etat et ses partenaires locaux est d'actualité. En échange de l'effort constant de ces derniers, deux apports sont indispensables de la part de la tutelle : un moratoire sur l'application de la T2A jusqu'à la fin du processus de fusion et le financement d'une trentaine de lits de SSR (soins de fin de vie) supplémentaires. Ceci, en plus du maintien des capacités d'accueil en gynéco-obstétrique, du maintien des urgences et du développement des services de péri-natalité. Le maintien des services de médecine et d'alccologie dans de bonnes conditions doit lui aussi être assuré.

L'argent existe - l'APHP s'est vu reconnaître la création de 600 lits supplémentaires - mais il faut le dépenser sur des critères objectifs. Notre combat, toutes forces confondues, pour le grand hôpital du Val-de-Seine est justifié et il faut que la tutelle apporte maintenant aux établissements un indispensable accompagnement, qui justifierait le soutien des collectivités locales concernées.

mai 21, 2005 dans Santé - Protection sociale, Services publics | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

mercredi, 18 mai 2005

Lundi noir pour la pratique politique (II)

Benoît L. me rappelle les initiatives de la gauche en faveur de l'impôt indirect et des financements spécialisés. Vous avez tout à fait raison, Benoît ! Mais même si je suis de gauche, je dénie à quiconque le droit de m'imposer sa définition de "la gauche". Sur le sujet qui nous intéresse ici, je suis profondément convaincu, comme vous sans doute que le meilleur impôt est l'impôt direct prélevé à la source, moins injuste, plus simple et plus transparent que l'impôt indirect, qui a cependant aussi sa place. Quant à l'impôt sur le revenu, c'est un radical-socialiste, Caillaux, qui l'a mis en place en 1914 dans un contexte évidemment bien différent ( le taux était de 2% à l'époque et il y avait encore beaucoup de rentiers )... mais c'est largement la droite qui l'a promu.

Comme dans le cas du traité "constitutionnel", ce que j'écris est basé sur une analyse qui pour n'être pas forcément originale, est tout au moins personnelle. Peu me chaut si X ou Y, fussent-ils de "mon bord" ont dit ou fait cela : ils ne sont pas infaillibles. De fait, l'un des maux dont nous souffrons actuellement, peut-être du fait de la mainmise de hauts-fonctionnaires néo-libéraux sur les postes de commande de la politique française, est précisément la pensée unique et son cortège de lieux communs et de fausses vérités. On l'a encore vu il y a quelques semaines, lorsque les hiérarques deux camps ont prétendu imposer une discipline de vote au profit de leur conception de l'Europe aux militants voire aux citoyens..c'est-à-dire la philosophie typiquement technocratique du vote par ordre d'avant 1789.

Tout le monde y gagnera si le citoyen reprend,sur les choix majeurs, le contrôle de sa réflexion personnelle et ne se laisse pas imposer les amalgames négatifs ("Vos copains font ceci ou cela", "Comment, vous votez avec Le Pen et de Villiers !") ou positifs ("vous n'allez tout de même pas dire non, puisque MM.Zapatero, Schröder, Berlusconi, Sarkozy, Chirac, Hollande etc. disent oui !"). Ce qui manque beaucoup à l'heure actuelle, c'est une pensée cohérente et large, laquelle est la base nécessaire et préalable d'un projet mobilisateur, celui qu' attendent les Français et dont le TCE n'est, au mieux, qu'un Ersatz !

mai 18, 2005 dans Politique générale | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack

mardi, 17 mai 2005

Assises franciliennes des collectivités territoriales pour le développement social et urbain

AssisesLes 13, 14, 15 et 20 juin prochains se dérouleront les assises franciliennes des collectivités territoriales pour le développement social et urbain organisées par la Région Île-de-France. Destinées aux maires et maires adjoints des communes et au présidents et vice-présidents des structures intercommunales en politique de la ville (soutenues ou non par la Région), et des conseils généraux, elles ont pour but de permettre l’échange dans la matière de la lutte contre les inégalités sociales et territoriales en Île-de-France.

Pour vous inscrire aux ateliers et/ou à la plénière, cliquez ici et remplissez le formulaire.

mai 17, 2005 dans Région Ile-de-France, Événements | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

lundi, 16 mai 2005

Lundi noir pour la pratique politique

Quelques lignes sur ce lundi de pentecôte, qui va voir -une fois de plus- des centaines de milliers de Français assumant sur le terrain les conséquences de l'inconséquence gouvernementale et plus généralement d'un mode de pensée de plus en plus répandu, celui qui consiste à faire systématiquement faire prévaloir, dans l'action, les considérations à court terme sur la gestion à moyen terme.

Les choses sont pourtant assez simples. Depuis que les collectivités humaines existent, elles ont coutume de prélever sur leurs membres, au bénéfice de la collectivité, une quotité d'énergie - de travail, par exemple- ou de richesse, qui n'est en principe rien d'autre que le produit direct ou indirect d'un travail. Si cette richesse est prélevée en argent, ce qui est généralement le cas dans les société modernes, il s'agit alors d'un impôt, ou d'une taxe. L'ensemble des impôts et taxes alimente les finances publiques de la collectivité, qui les utilise pour répondre, au travers du système politique, aux besoins formulés par la société.

L'un des principes des finances publiques est celui de l'universalité, qui implique en particulier la non-affectation des recettes et des dépenses. Cette règle est sage. En effet, comment prendre de bonnes décisions lorsqu'il s'agit de donner telle ou telle priorité aux besoins en fonction des ressources disponibles, si l'on se trouvait face à une collection de financements particuliers de tel ou tel article financier ?  Et prendre de bonnes décisions au service des citoyens qui vous mandatent, c'est en principe le but de la politique. C'est précisément pour assurer la meilleure solidarité possible entre les citoyens jeunes ou vieux que la règle de non-affectation a été édictée.

Cette règle est particulièrement essentielle lorsqu'il s'agit de répondre à des besoins fondamentaux, prioritaires et constants. Or, si un besoin répond à cette définition, c'est bien celui de pourvoir aux besoins de la vieillesse tant sur le plan des soins que de l'hébergement. Dans des sociétés plutôt vieillissantes comme la nôtre, ce n'est pas vraiment une surprise et le fait de faire face à cette mission n'a aucun caractère conjoncturel. C'est donc dans le cadre des finances publiques générales qu'il faut travailler et non en imposant à la collectivité ce qui s'analyse comme une corvée dont la définition est, aux termes mêmes du dictionnaire "travail collectif gratuit qui était dû au seigneur ou au roi par le paysan". Si l'on remplace "roi", par "république", on y est !

En passant, on remarque que, de même que seul le paysan était astreint à la corvée, aujourd'hui seuls les salariés sont astreints au travail le lundi de pentecôte : l'injustice s'allie à l'incohérence avec les principes élémentaires des finances publiques.

Alors, pourquoi tout cela ? Probablement parce que, comme dans le cas du traité constitutionnel, le milieu politique se révèle de plus en plus incapable de résister à la pression des media, des modes intellectuelles du jour, du contexte international. Le cancer du matérialisme libéral, mal compensé par un christianisme plus conventionnel qu'authentique, ronge les meilleurs esprits, et pas seulement les plus conservateurs.

Que retrouve-t-on en filigrane de cette mauvaise décision ?

-La conviction que la dépense publique est, en elle-même, un mal qu'il faut réprimer au profit de la consommation générale. Cette conception économiquement et politiquement idiote consiste à nier des besoins collectifs prioritaires et évolutifs, à satisfaire par la société -en général, par l'état et les collectivités territoriales- pour des raisons de justice et donc de stabilité sociale. Diminuer les budgets devient ainsi une priorité en soi, indépendamment des besoins à satisfaire : comme aux Etats-Unis, promettre des baisses d'impôt devient rituel. On se soumet à la dictature d'engagements insensés au lieu de dire aux gens : si vous voulez un plus de sécurité dans le domaine A ou B, il faut accepter de le payer et nous allons, ensemble, voir comment pour le bien de l'économie et de la société en général. Bien sûr qu'il existe de la bonne et de la mauvaise gestion publique ou privée, mais cela n'a rien à voir avec le sujet.

-Deuxième problème : la gestion à court terme. Depuis des années, le Ministère des Affaires sociales, qui devrait être l'un des plus importants, vit au milieu des expédients, des traquenards budgétaires, des fausses priorités, des réorganisations incohérentes, de la démagogie par rapport à certaines catégories d'intervenants. Et il faut vraiment que le professionnalisme des personnels soit très solide pour résister à cette gestion catastrophique. Clairement, le devenir des personnes âgées n'a pas sérieusement été pris en compte en termes aussi bien quantitatifs que qualitatifs. On ferme des établissements au lieu d'en ouvrir, on supprime des lits de soins de suite alors qu'il en faut davantage, on asphyxie les hôpitaux et l'on met en place un système instaurant une "concurrence" truquée entre public et privé. La médecine à deux vitesses, qui favorise largement la satisfaction de besoins non essentiels, se met en place. A un moment donné, les conséquences telle ou telle insuffisance se traduit par un sinistre majeur ^relayé par les media et il faut réagir dans l'urgence pour avoir l'air de faire quelque chose.

-Le jeunisme ambiant, reflet d'une société qui vit au travers de ce qui est attractif et de l'obsession de découvrir de nouveaux marchés pour perpétuer la croissance par la consommation de biens substituables, tout en parlant à longueur d'antenne du développement durable..Les jeunes sont d'ailleurs ici plutôt un prétexte qu'autre chose et ils ne sont, dans la pratique, pas spécialement bien traités, c'est leur image que l'on recherche. De fil en aiguille, on en vient ainsi à considérer que la solidarité par rapport aux personnes âgées relève d'une catégorie spéciale de dépenses, relevant davantage de la charité, concept essentiellement religieux, que de la justice humaine. "Une journée pour les vieux" : pourquoi pas les troncs de la Croix-Rouge ?

Et voilà : sous la pression des media, il faut faire semblant de satisfaire urgemment, au mépris de règles de bon sens, des besoins prévisibles d'une part essentielle de la société. Au lieu de reprendre à zéro l'architecture de dépenses sociales qui sont économiquement porteuses d'emploi et de dépenses orientées vers les entreprises, on fait semblant - pour combien de temps ? - de combler un "trou" financier. Et l'on se remet dans la dépendance des media qui relaient, à juste titre, le sentiment de gâchis de l'affaire. Que le premier ministre descende ou non au-dessous de la barre des 25% de satisfaits, la question reste : quand cessera-t-on de raisonner à court terme ? Qu'il s'agisse d'Europe, de défense, de culture française, d'éducation, de laïcité, de sécurité, de développement économique, c'est tout un : il nous faut restaurer, à travers une vision historique, une autre manière de faire de la politique : s'inspirer de l'expérience, reconstruire les fondements de politiques adaptées, faire prévaloir la prudence mais aussi la créativité sur l'activisme et la bonne conscience. Mais qu'il s'agisse d'Europe ou d'autre chose, comment faire confiance aux spécialistes de l'improvisation et du court terme ?

Bon lundi quand même !

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vendredi, 13 mai 2005

Un cahier spécial sur l’Europe du Monde diplomatique

A l'approche du référendum du 29 mai prochain, Le Monde diplomatique propose, dans un « cahier » spécial consacré à l'Europe, mettant en ligne un ensemble de documents essentiels, une large sélection de sites institutionnels, ainsi que des analyses, des graphiques et des tableaux. Pour une meilleure navigation, vous pouvez consulter le plan du cahier.

mai 13, 2005 dans Europe, Revue du Web, Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

dimanche, 08 mai 2005

Bush se bouge...

Intéressant cette petite balade du président US aux marches de l'Est...Est-ce vraiment pour le plaisir de provoquer son camarade Poutine et de préparer dans les meilleures conditions possibles la prochaine partie d'un nouveau Grand Jeu en Asie Centrale ou ailleurs ? M'est avis que cette affaire a peut-être davantage à voir avec l' Europe.

En faisant vibrer la corde sensible du sentiment anti-russe qui a, dans les pays baltes ou en Pologne, des raisons d'exister, différents objectifs peuvent être poursuivis. Aux Etats-Unis mêmes, raffermir la fidélité politique des électorats originaires de ces pays. Lier plus fortement encore aux intérêts américains la frange orientale de la nouvelle majorité européenne comme cela s'est fait avec Madrid et Rome, en exploitant les tendances françaises à un Directoire européen avec l'Allemagne. Préparer peut-être une présence militaire américaine dans l'est du continent, du côté de Kaliningrad, qui compléterait la référence à l'OTAN dans le projet de traité constitutionnel et musèlerait bien les sorties russes sur la Baltique. Et, ce qui ne gâte rien, gêner la réimplantation économique et politique de l'Allemagne dans une zone qu'elle a traditionnellement sous son influence : il s'agirait de s'insérer entre la Russie et la RFA, qui sera probablement retenue comme partenaire n°1 des USA en Europe. Du concret, tout cela.

Ce qui semble sûr c'est que pendant que certains s'agitent sur leurs chaises en rêvant d' une Europe fédérale ou se livrent à la diplomatie spectacle, nos amis américains bougent et font valoir leurs atouts dans ce qui est censé être notre pré carré. A quand un déplacement officiel au Québec ou en Louisiane pour notre président ? Saint-Pierre et Miquelon, la Caraïbe,  la Guyane, les endroits ne manquent pas pour que la France montre un nouveau profil, crée des universités régionales, fasse valoir son nouveau pavillon marchand, affiche sa culture et sa rupture avec le colonialisme et l'esclavage, propose de nouveaux espaces économiques de développement. L'affirmation d'une défense globale et d'un autre modèle politique doit se faire dans l'espace mondial, non en circuit fermé et dans un cadre géographique à la fois limité en indépendance réelle, en fondements éthiques et en faculté d'initiative.

mai 8, 2005 dans Politique extérieure | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

mardi, 03 mai 2005

Techno-parade et vraies questions

Oui_nonA un mois du vote sur le TCE, la lourde machine de propagande des partis et de la technocratie s'est mise en route : c'est la techno-parade !

L'establishment politique fait donner les vieilles gardes et l'on voit Simone Weill, VGE, Lionel Jospin, Jacques Delors, devant ceux-là mêmes qui les avaient gentiment poussés vers les placards, donnant de la voix et expliquant au peuple égoïste, incapable d'"idéal européen" et mû par les seuls "intérêts catégoriels", hétéroclites comme chacun sait, qu'il doit se ressaisir et écouter bien sagement les instructions de ses dirigeants. Voudront-ils regagner leur exils respectifs si le "oui" gagnait, c'est une autre histoire....

Paniqué par les éventuelles conséquences d'un NON pour la droite, le gouvernement n'hésite plus sur les moyens. Il fait placarder, aux frais du contribuable, des morceaux choisis de la "constitution" sur les panneaux publicitaires. Et la distribution du texte du traité et des bulletins s'accompagne d'une note de propagande en faveur du oui. Les chroniqueurs fédéralistes de certaines radios s'en donnent à coeur joie, au point de faire naître un débat salutaire sur l'impartialité des antennes nationales. On mélange joyeusement, pour les besoins d'une cause très discutable, d'authentiques réalisations européennes comme l'Airbus avec un choix politique sur un modèle particulier d'association européenne. Revenu au premier rang du oui, Jacques Chirac, toujours aussi bon bateleur qu'il est mauvais homme d'Etat, montre avec son aplomb habituel mais devant une galerie de plus en plus lasse ses tours favoris : récupération tous azimuts, pirouettes verbales, promesses invraisemblables, aberrations proférées avec culot "droit dans les yeux". Le général de Gaulle, qui en a pourtant beaucoup vu, doit se retourner dans sa tombe devant ce triste numéro : le gaullisme servant d'alibi au grand retour de la politique des partis.

Pourtant, n'en déplaise aux apprentis sorciers du fédéralisme européen, le concept européen n'est la propriété de personne et toute tentative de transformer un débat sur "quel contrat européen les Français peuvent-ils accepter sans se renier ? " en "pour ou contre l'Europe ?" est non seulement sotte mais malhonnête. Elle reflète l'angoisse d'une bonne partie des milieux politiques, non seulement en France mais ailleurs, devant la perte de face que représenterait pour eux un "non" populaire dans leurs états respectifs. L'affiche officielle, c'est "Vive l'Europe !", mais leur véritable devise, c'est : "Technos de tous les pays, unissez-vous !"

Essayons donc de résumer en quelques points essentiels les questions qui se posent et aussi celles qu'"ils" ne veulent pas poser...parce qu'elles risqueraient de fâcher ou, ce qui serait plus dangereux encore, de faire réfléchir.

S'agit-il de voter pour ou contre l'"Europe" ?

Non, bien sûr. J'ai personnellement voté pour Maastricht en tant que traité, parce que j'estimais et j'estime toujours qu'il représentait, dans le périmètre européen d'alors, un équilibre acceptable pour la France. Sur les bases de ce traité, il était possible à des organes européens qui souhaitaient faire une politique inspirée par autre chose que l'obsession libérale, de faire beaucoup de choses : lutter contre les conséquences d'une mondialisation prévisible depuis des décennies, agir pour la coopération internationale, construire des services publics européens. Mais ils n'en avaient pas envie et avec les nouvelles majorités, ils en auront encore moins envie : l'idée que les Etats empêchaient les technos européens de faire du bon travail et qu'avec la "constitution" ça va changer ( enfin, du social !) ne repose sur rien de sérieux, c'est une affirmation gratuite.

Peut-on défendre l'idée d'une entité politique indépendante avec une défense dépendante ?

Là, c'est se payer franchement la tête des gens. Jacques Delors lui-même n'ose pas dire qu'en posant dans un traité constitutionnel les principes d'une défense étroitement liée à l'OTAN (Art. I-41.7) c'est-à-dire, qu'on le veuille ou non, aux Etats-Unis, on avancera vers l'indépendance politique de l'Europe, laquelle est censée, précisément, justifier la construction européenne. Depuis que la politique existe dans le monde, on n'a jamais vu une entité politique se rendre indépendante à travers une défense étroitement dépendante de la puissance dont elle est censée s'affranchir. Or, c'est le seul pays réellement indépendant en termes de défense, la France, qui vient doucement se soumettre à la nouvelle majorité européenne. Et cette majorité-là est issue d'un élargissement hâtif et parfaitement contradictoire, tout le monde en est conscient aujourd'hui, avec la fameuse intégration européenne et a fortiori, avec son indépendance sans laquelle elle n'a pas de sens. Ou alors elle a le même sens que l'ALENA en Amérique...c'est d'ailleurs la raison pour laquelle de nombreux amis d'Amérique Latine souhaitent un "non" français : pour eux, le TCE a un goût qu'ils ne connaissent que trop bien, celui du gouvernement par des Yes-Men locaux inféodés à Washington.

Existe-t-il un "peuple européen" ?

L'air de rien, cette question est essentielle. Pour moi, l'existence d'un peuple précède celle d'une constitution et à mes yeux, ce peuple n'existe pas et n'est pas près d'exister. L'Europe, elle, a toujours existé et elle a souvent été beaucoup plus "intégrée" qu'aujourd'hui. A travers les cousinages entre Cours, les "tours d'Europe" universitaires des intellectuels d'alors, les échanges scientifiqueset culturels favorisés par une connaissance réciproque des langues proportionnellement bien meilleure chez les élites que maintenant. Les banquiers étaient européens, les armées souvent elles aussi, même et surtout sous Napoléon voire sous d'autres chefs plus contestables encore (toujours au nom d' "Europes Nouvelles " bien sûr). Tout cela a-t-il créé un "peuple européen" et même, serait-ce en soi une bonne chose ? Le gros problème de la fuite en avant et de la construction européenne pratiquée pour elle-même est que l'on ne sait pas où l'on va, ni pourquoi, ni au nom de quoi. C'est un train sans destination dans lequel on fait monter toujours davantage de monde : les Bulgares et les Roumains montent à bord, les Turcs sont sur le marchepied, les Ukrainiens, les Croates sont au guichet et on parle déjà de l'Arménie ou du Kazakhstan. De fait, pourquoi priver certains peuples du progrès économique et politique que représente un marché unique assorti d'une coopération politique raisonnable ?

En effet, mais qu'alors on ne nous parle plus d'indépendance internationale, de progrès social pour les plus avancés, et de constitution : le parlement européen est d'ores et déjà une Tour de Babel, et l'on rencontrera de temps en temps, avec surprise, un commissaire français au détour d'un couloir du Berlaymont. Alors, pourquoi ne pas dire aux politiques devenus eurolâtres : "Calmez-vous, laissons du temps au temps et travaillons au bien-être quotidien de tous, plutôt que chercher dans l'urgence un Roi soliveau aux grenouilles européennes ! "

Et le Royaume-Uni ?

Une fois de plus, on voit ressurgir les vieux fantômes. Les plus "européens" montrent bien les limites de leur raisonnement en excluant d'emblée les Britanniques, suspects à leurs yeux de n'être point européens, c'est-à-dire, en fait, continentaux. Mais en quoi le concept européen se ramène-t-il au continent et est-ce l'intérêt de la France de jouer les duettistes avec la seule Allemagne, dont la capitale s'est déplacée de 1000 km vers l'Est ? Plus généralement, l'accusation d' atlantisme portée vis-à-vis des Britanniques est à la fois anachronique et inconsistante. Anachronique parce que bien avant que les Etats-Unis n'existassent, les Britanniques qui sont tout aussi européens que nous ( les Romains, les Normands, les Angles, les Saxons, Gibraltar, la Gascogne, le Portugal, vous connaissez ?) n'ont jamais voulu d'une domination continentale et cela nous a bien servi en 1940 (nous avons parfois la mémoire bien courte, car sans eux nous aurions bien l'Europe intégrée aujourd'hui, mais laquelle !)...Inconsistante parce que ceux qui veulent nous faire signer une "constitution" institutionnalisant une défense européenne fondée sur l'OTAN sont bien mal placés pour critiquer Londres, qui ne s'appuie sur les Américains que par une réaction viscérale à l'axe Berlin-Paris et non par solidarité de principe. En vérité, une "Europe politique " où les Britanniques ne joueraient pas n'a aucun avenir et elle est même, à la limite, dangereuse pour les intérêts français. Ne confondons pas intégration continentale et construction de l'Europe, puissance mondiale !

L'"Europe" progresse-t-elle socialement ?

Les gens sensés jugent aux actes, et non aux principes et on nous redit assez que le TCE proposé reprend les traités existants en y rajoutant de salutaires principes qui vont "enfin" ouvrir la route à l'Europe sociale voulue par les vrais socialistes..Alors, quelles sont les avancées sociales réalisées dans les états européens depuis la création de la Communauté puis de l'Union ? Si l'on estime que le parlement européen devrait en dire davantage, où sont ses propositions et surtout ses réalisations ? Avec la circulaire Bolkestein, momentanément mise au frigo, la Commission, elle, s'est exprimée et avec cohérence. Quant au conseil des ministres européens, on a compris qu'aussi bien à la maison qu'à Bruxelles, ses membres étaient et sont bien en peine de faire avancer les affaires, à supposer qu'ils en aient la volonté. Le fait que dans certains états nouvellement adhérents, la meilleure qualité de la gouvernance et l'ouverture des marchés fasse faire des progrès substantiels à l'emploi est indiscutable. Mais ce n'est pas là le débat : ce n'est pas parce que la Communauté Européenne était et reste une bonne chose en termes économiques que le traité proposé devrait permettre des avancées sociales permettant une plus juste redistribution des risques et des bénéfices du travail. A la vérité, le bilan global, pour les états les plus avancés, est très faible. Par contre, des secteurs entiers sont et seront sinistrés : est-ce l'ouverture des marchés internationaux qui sauvera Pechiney du démantement par Alcan, est-ce la chasse au capitalisme public, exercice favori des eurolâtres, qui protégera les salariés d'entreprises nationales (françaises ou autres) de la prise de contrôle par des intérêts apatrides voire américains, chinois, ou autres ? Est-ce l'obsession de la croissance par la consommation (et non par le développement durable), voulue et encouragée par les intérêts des négociants, qui apportera le mieux-être social ? Il me semble que c'est d'abord aux dirigeants européens de s'engager sur une politique sociale claire, ensuite seulement aux peuples de décider. Pas de chèques en blanc dans le domaine social !

Un fédéralisme européen est-il viable ?

Le vrai débat, sous-jacent à cette histoire de vraie-fausse constitution, est bien là. D'un côté ceux qui veulent "avancer" pour avancer, sans trop savoir ce qu'il y a à la sortie et qui s'imaginent l'Europe du futur comme une nouvelle France, qui ferait résolument pièce aux empires américain, chinois, russe ou autres et saurait être l'état fédéral et idéal. De l'autre, ceux qui pensent que les cultures ne s'achètent pas (ni ne se vendent) sur les marchés non plus que les conquêtes sociales et que la politique n'est pas une simple superstructure de l'économie, bref qu'il faut raison garder et travailler au présent. C'est sans doute pourquoi beaucoup de ceux qui sont vraiment sortis de l'hexagone ou du microcosme bruxellois sont très réservés sur l'idée d'un fédéralisme européen. Même les états fédéraux ou confédéraux qui partagent une culture forte et plus ou moins unie linguistiquement (Etats-Unis, Russie, Belgique par exemple) ont déjà bien du mal, au travers d'histoires mouvementées et parfois dramatiques, à faire fonctionner leur système, qui d'ailleurs n'est pas forcément un modèle politique à imiter.

Alors, avancer à marches forcées dans cette direction n'est probablement pas raisonnable, même si cela nourrit les ambitions de certains. Ils ne seront d'ailleurs guère nombreux car à l'allure des élargissements successifs le nombre des postes à pourvoir par des Français est de plus en plus faible.. A en juger par l'esprit d'autoflagellation et de fatalisme "mondialiste" qui règne dans certains milieux aujourd'hui, on trouvera peut-être même des amis pour s'en réjouir ! Or l'existence politique passe d'abord par la volonter d'exister. Pour ma part, quitte à passer pour un nationaliste impénitent que je ne suis d'ailleurs nullement, je suis résolument hostile au fédéralisme qui représenterait à mes yeux un recul social et culturel caractérisé et surtout une option totalement irréaliste. Alors, se le laisser (déjà) imposer de l'extérieur : non, merci !

Pourquoi l'establishment politique est-il globalement pour le TCE ?

Il y a beaucoup de raisons à cela : les réalités sont têtues et l'Europe, globalement, a le dos large. On peut lui imputer, négativement, ce qu'on a été incapable de faire et, positivement, ce qu'elle pourrait (théoriquement) faire. Or, dans les pays européens les plus développpés et en particulier le nôtre, les marges de progression deviennent problématiques. Faute d'imagination et de dynamisme, faute de sens de l'Etat, les problématiques de logement, de santé, de retraite, de transport, d'emploi, de dynamique culturelle française se révèlent difficiles à résoudre. Alors, il n'y a plus qu'à persuader le public que, mondialisation obligeant, ce n'est que dans la construction européenne que l'on pourra résoudre ces difficultés qui sont celles qui intéressent au premier chef la masse des Français. C'est ce qui s'appelle en termes rugbystiques botter en touche, et c'est rudement tentant pour des politiques qui n'ont jusqu'à présent guère su convaincre sur les problématiques principales. Une autre raison qui peut être avancée, c'est que le microcosme européen et en particulier les membres de la Convention qui a concocté le TCE, est largement composé de gens qui n'ont guère de contacts directs avec la population française (ou autre). On est entre soi et on échange de belles idées. Les réalités de terrain, elles, sont bien loin et le déficit d'efficacité se comble avec de la guimauve européenne.

Le non déchaînera-t-il une catastrophe ?

Pour la France, sûrement pas. Pour l'Europe, non plus. Le Royaume-Uni vit très bien sans l'euro et certains le donnent même en exemple économique. Il est vraisemblable qu'au moins un état, sinon plusieurs, répondront eux aussi négativement à des referendums sur le TCE et il est clair aussi, malgré les dénégations à droite et à gauche, que des scenarii alternatifs existent ou existeront. Comme par hasard, d'ailleurs, la montée du non populaire justifie la soudaine souplesse de la Commission sur certains points qui importent au gouvernement français. Ou cette souplesse est réelle, et la négociation n'était pas bonne, ou elle n'est que feinte et comment faire confiance au TCE ?

Vu la liste impressionnante des nouveaux et futurs adhérents,  comment imaginer que dans un marché unique de cette importance, l'avis négatif d'un des états majeurs de l'Europe sur une version de traité puisse déclencher l'arrêt de la "construction" européenne ? On n'a rien vu de tel après la renégociation demandée par Margaret Thatcher, ni après l'échec niçois et il faut s'en réjouir, car cela prouve que la carte forcée imposée à une France encore existante en tant qu'état souverain n'est pas encore d'actualité. L'animal n'a pas encore perdu toutes ses dents !

A quoi peut-on dire oui ?

A beaucoup de choses et en particulier, à la reconduction des traités existants qui ont certes leurs défauts mais sont globalement praticables. A un comportement responsable d'une classe politique qui devrait se consacrer prioritairement aux problèmes concrets du quotidien, par opposition à la politique-agitation et à la fuite en avant. A une politique extérieure française rééquilibrée, à une réforme de l'Etat qui en soit vraiment une. A un nouveau concept économique fondé sur autre chose que la seule stimulation de la consommation. A une politique culturelle ambitieuse pour notre langue et notre culture, qui n'aurait rien à voir avec la  timide supplique pour une malheureuse "exception culturelle" en peau de chagrin. A une négociation claire sur les problèmes de défense, préalable à tout chèque en blanc sur la représentation internationale de l'Union.

Mais aux dispositions concernant la défense intégrée à l'OTAN, une prise en compte trop large du religieux et du communautaire, la non-implication de la banque Centrale Européenne dans la politique économique, la lancinante et aveugle* référence à la "concurrence non faussée", l'inégalité de représentation entre "citoyens européens", il faut dire non, dans l'intérêt même d'une future Europe. Et surtout, voter non à la poursuite simultanée de deux logiques totalement contradictoires, celle de l'élargissement permanent et celle du fédéralisme européen.

Au delà de la techno-parade d'un nouveau genre qu'on nous inflige, sachons donc gouverner notre destin et non nous laisser gouverner par lui. Restaurons la primauté du politique sur l'économique. Ne devenons pas de crédules "yes-men" mais construisons ce que nous comprenons, ce que nous voulons, à notre rythme, en peuple responsable. Sachons voir que le constant élargissement de l'Union ne doit pas être un motif d'accélération d'une construction déjà déséquilibrée mais au contraire une raison de faire la pause et de recadrer nos objectifs dans une démarche authentiquement sociale et indépendante. En disant "Non", la France fera peut-être perdre la face à quelques-uns. Mais elle ne s'isolera pas, bien au contraire, en faisant prévaloir la voix du bon sens et de la sagesse.

* Et pourtant, comment attendre de l'Europe qu'elle "protège ses entreprises" contre la Chine, les USA ou l'Inde et qu'elle érige en même temps en principe constitutionnel la "concurrence non-faussée" ? Ce serait avoir, comme les Etats-Unis, un double langage : concurrence sur le marché intérieur, protectionnisme à l'extérieur. La différence avec les USA, dont l'économie est très largement tirée par la dépense publique, c'est que nous avons accepté, au travers de la sous-représentation des grands pays européens dans les instances décisionnelles, que les intérêts commerciaux libre-échangistes pèsent aujourd'hui politiquement davantage en Europe que ceux des industriels publics ou privés. Or la logique du commerce international, c'est de pourchasser la dépense publique (qui investit et consomme européen) au profit de la consommation privée (qui achète de plus en plus largement sur le marché mondial). Quelque part, l'exercice de grand écart s'arrêtera et il faudra comprendre que cette politique économique à courte vue fait peut-être gagner beaucoup d'argent à quelques-uns mais qu'elle est dangereuse pour la collectivité. Alors, au milieu de tout cela, l'"Europe sociale"...

mai 3, 2005 dans Traité « constitutionnel » européen | Permalink | Commentaires (1) | TrackBack