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dimanche, 05 décembre 2004
Tous les autres sont d’accord !
Lorsqu’on parle de « majorité » européenne, de quoi parle-t-on ?
- de la majorité du parlement européen, élu sur la base d’une grande inégalité de représentation entre les citoyens des petits pays et ceux des grands et, en général, sur des scrutins de liste tout à fait détachés de toute base locale ?
- de la majorité des peuples d’Europe, lorsqu’ils ont déjà pu s’exprimer directement sur des questions simples et compréhensibles à tous ?
- de la majorité de partis regroupés par sensibilités approximatives en grands groupes tels que le PSE ou le PPE ?
Dans tous les cas, les consultations « européennes » ne sont pas sans intérêt, elles gardent à ce stade, compte tenu en particulier de taux d’abstention considérables, une signification relative.
Mais surtout, il paraît en toute objectivité impensable de mettre sur un pied d’inégalité politique, lorsqu’il s’agit de questions fondamentales touchant leur défense ou l’avenir de leur culture et de leur langue, des pays souverains de plusieurs dizaines de millions de citoyens et des états tout aussi respectables certes, mais n’ayant aucune responsabilité internationale et sensibles aux pressions extérieures.
L’inégalité de représentation existe aussi dans les systèmes de démocratie représentative de nombreux état d’Europe mais elle est souvent compensée par des mécanismes institutionnels et elle ne met pas en jeu la souveraineté. S’imaginer qu’on peut résoudre au galop (par rapport au rythme de l’Histoire) et à coup de traités omnibus la problématique des peuples, tout en s’éloignant de plus en plus de leurs véritables besoins et de la valeur ajoutée normative, est probablement une erreur.
Ce qu’on est convenu d’appeler la construction européenne n’a donc aucun caractère d’urgence et risque d’être bien fragile et susceptible de remises en cause brutales si l’on brûle les étapes.
Mais le problème principal n’est peut-être plus là. Lorsqu’on en arrive à se demander si l’on a encore le droit d’avoir une pensée ou un comportement originaux, que ce soit au plan local, national ou international, il y a quelque chose qui ne va pas. C’est l’invasion de la pensée unique, elle-même sujettes aux modes, qui fait des ravages en France comme dans le reste de l’Europe. Les dirigeants qui devraient inspirer des projets nationaux ou internationaux ne cessent de se retourner pour chercher un maître à penser : beaucoup réagissent en directeurs de cabinet, non en hommes d’état.
Qu’il s’agisse de l’Audimat, de Bruxelles, des marchés, des élections, du congrès du parti X ou Y, c’est toujours d’ailleurs qu’on attend aujourd’hui la pensée ou l’avis.
Or l’absence de projet réel génère nécessairement la déception, l’abstention, le découragement voire l’abandon.
Ce n’est pas le génie de la France que d’être conformiste, ce ne devrait pas être celui de ses politiques que de lui proposer, pour tout projet, de rebrousser chemin pour faire comme les autres. Cela n’ a rien à voir avec la morgue et la prétention dont on nous accuse, effectivement, souvent : on peut défendre opiniâtrement ses vues tout en respectant les autres. C’est exactement le contraire que nous faisons aujourd’hui en alliant la soumission sur le fond et l’arrogance vis-à-vis de nos partenaires latins, de l’Afrique et de nombreux pays francophones. Dès lors, ils retournent vers d’autres amis, d’autres structures, d’autres espoirs.
C’est pourquoi il nous faut peut-être penser d’abord à l’ouvrage, non à l’outil.
décembre 5, 2004 dans Europe, Traité « constitutionnel » européen | Permalink
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