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jeudi, 02 décembre 2004

Pour un radicalisme des années 2000

En vue du Congrès du PRG qui se tient à Lyon les 10,11 et 12 décembre prochains, je propose à nos amis une contribution dont le texte est reproduit ci-après à votre intention. Vos commentaires seront bien sûr les bienvenus !

Pour un radicalisme des années 2000

Si l’on observe la situation politique actuelle en France comme dans le monde, on ne peut qu’être frappé par le manque de cohérence dans le comportement de nombreux acteurs. Peut-être est-ce, d’ailleurs, ce manque qui est à l’origine des résultats parfois décevants de leur action et du désenchantement de l’électorat.

A l’analyse des législations récentes, au travers de l’évolution des structures, à l’examen des prises de position par rapport au projet de traité constitutionnel européen, la perte des repères devient de plus en plus évidente.

Ainsi, ceux-là même qui font du laïcisme – et non, selon nous, de la vraie laïcité- leur cheval de bataille dans les discours, ont conçu une loi qui se révèle de plus en plus clairement, dans les faits, être purement anti-musulmane ou anti-sikh. Personne n’est choqué, par contre, qu’un sénateur « de gauche » fasse voter un amendement prévoyant que les maires doivent financer des études dans des établissements confessionnels hors de leur commune ou que des établissements financés par l’Etat soient gérés par des religieux en habit.

Au point où l’on en est, l’article II-70 de la « constitution » européenne qui prévoit pour chacun « la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites » ne doit pas les choquer non plus..

D’autres s’affirment partisans du progrès social, du maintien de l’emploi et du caractère essentiel du service public. Au nom de la flexibilité de l’économie, de la mondialisation, du « réalisme », ils ont pourtant initié la privatisation de certaines entreprises publiques ou admis que, puisque tout le monde le faisait paraît-il en Europe, il était normal d’abandonner la logique du pavillon dans le domaine des transports, sans tenir aucun compte de la situation très particulière de la France. Hors de question, par contre, de toucher sérieusement au statut de certains organismes où des statuts de quasi-fonctionnaires se maintiennent pour des activités relevant déjà du secteur privé. Privatiser de droit ou de fait et dans les plus mauvaises conditions, certains secteurs essentiels pour la nation et le citoyen comme les transports, la santé, les communications et la Poste tout en en protégeant d’autres qui de toutes façons seront touchés par la marée libérale européenne, est-ce logique ? L’article III-203 du même texte ne prévoit-il pas de « promouvoir des marchés du travail aptes à réagir rapidement à l’évolution de l’économie ? »

Les zélateurs de l’usage exclusif du français en France, vecteur d’un enseignement égalitaire et laïc et qui combattent le maintien et le développement de cultures régionales pourtant utiles au bien-être culturel des gens, changent de logique dès qu’il est question de l’Europe.


Deux ou trois lignes sur la culture dans le projet de traité, contre des pages entières de détails oiseux sur des règlementations douanières, quelle importance ? Deux cent millions de francophones qui voudraient bien garder leur culture propre et croient encore à l’avenir du français ? Oubliés! On se contentera pour quelque temps d’un statut d’exception culturelle, en attendant de se plier à la règle…Mais l’incohérence ne s’arrête pas là : à l’heure de l’Europe l’enseignement des langues européennes autres que l’anglais recule au point que l’allemand devient une langue rare : pas de problème. Les lycées bi-nationaux se comptent sur les doigts d’une main, ce n’est pas grave. Et les millions de jeunes Français qui passent 500 heures ou plus les bancs de l’école à apprendre l’anglais avec un rendement final médiocre ou nul, ce n’est pas grave non plus. En tant qu’institution, l’Education Nationale n’est pas critiquable, c’est tabou !

Il y a aussi ceux qui rêvent avec impatience d’une Europe forte, indépendante, susceptible de faire pièce à l’Empire américain car la France et sa défense tous azimuts, c’est un passé ringard et dangereusement nationaliste, n’est-ce pas ? Ceux-là non plus ne craignent pas de se contredire: l’article  I-41 stipule expressément qu’« au cas où un état-membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres états membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’art.51 de la charte des Nations Unies. Cela n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de défense de certains états membres. Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord qui reste pour les états qui en sont membres (le gros des états membres de l’UE, n.d.l.R. ) le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». Autrement dit, le tour est joué : la France rentrerait dans le rang, dès qu’on lui aurait fait ratifier un traité qui ne peut être modifié qu’à l’unanimité des états membres…donc pérenne !

Quant au projet de constitution européenne, et c’est là qu’intervient l’incohérence suprême, tous les éléments du credo chrétien-démocrate y sont réunis : « Valeurs chrétiennes » exprimées en litote sous la forme d’« héritage commun », Droit à exprimer ses convictions religieuses de toutes les façons possibles y compris dans l’éducation, Libéralisme fondamentaliste exprimé en tant que valeur dans une constitution, Référence expresse et tout aussi définitive à l’Alliance Atlantique, Fédéralisme fondé sur une forte inégalité de représentation entre les « citoyens » européens. Cette vision des choses est, bien sûr, respectable en tant que telle.


Mais en quoi a-t-elle un quelconque rapport avec le socialisme et encore moins le radicalisme tel que nous le professons : Discrétion religieuse au sein d’un état et d’une nation laïques, Indépendance de la France, porteuse d’une alternative culturelle et sociale ouverte à toutes les civilisations, Priorité absolue à l’Humain et au progrès social par rapport à l’économie qui n’est qu’un moyen, Défense de la dimension collective et de la solidarité au travers du service public ?

Les Chrétiens-démocrates et leurs alliés objectifs du PSE constituent peut-être une majorité au parlement européen, ils restent une minorité politique en France. L’habile manoeuvre de Valéry Giscard d’Estaing et de ses amis consiste à contraindre définitivement les Français à inverser le rapport de forces politiques interne à la France. Leur faire admettre de l’extérieur, au travers un fourre-tout institutionnel baptisé –c’est le cas de le dire- constitution (ce qui veut dire en anglais : statuts) ce qu’il n’a jamais réussi à leur vendre de l’intérieur, c’est la flèche du Parthe d’un ancien Président supérieurement intelligent. C’est bien joué. Bayrou est d’accord, Jean-Paul II d’ailleurs aussi.

C’est, de leur point de vue, normal et cohérent.

Ce qui paraît l’être moins, c’est qu’on puisse, au nom du radicalisme ou même du socialisme, défendre qu’un texte clairement inspiré par une philosophie qui n’est ni radicale, ni socialiste ni tiers-mondiste et moins encore sociale, doive devenir  la loi fondamentale et définitive d’un groupe de pays liés, et c’est une bonne chose, par leur économie. En tout état de cause, et même s’il faut le faire prospérer, l’arbre européen ne doit pas nous cacher la forêt du monde pour devenir une véritable obsession et une pseudo-réponse à tous les questionnements..

Il est donc urgent, si nous voulons garder notre âme et continuer à exister politiquement, de nous reprendre.

Au lieu de rivaliser de zèle européo-atlantique avec l’UDF, nous devrions sans doute presser le gouvernement de renégocier intelligemment le texte issu de la Convention. Libérons-le du fatras administratif du titre III, de toute allusion à l’OTAN, des freins aux coopérations renforcées.

Evitons-lui la référence obsessionnelle aux principes de la libre concurrence et rétablissons le principe que si l’« Europe » doit un jour être vraiment politique, elle ne saurait poser en principe définitif qu’un Français ou un Allemand pèse trois fois moins qu’un Lituanien ou un Chypriote : une citoyenneté européenne ne saurait reposer sur une inégalité durable de représentation.

Quant à la laïcité, elle n’est pas négociable et autant la religion est à sa place dans la vie de chacun, autant sa manifestation ne saurait être admise. S’il en allait autrement l’Union Européenne s’acheminerait vers le même type de fédéralisme que les Etats-Unis, où un recul social est clairement en cours. Est-ce ce que nous voulons ? Le danger existe déjà, comme les récentes déclaration de certains commissaires et celles du candidat Sarkozy le prouvent à suffisance.

Mais même si l’Europe est d’actualité, elle est bien loin de constituer l’essentiel des préoccupations des Français ni la seule porte à leur avenir. Tournons-nous enfin vers le concret en faisant des propositions sur les problèmes qui intéressent réellement nos concitoyens. Logement, éducation, fiscalité, transports, santé publique, emploi des jeunes et des moins jeunes, urbanisme : dans tous ces domaines des disfonctionnements, des cohérences et un manque de dynamisme existent.

Retrouvons-y la trame du radicalisme : profondément proche des besoins de la population, créatif et capable de s’affirmer non en cultivant l’abstraction ou des préoccupations d’électoralisme local mais en apportant un plus concret à la résolution des problèmes.

Au lieu de cultiver un laïcisme empesé, sachons redonner à l’Ecole et plus largement à l’Education le supplément d’âme qui leur manque parfois, avec l’appui du monde enseignant.

Pratiquons une réforme de l’Etat intelligente, en nous attaquant à l’inefficacité des grandes citadelles tout en défendant vigoureusement les besoins de véritable service public. Fortifions la vie culturelle de nos régions au lieu de la combattre tout en développant l’aptitude des Français à s’exprimer internationalement.

Réfléchissons aux bases de notre société et aux moyens de la rendre plus juste, plus performante, plus attractive, plus enthousiasmante aussi que les professions de foi libérales.

Dans le même esprit, contraignons par une vigoureuse critique la majorité actuelle à abandonner une politique extérieure marquée par la prétention, l’inefficacité, les maladresses, l’abandon et le manque total d’imagination. Réveillons des liens amicaux et équilibrés avec le monde latin, nos partenariats avec le monde francophone, des rapports fermes mais courtois et positifs avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Les Français ne doivent pas se contenter naïvement d’une exception culturelle qui n’aura qu’un temps, il doivent porter, avec nos amis du monde entier et pourquoi pas en Europe un message humaniste, conforté par des actes forts aux plans de la défense, de la culture, de l’écologie.

C’est le rôle de notre parti de les y aider.

décembre 2, 2004 dans Vie politique | Permalink

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Commentaires

Comment n’être pas d’accord avec ton rappel des principes qui nous guident, et ta mise en garde contre les constantes tentatives pour les tourner ?
Et comment ne pas adhérer à ta conclusion réaliste : occupons nous des vrais problèmes : logement, éducation, transports, santé publique, emploi des jeunes, urbanisme.
Mais il en manque un, dont dépend plusieurs de ceux qui sont cités : la politique monétaire, aujourd’hui puissante machine au service d’un libéralismes individualiste
De quoi s’agit-il ?

On sait que la politique monétaire a pour but de contrôler la création de monnaie effectuée par les établissements financiers, de façon que la masse monétaire détenue par les consommateurs, soit suffisante pour les échanges, mais en évitant tout excès qui provoquerait l’inflation.
La politique monétaire actuelle est complexe, et sans conteste meilleure que celle qui sévissait avant 1985, du temps de l’encadrement autoritaire du crédit ; et meilleure encore que la précédente, qui voyait le règne de la création monétaire privée sans contrôle.
Mais c’est une politique à court terme, qui s‘interdit de financer de façon adéquate les investissements fondamentaux à très longue durée de vie, mais à rentabilité progressive, qui assurent la durabilité de l’économie, et dont la marché a besoin, alors que l‘épargne les finance difficilement. Sans doute a-t-on voulu éviter que les banques centrales ne fassent concurrence aux banques privées.

Mais voyons les conséquences ::les invraisemblables artifices utilisés pour le financement du logement, qui pèsent sur le contribuable et les entreprises ; le poids des charges du financement initial sur les péages d’autoroutes ; l’impossibilité d’amortir la construction des voies ferroviaires sans l’aide du contribuable; l’aménagement des villes en retard, entraînant l’inflation du coût foncier et l’étranglement de la vie familiale , les canaux à l’abandon : les digues du Rhône délabrées : l’escroquerie sponsorisée du tunnel sous la Manche ; une dette publique qui permet à peine de payer ses intérêts
En fait, il n’y aurait qu’un article du traité de Maastricht à modifier, pour éviter ces incohérences : celui qui semble interdire à tout organisme de financement public un accès privilégié aux institutions financières ; fut-ce entre la BCE et la BEI :

Et on peut démontrer que c’est possible :
- que le domaine du très long terme peut-être délimité et contrôlé,
- que l’effort à faire serait à notre portée
- que l’endettement de l’Etat pourrait ainsi être considérablement réduit
- que cela libérerait une épargne qui pourrait se mettre au service du marché, ceci compensant un partage nécessaire de la fonction de création monétaire d’environ 50-50 entre le très long terme et le marché, soit encore, entre la banque centrale et le privé.

C’est là un gros travail ; mais l’ayant entrepris, je sais qu’il ne cache pas d’obstacle infranchissable, et qu’il peut aboutir..

Pourquoi pas ne pas s’y atteler au PRG, et le mener à bien ?
Dire que la Gauche doit s’unir sur un projet commun minimal ne restera que parole, si on ne se penche pas sur une question aussi vitale pour l’accès à une prospérité bien partagée.
J. de la Salle

Rédigé par: de la Salle | décembre 8, 2004 02:04 PM

Pour Jean de la Salle sur la politique monétaire :
Tu as, me semble-t-il, tout-à-fait raison. Il est par exemple assez frappant de voir des structures créés depuis longtemps, précisément dans le but de financer à long terme des investissements piliers de l'économie nationale ou aujourd'hui européenne, investir sur les marchés l'épargne à long terme dont elles disposent. C'est le cas du groupe de la Caisse des Dépôts, par exemple.
Faire de la transformation financière à rebours pour afficher des "résultats" à court terme, cela a-t-il un sens ? Transformer la Poste en une Xième banque n'en a pas davantage.
L'une des erreurs fondamentales du discours à la mode est de prétendre que ce qui ralentit l'économie française serait la prétendue prédominance du secteur public ou l'insuffisante flexibilité de l'emploi. Ce discours choque le bon sens le plus élémentaire. En particulier, il confond joyeusement deux choses : l'une qui est la bonne gestion publique qui est de veiller à la "productivité" de l'Etat et des collectivités publiques et une autre, qui est une croyance libérale à la mode, selon laquelle la décision individuelle de consommer deviendrait l'alpha et l'oméga d'une croissance continue voire infinie. Tout démontre en effet que la demande de service public, non seulement ne diminue pas mais qu'elle augmente, qu'elle est prévisible et donc sécurisante pour les entreprises qui peuvent s'appuyer sur elle et qu'elle est non substituable, pour l'essentiel, par l'économie privée. Elle répond à un vrai besoin, elle est durable et peut être écologique.
Ainsi, aux Etats-Unis dont l'économie "privée" est censée tirer les marchés, la commande publique (principalement militaire, malheureusement) est un facteur essentiel, direct ou indirect du développement économique. Elle pourrait en être un en France aussi si l'on se décidait par exemple à traiter sérieusement et positivement l'accession sociale, la recherche, l'avenir de la santé...pour satisfaire de vrais besoins et donner du travail, en France et en Europe, à de nombreuses entreprises de tous calibres.
L'avenir de l'économie française, ce n'est pas de pousser aux crédits à la consommation pour acheter encore davantage de 4x4, de portables, de vêtements, de voyages fabriqués ailleurs, c'est de programmer la satisfaction de vrais besoins non satisfaits : santé, optimisation de la vieillesse, logement, transports, aménagemets urbains de qualité.
Le discours d'autoflagellation de l'Etat sur une base faussement économique est d'ailleurs curieusement propagé par des gens qui sont souvent originaires de la haute fonction publique..et qui se sont bien gardés de la quitter. Le libéralisme absolu et ses conséquences, c'est plutôt pour les autres. Allo, docteur ?...

Rédigé par: Jean LEVAIN | décembre 8, 2004 09:29 PM

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